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Mahomet en 2003 : l'histoire vraie de Jean-Louis Martin

par Djinn Al Nader

 

En quoi l’Islam historique différerait-il d’une grande secte qui aurait plus réussi que les autres ? Au lieu d’un discours long et ennuyeux, nous préférons vous rapporter une histoire authentique qui vous donnerait une idée de l’accueil possible réservé à Mahomet en 2003, si vraiment il était né quatorze siècles après ses géniales visions. Que ceux qui croient reconnaître, en l’histoire vraie de Jean-Louis Martin, un faux prophète et une pseudo religion révélée ne se trompent pas : toute ressemblance fortuite avec les personnages d’une histoire mondialement connue ne serait que le fruit d’un pur hasard volontaire !

 L’histoire vraie de Jean-Louis Martin

 Il était une fois un provençal du nom de Jean-Louis Martin qui fonda, à l’aube de ce troisième millénaire, une nouvelle religion dont le livre sacré (« Les visions du prophète Martin », en vente dans toute les madrassas) ressemble étrangement au Coran. Il reçut ses visions alors qu’il admirait les étoiles en haut du Mont Lubéron : peinte de calligraphies bizarres, une soucoupe volante s’était posée en haut de la montagne, puis un petit homme vert avec un croissant sur le front en était sorti dans un déluge de feu. Martin reconnut tout de suite son mystérieux interlocuteur intergalactique : il s’agissait bien sûr de l’Ange Gabriel qui, parlant parfaitement le provençal littéraire, était venu pour lui transmettre la copie de la « Mère des Livres » (écrite également en provençal littéraire), laquelle se trouve précieusement gardée dans un grotte d’Al Quaida sur la planète Mars. Enfin, accompagné d’un dragon embroché sur son désintégrateur cosmique, le petit homme vert repartit vers d’autres cieux, car il avait d’autres chats à fouetter que de servir de vulgaire facteur à son maître, la Divinité aux Grandes Antennes.   

 Fort de son nouveau message, le petit Martin en parla d’abord à sa femme, une vieille veuve qu’il avait épousée pour des raisons d’héritage. Précisons que Martin fut orphelin assez jeune de son père Monsieur Emile Antenne, et bien que recueilli par son oncle vendeur de voitures, il manqua cruellement d’affection durant son enfance. Doué d’une intelligence supérieure et très ambitieux, Martin cherchait partout son intérêt, qu’il s’agît de mariage ou de relations d’affaires. Durant le voyage de son oncle à Paris, le petit Martin sympathisa avec quelques feujs rencontrés dans un garage de la rue du Sentier : David, Ismaël et son père Abraham qui lui enseignèrent au passage quelques rudiments de Judaïsme. Le petit Martin fut tellement impressionné par la beauté monothéiste du Judaïsme qu’il comprit rapidement que s’il arrivait à convaincre les Provençaux, la race de ses ancêtres, qu’eux étaient le nouveau Peuple Elu et que lui était le nouveau Moïse, assurément il irait très loin en politique. On dit d’ailleurs qu’Ismaël le rejoignit pour passer des vacances dans sa baraque avec piscine sur le Mont Lubéron, et qu’il insuffla en lui la culture juive nécessaire aux moments cruciaux de son existence mouvementée.   

 Mais Martin se décida à prêcher ses révélations sur la place publique, exhortant à la conversion les habitants de la ville voisine de son enfance, Carpentras. Détail important, au centre de la grande place de Carpentras se trouvait une sculpture de Picasso et de son élève Adam particulièrement adorée des touristes : une sorte de statue informe avec des antennes et une grosse pierre noire à la place des attributs mâles. Par dérision les riverains l’appelle le Seigneur de la Kaaba, en référence à l’épicier du coin de Monsieur Kaaba et son fameux boudin noir.

