Sourate 5 : La table servie |
| Comme
souvent dans le Coran, cette sourate aux longs versets médinois manque cruellement
dordre et de cohérence. Des sujets très différents y sont traités sans fil
conducteur : chasse, mets permis et défendus, femmes, prière, aumône, ablutions,
juifs, chrétiens, voleurs, talion, serments, vin, jeux, pêche, témoins à la mort, etc.
Cette absence structurelle illustre une nouvelle fois le caractère compilé de
lIslam, cette religion empruntant au judaïsme, au paganisme, au zoroastrisme et au
christianisme des idées, des mythes et des rites assemblés selon un ordre qui défie
toute logique.
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v.
1 : Mahomet permet la consommation alimentaire de chameaux et de moutons, ces « animaux de troupeaux », mais prévient que certains animaux sont interdits. v.
4 : « Ce qui vous est défendu, ce sont les [animaux] morts deux-mêmes, le sang, la viande de porc, ce qui est sacrifié [à un autre dieu] quAllah, les [bêtes] étouffées, assommées, tuées par une chute ou dun coup de corne, mangées par une bête féroce, à moins que vous ne [les] ayez égorgés [à temps], ce qui a été immolé sur un autel païen » Ces défenses correspondent à celles de lAncien Testament (Lévitique 17, Deutéronome 14, Esaïe 65 et 66) et se retrouvent dans les Actes des Apôtres (Actes 15, 28-29). Linterdit sur la consommation du sang est à lorigine de la viande halal. De nos jours, la question du porc chez les musulmans illustre les crispations identitaires de la communauté islamique. A linverse de lalcool dont labus peut effectivement conduire au péché, linterdit posé sur le porc ne souffre daucune explication coranique, sinon sa lointaine origine biblique. Les musulmans se contredisent dailleurs, car beaucoup dentre eux mangent de la viande issue dune bête assommée, violant ainsi ce verset. Pire encore, cette incohérence se retrouve dans la consommation de poissons : lécrasante majorité des musulmans consommant du poisson viole inconsciemment ce verset, puisque le poisson sortant des mailles dun filet de pêcheur meure généralement de lui-même (première interdiction) par étouffement (cinquième interdiction) Nous le voyons, le blocage mental des musulmans entourant linterdit alimentaire manifeste le faible recul intellectuel des commentateurs islamiques. Mais le tort ultime ne revient-il pas à Mahomet qui, à linverse de Jésus se moquant du Sabah (la guérison des lépreux), mesure la valeur religieuse au respect scrupuleux des rites plutôt quà la sincérité du cur ?
v.
5 : Mahomet admet des dérogations à la règle alimentaire en cas de nécessité vitale. v.
7 : Ces interdits alimentaires sont communs aux juifs et aux chrétiens. Il semble donc bien que Mahomet reconnaît la légitimité de ces interdits pour la simple et bonne raison quils sont dorigine biblique. « [ ] et votre nourriture est légale pour eux. Et il en est de même des femmes chastes parmi les croyantes » Dans le même verset, Mahomet évoque les interdits alimentaires avant de passer très rapidement aux femmes. Dans son esprit, la question des femmes constitue donc le prolongement logique des habitudes alimentaires. Vue dun il critique, cette association machiste est profondément scandaleuse. v.
8 : Concernant les ablutions avant la prière. v.
9 : « Si vous êtes en état dimpureté légale [après éjaculation], purifiez-vous. Si vous êtes malades ou en voyage, ou si lun dentre vous vient du lieu caché [pour uriner ou déféquer] ou si vous avez eu commerce avec des femmes et que vous ne trouviez pas deau, prenez du sable fin » Les recommandations pratiques ne sadressent visiblement quaux hommes. Mahomet semble avoir complètement oublié les femmes. v.
15 : « Allah a accepté jadis lalliance des Enfants dIsraël, et nous avons suscité parmi eux douze chefs [les chefs des douze Tribus]. Allah a dit : En vérité, Je suis avec vous, si vous êtes fidèles dans la prière et si vous donnez laumône, si vous avez foi en mes apôtres et si vous venez à leur aide et si vous faites à Allah un prêt généreux [le bien][ ] je vous ferai entrer dans des jardins sous lesquels courent des ruisseaux » Le paradis pour les bienheureux. v.