 Cette statue amusait les enfants, car quand le vent soufflait entre ses tentacules métalliques, un nom récurrent semblait sortir de sa bouche amorphe : Hubal, Hubal… suscitant la terreur superstitieuse du jeune Martin. Cependant Martin jalousait cette ferraille pour d’obscures raisons politiques : en effet l’ombre du maire de Carpentras – qui l’avait inaugurée au plus grand bénéfice de sa popularité locale – dominait cette étrange création artistique (en fait un authentique pylône électrique défoncé par une météorite que lui avait refilé en douce EDF), et comme Martin détestait le maire, il haïssait également cette statue. Ainsi Martin chercha à détourner les braves gens du Seigneur de la Kaaba, et les prévint que s’ils ne le suivaient pas, la Divinité aux Grandes Antennes iraient tous les jeter en enfer. Remarquez la ruse de Martin : il fit semblant de s’opposer au culte touristique entourant la statue tout en lui opposant une nouvelle divinité qui lui ressemble étrangement par ses attributs (et dont le nom reprend d’ailleurs le patronyme de son père disparu), de sorte que les admirateurs de Picasso et d’Adam acceptèrent de suivre joyeusement ce nouvel esthète de génie. Sans le savoir, Martin avait unifié de vieux circuits touristiques en l’adoration d’un seul fétiche métallique : cette Divinité aux Grandes Antennes dont il sera désormais le seul prophète autorisé.  

 La fuite à Ménerbes

 Toutefois les habitants de Carpentras le traitèrent de vieux fou, et déçu par leur mécréance, Martin se réfugia dans un petit village haut perché du Lubéron, le village de Ménerbes. Il faut dire que le maire de Ménerbes avait besoin de lui pour régler son compte avec le curé, lui dont l’horloge de l’église avançait toujours d’une minute sur le cadran de la mairie. Cette fuite à Ménerbes marqua le début de l’Egire, où début de l’ère martinane, qui se solda par une radicalisation croissante de Martin contre les infidèles.

 Arrivé en vélo à Ménerbes, Martin rassembla ses disciples sous une même communauté appelée « loup-mat », en référence à ce sympathique animal au poil brun et aux longues incisives dont il admirait la férocité au combat. Il rédigea également son premier texte politique, la Constitution de Ménerbes où il appela à la guerre sainte contre les incroyants. La Biographie du Prophète signale d’ailleurs que Martin (qui souffrait du rhume des foins) éternua quant il évoqua cette obligation de guerre sainte, d’où le nom de « djihad » laissé à la postérité. Ensuite, il lança de premiers raids guerriers contre une ligne d’autobus entre Carpentras et Paris. Il s’arrogea au passage un cinquième du butin, car il fallait bien qu’il paye le nouveau carrelage de son jacuzzi avec vagues artificielles. Un jour, il attaqua un autobus durant une fête très prisée des habitants de Carpentras : la Fête de la Pétanque. Ce manque de respect pour les traditions locales scandalisa ses disciples de Ménerbes, mais il réussit à reconquérir leur confiance.

 A cette époque, les juifs de Ménerbes commençaient à le trouver un peu trop turbulent à leur goût, et leurs relations avec Martin empirèrent. Ils n’appréciaient pas son habitude à compiler les récits judaïques ainsi que sa façon de dénaturer le sens subtil de la Torah. Il faut dire que pour impressionner son auditoire, Martin arrachait volontiers des pages entières d’un vieux bouquin trouvé dans une synagogue, puis les récitaient par cœur en affirmant que sa Divinité aux Grandes Antennes était déjà mentionnée dans la Bible, mais sous un nom différent, et que tous les prophètes – Jésus compris – n’avaient fait que préparer sa venue. La Création du monde en sept jours, le Déluge, la fuite d’Egypte, le Mont Sinaï, autant d’histoires passionnantes auxquelles son copain Ismaël l’avait initié, autant de récits exaltants dont il revendiquait maintenant la paternité.

 Mais devant la méfiance et l’énervement grandissants des Juifs, Martin se fâcha et commença à nier l’apport capital des Juifs dans sa révélation. Pour les punir de leur frilosité, il court-circuita les Juifs de la transmission de la Parole Divine, affirmant que tout lui est venu d’Ismaël (et de son père Abraham) qu’il adouba comme l’ancêtre ethnique de tout les Provençaux. Ainsi les Provençaux étaient reconnus comme les authentiques dépositaires de la Parole Divine, et non plus les Juifs qui n’avaient même pas été capables de trouver la sortie du Sinaï (une aire de jeux pour enfants, d’après la quantité de sable qu’ils semblent y avoir trouvée) pendant 40 ans.

 Première victoire mémorable

 Deux années après l’Egire, Martin entreprit d’attaquer un fourgon de patates à la gare ferroviaire de Bedr. Informée de leurs plans, la gendarmerie nationale encercla les malfaiteurs avec des forces supérieures en nombre. Mais les martinans profitèrent habilement de la présence des patates pour les lancer violement contre le képi des gendarmes, et ces derniers s’enfuirent lamentablement en oubliant leurs alcotests et autres flash-balls. Deux gendarmes ivres furent faits prisonniers : le sergent Ocba et le brigadier-chef Nadr qui s’étaient bien foutu de la gueule du prophète durant toute la bataille. Dénué de tout humour, Martin les exécuta. On lui jeta également à ses pieds la tête tranchée du conducteur de fourgon, lui qui n’avait pas pu s’enfuir à cause de son doigt coincé dans la portière. Flatté du merveilleux présent, Martin s’écria sous le coup de l’inspiration : « Cela m’est plus agréable que la plus belle mobylette de toute l’Italie ! »

 L’année suivante toutefois, les gendarmes réussirent à coincer Martin et sa bande dans une rue louche de Carpentras, la rue Dohod. Martin n’en revenait pas : il était seulement venu pour prendre gentiment des cours de pilotage sur un simulateur de B 747, et voilà que ces méchants flics (dont beaucoup de gendarmettes en jupes ultracourtes avec de jolies jambières en cuir) ont débarqué avec leurs horribles mandats d’arrêts ! Excédé par autant de traîtrise et de violence, Martin profita habilement d’une discussion avec une policière blonde (il attira intelligemment son attention sur le prochain match OM-PSG) pour s’enfuir en mobylette. De retour à Ménerbès, bien que piteux devant ce premier revers qu’aucune soucoupe volante ne lui avait prédit, Martin consola ses partisans en affirmant que « ses martyrs avaient maintenant droit à quarante chiennes de sexe » au commissariat. Avant d’ajouter que « si vous en voulez autant, il faudra désormais multiplier les contentieux avec la police ».

 La bataille du Caniveau

 En l’an 5 de l’Egire, la gendarmerie nationale se réveilla de sa paperasse administrative, et le préfet de région se décida à agir. Les forces de l’ordre, CRS et gendarmes mêlés, assiégèrent le fief de Martin, le village de Ménerbès. Mais un caniveau empêcha les gendarmes de traverser la rue pour se saisir de Martin et de sa bande dans l’auberge d’en face (d’où le nom laissé à ce mémorable fait d’arme : la Bataille du Caniveau), de sorte qu’ils renoncèrent rapidement à un siège aussi difficile. C’est à l’issue de la Bataille du Caniveau que Martin reprocha aux nombreux juifs d’avoir pactisé avec les gendarmes. En effet, il les avait surpris en train de désigner aux gendarmes les passages cloutés nécessaires pour pouvoir traverser le caniveau (c’était la raison de leur défaite : les gendarmes appliquent toujours scrupuleusement le code de la route). En punition à leur infâme forfaiture, Martin extermina tous les juifs mâles de Ménerbes, dont le fameux banquier Samuel Qurayza : par groupe de cinq, les Juifs furent décapités avant d’être jetés dans des fosses communes (Martin avait vu dans un vieux film allemand en noir et blanc d’autres méthodes d’exécution pour les Juifs, mais il trouvait plus sympa de leur couper la tête) et l’odeur du sang se répandit rapidement dans tout le Lubéron. Enfin les femmes et les enfants juifs furent vendus en esclavage dans d’horribles conditions sur un marché à bestiaux.    