16 : « Et comme [les juifs] ont violé leur pacte, Nous les avons maudits, et Nous avons endurci leurs curs. Ils ont détourné de leur sens les paroles [la Loi] et ils ont oublié une partie de ce dont ils devaient se souvenir » Laccusation de Mahomet à légard des juifs est claire et récurrente dans le Coran : il leur reproche davoir trahi la Loi, cette Loi quil se propose pourtant daccomplir avec sa nouvelle révélation. Toujours à propos des juifs :
«
Ne cesse pas de chercher à connaître leur perfidie : il en est peu qui
fassent exception. Mais pardonne-leur et épargne.» Pour les musulmans, laccusation de perfidie prononcée contre les juifs provient donc dAllah lui-même. Heureusement, la fin du verset contribue à atténuer la dangerosité de ce poncif antisémite. v.
17 : « Et quant à ceux qui disent : nous sommes chrétiens. Nous avons accepté [aussi] leur alliance, mais ils ont oublié une partie de ce dont ils devaient se souvenir. Aussi avons-Nous excité parmi eux linimité et la haine jusquau jour de la résurrection. » Même reproche quaux juifs. Mahomet porte ici un jugement très sévère sur les chrétiens. Toutefois lallusion aux conflits entre chrétiens pour les punir de leur infidélité relève de la pure invention coranique : au cours de leur longue histoire, les chrétiens ne se sont pas plus fait la guerre que les musulmans entre-eux. v.
19 : « Ils sont dans lerreur ceux qui disent : en vérité, Dieu cest le messie, le fils de Marie. Dis-leur : qui pourrait empêcher Allah de détruire le messie, le fils de Marie, sil le voulait ? » Certes Mahomet a tout à fait le droit de douter de la véritable nature de Jésus, mais avouez que son argument manque cruellement de pertinence. En effet, la crucifixion de Jésus par les romains montre déjà assez quil nest pas invincible, et nul nest besoin de faire appel à Allah pour en persuader les chrétiens. Seulement, et bien que les chrétiens admettent sa nature humaine et donc sa vulnérabilité charnelle, ils croient en lesprit divin qui lanime, tout comme Mahomet dailleurs (voir s.4, v.169). Nous le voyons, les connaissances de Mahomet sur la théologie chrétienne souffrent de sérieuses lacunes. Il est dailleurs possible que ses informations lacunaires proviennent des nombreuses hérésies chrétiennes qui essaimaient en Arabie à cette époque. Si Mahomet avait eu la chance de rencontrer Saint-Augustin, peut-être la face du monde eût-elle été changée. v.
21 : « Mais les juifs et les chrétiens disent : Nous sommes les fils de Dieu et Ses bien-aimés. Dis-leur : et pourquoi donc vous punit-Il de vos péchés ? Mais vous nêtes que des hommes, de ceux quIl a créés » Mahomet commet une grossière erreur en prétendant que les juifs se
définissent comme les fils de Dieu. En effet, ce qualificatif nest revendiqué que
par les chrétiens. Dautre part le raisonnement de Mahomet montre de sérieuses
limites. En effet, le rang de fils de Dieu accordé à un homme ne préjuge ni de son
immunité morale, ni de sa puissance divine. Pour prendre un exemple éloquent, un père
de famille punit bien ses rejetons en bas-âge, ces êtres inférieurs qui ne peuvent
nullement rivaliser avec sa puissance, tout en les considérant et en les aimant comme ses
propres enfants. Ainsi pour les chrétiens, leur statut de fils de Dieu ne les met
évidement pas à labri des réprimandes du Père, ni ne les soustraie à leur
condition humaine. Seulement les chrétiens affirment par là quils croient en
laffection illimitée de Dieu pour eux ainsi que pour tous les hommes. Soulignons que la question nest pas de savoir si Mahomet a
tort ou raison sur le plan spirituel, mais de montrer à quel point sa grandeur historique
ne provient nullement de sa finesse intellectuelle ou de sa vaste culture, mais bien
plutôt de son indiscutable charisme et de son autorité naturelle en tant que meneur
dhommes. v.
22 : A propos de Mahomet : « [ ] il est venu vers vous un annonciateur de bonne nouvelle » Lexpression est évidemment dorigine chrétienne. v.
23-27 : Moïse
exhorte le peuple dIsraël à entrer en Terre Promise. Craintes du peuple
dIsraël à cause des ennemis qui les y attendent. v.