 La victoire finale

 En l’an 7 de l’Egire, le maire de Carpentras se lassa de la rébellion caractérisée de Martin et de sa bande. Il faut dire que Martin avait complètement rasé sa ville à l’aide de vieux B-52 volés dans un dépôt militaire, et qu’il avait réussi à dérober les plans d’une bombe atomique en couchant avec la femme du ministre avant d’en précipiter deux ou trois exemplaires sur la mairie. Les radiations finirent par persuader le conseil municipal de procéder à une mutation : à l’aide de sa troisième main, le maire de Carpentras signa un traité de paix accordant tous les pouvoirs aux martinans, ce qui leur permit d’effectuer un pèlerinage l’année suivante dans cette ville, afin de rendre un juste culte à la magnifique statue de Picasso-Adam aux belles antennes.  

 Fou de joie à l’idée de revoir Carpentras, Martin et sa bande se rendit pacifiquement à l’épicerie de Monsieur Kaaba qu’ils eurent le plaisir de reconnaître (le feu atomique l’avait vitrifié instantanément dans un mur carbonisé), heureux d’avoir libéré cette ville des chiens d’infidèles. Tandis que le reste de sa bande demeurait dans l’épicerie en train de jouer au poker, Martin et Ismaël sortirent sur la place où se trouvait la fameuse sculpture de Picasso et d’Adam (du moins ce qui restait de sa ferraille fondue). Toujours jaloux de la statue aux antennes malgré sa crainte superstitieuse, Martin – aidé de son copain Ismaël – l’enfouit dans un proche cratère atomique. Ayant toutefois récupéré la fameuse pierre noire qui avait autrefois servi d’attributs à la splendide œuvre d’art, Martin entreprit d’ériger une construction rectangulaire au-dessus de la statue enfouie. En effet, il savait que ses contemporains adoraient le cubisme, aussi donna-t-il intelligemment cette forme à la bâtisse pour que les touristes continuent à rendre lui rendre un culte, mais cette fois au profit de sa nouvelle religion. L’appelant Kaaba, il plaça ingénieusement la pierre noire à un des angles de la construction, juste à portée de main pour que les futurs pèlerins puissent caresser et embrasser ce superbe attribut de l’antique divinité. Les bras dans les bras, Martin et son pote Ismaël dansèrent et se congratulèrent joyeusement pour le travail accompli, puis Martin tira discrètement une balle dans la nuque d’Ismaël, de sorte qu’en rentrant à l’épicerie, il pût affirmer que « Adam avait construit une première fois la Kaaba, mais qu’elle fut détruite [à cause d’une légère explosion nucléaire], de sorte qu’Ismaël la reconstruisit une seconde fois ». Admiratifs, la bande à Martin se demanda comment un tel prodige fût possible, et tous crurent en la Divinité aux Grandes Antennes.     

 Un artifice glorieux de succès

 Durant les deux dernières années de sa vie, Martin acheva toute une série impressionnante de conquêtes militaires. La chute de Carpentras avait subjugué tout le monde connu, aussi les villes de Provence – un peu facilitées dans leur choix par des attentats d’avions suicides à l’arme nucléaire – se rendirent à la sainte volonté du prophète. L’empire de Martin s’étendait de la Méditerranée au célèbre « golf Persique » (18 trous, 10 euros l’entrée) des environs de Paris. Encore un peu, et le monde s’écroulera sous les coups vengeurs de la horde martinane sur leurs Harley Davidson. En tombant sur une B.D. après une banale tuerie, Martin eut la confirmation lumineuse de ses visions : les soucoupes volantes viendront exterminer toute vie mécréante sur Terre, et alors ce sera le Jugement Dernier. Descendu d’une énorme soucoupe en forme de tapis volant, la Divinité aux Grandes Antennes départagera « les visages blancs » (les bons Provençaux de souche qui sont fidèles et font le Bien) des « visages noirs » (ceux qui ont été traités au lance-flamme pour leur mécréance). Aux visages blancs une partouze éternelle, aux visages noirs la morsure des flammes infernales !  

 Certes, quelques mécréants juifs et chrétiens continuèrent à rejeter ses révélations, mais il réussit à les rassurer en leur faisant miroiter le statut très enviable de D.I.M.I. [signifie : Doit Immédiatement Mourir pour Incrédulité]. Concernant plus particulièrement les chrétiens, il affirma que Jésus n’avait fait que préparer sa route, lui qui avait copié son propre message d’amour, de miséricorde et de pardon pour le mettre dans les Evangiles (et non l’inverse : à la Divinité aux Grandes Antennes tout anachronisme est possible). D’ailleurs, il s’en souvint maintenant : il avait vu Jésus en train de fêter Noël avec ses potes autour d’une « table servie » dans la soucoupe volante du Mont Lubéron, ainsi que plein d’autres prophètes qui se pressaient derrière les hublots pour lui dire « coucou ». Cela dit, bien qu’il savait que Jésus était né du Saint-Esprit et qu’il ressuscita le troisième jour (l’évêque de Marseille lui avait révélé cette vérité extraordinaire avant que Martin ne lui tranchât aussitôt la gorge), le prophète Martin apportait des nuances dialectiques au paradigme d’une Divinité aux Grandes Antennes qui soit triple alors que, de toute évidence, « une seule antenne suffit sur mon toit pour capter tous les films de cul de la planète ».     

 Toutefois, ces hautes discussions théologiques ne l’intéressaient guère, et il avait tendance à écourter les débats. Un jour, il ordonna d’écourter la gorge de la poétesse Asma, fille de Marwan, à cause de ses vers désobligeants pour le nouveau maître du monde qu’il était devenu. Comme ses exécuteurs manifestèrent du remord pour avoir répandu le sang d’une femme, Martin les rassura en affirmant que « comme une femme vaut une moitié d’homme seulement, il faudrait que vous assassiniez une autre femme pour qu’on puisse vous accuser d’homicide dans le sens entier du terme ». La logique de Martin était imparable.

 Les charmes sexuels de Martin

 Voyou romantique, Martin réussit à mettre beaucoup de meufs dans son lit. Femme de préfet, étudiantes réduites en esclavage après l’attaque de trains, veuve de supplicié juif après le génocide de Ménerbès, toutes y passèrent de gré ou de force. Il coucha même avec la propre femme de son fils, histoire de rigoler. Un jour, il se demanda pourquoi les petites filles impubères ne pourraient pas l’exciter un peu. Quelques mois avant sa fuite à Ménerbès, il profita d’une kermesse à l’école maternelle de Carpentras pour séduire une gamine de 6 ans. Comme elle refusait ses avances (la timidité de son âge, certainement), il l’embarqua de force sur son vélo jusqu’à Ménerbès. Mais dans sa grande sagesse, il attendit qu’elle eût 9 ans pour la pénétrer sexuellement. Depuis, la fillette fût la meuf préférée du prophète.