28-29 : Les
réticences craintives des juifs décourage Moïse : « Moïse dit :
Seigneur, je ne suis maître que de moi-même et de mon frère. Sépare-moi donc de ce
peuple impie. Alors le Seigneur dit : en vérité cela leur est défendu
[dentrer en Terre Promise]. Pendant quarante ans, ils seront errants dans le pays
[le désert]. Ne te tourmente pas pour ce peuple impie.» Pour Mahomet, la trahison des juifs remonte donc très tôt dans
lAncienne Alliance. Limpiété des juifs, prononcée par Dieu lui-même, est
affirmée clairement alors même quils viennent de recevoir les Tables de la Loi. La
condamnation des juifs par Mahomet est donc dautant plus grave quil croit en
leur perfidie depuis les origines, et non des siècles après leur établissement en
Palestine. Notons que cet épisode nexiste évidemment pas dans lAncien
Testament. v.
30-34 : Lhistoire
dAbel et de Caïn. v.
35 : « Cest pour cause nous avons prescrit aux Enfants dIsraël que celui qui tue quelquun, à moins que ce ne soit pour un autre meurtre, ou pour violence dans le pays, est comme sil avait tué tous les hommes, mais celui qui en sauve un, est comme sil avait sauvé tous les hommes ». Ce verset est unanimement loué par les admirateurs de lIslam. Certes, le Coran gagnerait énormément à contenir des versets de ce genre, toutefois il convient de ne pas dénaturer le sens exact du verset en lisant ce quon aurait bien envie dy lire, nen déplaise aux enthousiastes pro-islamiques. En effet, des conditions précises sont posées pour que cette idée généreuse prévale : labsence de meurtre antérieur (ce qui légitime la peine capitale pour les criminels), ou, ce qui est beaucoup plus important, que nulle « violence » antérieure ne soit commise « dans le pays ». Mais quentend réellement Mahomet par violence ?Parle-t-il des brigandages ?Des vols à la tire ? Des émeutes politiques ? Des manifestations violentes ? En effet, selon ce verset, le meurtre dune personne se livrant à ces "violences" nest nullement condamnable, et, toujours selon ce verset, les émeutiers et les manifestants un peu trop véhéments risqueraient la peine capitale (que lon pense aux jeteurs de pavés de mai 68 en France). En quoi donc les musulmans différeraient-ils alors des fascistes, eux qui nhésiteraient pas à réprimer dans le sang toute contestation politique dépassant les bornes ? En réalité toute la difficulté de linterprétation de ce verset vient de la définition accordée au mot "violence". Précisons que terme peut se comprendre au sens large, et donc inclure les formes de "violence morale" que reconnaît volontiers notre civilisation moderne. Pour un commentateur islamique, un blasphémateur pourrait très bien exercer cette "violence morale" légitimant sa mise à mort, ou encore un journaliste osant critiquer lIslam. Certains commentateurs ne traduisent dailleurs pas le terme arabe par "violence" mais, plus généralement, par "désordre".Dans ce cas, le verset prendrait une toute autre nature : «[ ] Celui qui tue quelquun, à moins que cela soit pour désordre dans le pays, est comme sil avait tué tous les hommes ». Nous le constatons, ce verset admirable lors dune lecture rapide excuse toute forme de fascisme, après une analyse rigoureuse v.
37 : « La récompense de ceux qui font la guerre à Allah et à Son apôtre et exercent la violence sur la terre consiste à être mis à mort, ou crucifiés, ou à avoir les mains et les pieds coupés sur les côtés opposés [du corps], ou à être bannis du pays. Cest là pour eux une honte dans ce monde, et il y aura pour eux un terrible châtiment dans lautre monde » Ce verset constitue le pendant logique au verset 35. Il est à
lorigine des mutilations infligées aux voleurs (main droite et pied gauche
tranchés) dans les pays islamiques appliquant la charia, la loi coranique. En effet, à partir du moment où ils considèrent le Coran comme
étant réellement la parole de Dieu, donc
vérité absolue ne souffrant daucune objection, tout bon musulman doit appliquer ce
passage à la lettre. En toute logique, ses hésitations démontreraient son incroyance et
son infidélité. Un musulman rejetant le principe de la charia ne serait quun
« hypocrite », et Mahomet précise le châtiment réservé aux hypocrites en
matière de religion (voir s.4, v.137). Il nexiste donc pas de musulman
"modéré", à moins quil ne soit infidèle ou réformé. Enfin, outre la barbarie des supplices infligés, ce verset peut
savérer extrêmement dangereux à cause de linterprétation large susceptible
dêtre accordée à « ceux qui font la guerre à Allah ». v.
38 : « Seront
exempts ceux qui se repentent avant que vous les ayez en votre pouvoir
» Ce verset ne concerne donc pas
un anti-musulman convaincu qui demeure fidèle à ses convictions humanistes
malgré loppression de lEtat islamique. v.