 Les derniers instants de Martin

 Peu avant de rejoindre la Divinité aux Grandes Antennes, le prophète Martin exécuta un dernier pèlerinage à Carpentras. Il était content des travaux : personne ne remarqua que la Kaaba recouvrait les restes de l’ancienne statue touristique (ni la tombe d’Ismaël qui se trouvait pas loin). Conscient de la sacralité des lieux, il organisa le pèlerinage autour d’une Kaaba qui remplaçait désormais l’idole aux antennes. Tout comme les touristes de l’ancien temps, les futurs pèlerins devront effectuer sept révolutions autour de la Kaaba, mimant ainsi la course lente ou rapide des sept astres connus du système solaire (le Soleil, la Lune, Mars, Jupiter, la planète des Singes, Vénus, l’Ile de la Tentation). Carpentras sera désormais le nombril du monde : les infidèles y seront interdits de séjour, et tout l’univers devra se prosterner en direction de la ville natale de Martin, unique voie de salut pour espérer en l’indulgence de la Divinité aux Grandes Antennes dont la luxueuses soucoupe volante, lors du Jugement Dernier précédé de tonnerres et de déluges de feu, se posera précisément sur la Kaaba. Le prophète Martin le déclare : « seuls ceux qui se prosterneront auront la possibilité de survire, car les gaz d’échappement de la soucoupe volante (qui roulait encore au diesel) auront tôt fait d’empoisonner les têtes qui dépassent ».    

 Après le prophète Martin : le paradis sur Terre ?

 A sa mort, du prophète Martin s’envola directement en cigare volant (la mode avait changé : les petits hommes verts préféraient maintenant les cigares aux soucoupes) en sautant depuis une colline de Pékin. C’est depuis cette date que les Provençaux commettent des attentats suicides contre les sales chinois mécréants, arguant du fait que « Pékin est leur ville Sainte, et que les colons chinois n’ont rien à foutre chez eux en Provence (bon, un peu élargie, il est vrai) ». Mais de nombreuses autres régions du monde qui n’avaient rien demandé eurent la chance exceptionnelle de connaître les attentats suicides : l’Afrique, l’Asie, l’Amérique, l’Océanie, l’Europe… Au nom de la Divinité aux Grandes Antennes, les sabres tueront et les autobus piégés exploseront. A travers le monde, on ne compte plus les lapidations pour les femmes adultères, les exécutions pour apostasie, les amputations pour les voleurs, les décapitations pour les séditieux. Mais le pire ne réside pas dans ce catalogue bien humain de supplices raffinés : au lieu de contrarier l’instinct belliqueux de ses ouailles, les « Visions du prophète Martin » excitent continuellement les croyants au combat mortel contre les infâmes mécréants, et plus le taux d’alphabétisation progresse parmi les martinans, plus les terroristes comprennent ce que le prophète Martin attend d’eux : égorger sans faiblir les infidèles pour préparer la venue de la Divinité aux Grandes Antennes sur son tapis volant, tel un Baal recyclé qui exige en sacrifice des flots continus de sang humain.  

 Et le prophète Martin, qu’est-il devenu ? Nous sommes allé le voir dans sa nouvelle retraite : entre deux copulations acrobatiques, Martin joue aux cartes avec Ben Laden dans une grotte de la planète Mars, entouré de 2×40 = 80 gendarmettes pulpeuses qui satisfont tous leurs fantasmes. A la question de notre journaliste, le prophète Martin sourit en disant : « Je suis content de ma vie. Pourquoi les gens s’encombrent d’une morale décidée par les autres ? Moi, j’ai créé ma propre morale centrée sur mes propres intérêts, et les gens ont eu la naïveté de me croire. Parce que je suis plus rusé et moins scrupuleux que les autres, j’ai imposé mes désirs en les habillant sous les vêtements totalitaires d’une religion révélée, idée géniale mais ô combien efficace. Un vrai prophète aurait donné sa vie pour sa cause, mais moi, j’ai donné la vie des autres pour mon bon plaisir. Car la recherche de mon intérêt est ma vraie religion, et j’asservis l’esprit des imbéciles au service de mes seuls caprices. Le Bien, c’est ce que je veux, et tant pis pour ceux qui croient différemment. S’ils ne sont pas contents, ils n’ont qu’à créer une religion encore plus débile que la mienne ! »

 Djinn Al Nader