39 : « [
]
combattez-les dans le sentier [dAllah]
» Nouvel appel à la guerre sainte. v.
40 : « Quant
à ceux qui ne croient pas, [sils offraient] une rançon pour le châtiment du jour
de la résurrection, elle ne serait pas acceptée de leur part, [mais] à eux [est
réservé] un châtiment douloureux » v.
42 : « Quant
au voleur et à la voleuse, coupez-leur les mains à tous deux comme rétribution de ce
quils ont acquis [en volant] : cest le châtiment
dAllah
» Ce verset à le mérite de la clarté. v.
43 : « Mais
celui qui se repent après son injustice et agit bien, en vérité, Allah se tournera vers
lui. Allah pardonne, il est miséricordieux. » Certes, mais quels critères utiliser pour juger de la véritable
repentance dun délinquant ?Ce problème est dailleurs commun à nombre
de civilisations, y compris laïques et modernes. Mais même en absence de repentance,
peut-on vraiment accepter une société où les petits délinquants auraient les mains
coupées ? v.
45 : « [ ][ne te laisse pas affliger] par les juifs, [prêts à] écouter le mensonge » Nouvelle accusation contre les juifs. « Mais
quant à celui quAllah veut égarer, tu ne peux rien faire pour lui de la part
dAllah. Ce sont ceux dont Allah ne veut pas purifier le cur. Pour eux,
cest la honte dans ce monde, et dans lautre monde, un terrible
châtiment » Ce passage traite du problème de la Grâce divine, auquel il
accorde une réponse fataliste (doctrine de la prédestination). Il confirme les verset
[s.2,v.6-7] et [s.2,v.14] (voir commentaires de ces versets). Allah nest donc pas un
Dieu damour, dans la dimension gratuite de ce terme, mais « veut » la
damnation de certains hommes. v.
46 : A propos des juifs : « Ce sont des écouteurs de mensonges et des mangeurs de choses illicites. Mais sils viennent à toi, alors juge entre eux ou détourne-toi deux. [ ] Mais si tu juges, prononce entre eux le jugement avec équité » v.
47 : « [ ] [les juifs] ont la Torah, dans laquelle est le jugement de Dieu. Mais depuis, ils lui ont tourné le dos, et ils ne sont pas de ceux qui croient. » Mahomet reproche aux juifs de sêtre détournés de la Loi.
Les juifs ne sont donc pas inclus dans le peuple des croyants. v.
48 : Mahomet
sadresse directement aux juifs en les invitant à le suivre. v.
49 : « Nous y avons prescrit [dans la Loi] pour eux : vie pour vie, il pour il, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent, blessure pour blessure. Mais [quant à] celui qui remet [la peine, cet acte constitue] une expiation pour lui. Celui qui ne juge pas avec ce que Allah a révélé, eux sont des injustes » La loi biblique du talion est donc confirmée. Les musulmans ne
lappliquant pas sont sévèrement traités
d « injustes » et dimpies, termes à ne pas prendre à
la légère. Par conséquent cette condamnation radicale rend impossible lavènement
dun Islam "éclairé" en accord avec le Droit moderne. Sauf évidemment à
rejeter le dogme de linfaillibilité coranique, problème central de la religion
islamique. Là-encore, la différence avec le christianisme est patente, à
propos du talion. Alors que Mahomet confirme cette loi archaïque, Jésus la rejette par
cette réplique : « Vous avez appris qu'il a été dit : oeil pour oeil,
dent pour dent; mais moi je vous dis : aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs,
ainsi serez-vous fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur
les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mathieu
V, v.43). De toute évidence, le message plein de miséricorde de Jésus diffère
fondamentalement du conservatisme coranique, concernant un principe juridique dont les
conséquences importantes régissent une grande partie de la vie en société. Revenons sur un détail
troublant précédemment abordé lors du commentaire de la s.2, v.50 : lemploi
du pluriel (« Nous ») sagissant de la parole Dieu. Rappelons que cet
emploi du pluriel contredit le dogme de lunicité de Dieu. Parmi les théories
avancées pour réconcilier ce verset avec le dogme de lunicité divine, figure
lassociation volontaire dhommes à Dieu dans ses prescriptions, en
loccurrence les prophètes. Mais cela signifierait une "concordance"
davis entre Dieu et les prophètes, ce qui contredit naturellement le principe de
"transmission" unilatérale de la Loi divine aux hommes. Dans le cas de la
"transmission" unilatérale en effet, le « Nous » serait superflu. Hélas le principe de "concordance", nécessairement lié
à la notion de consensus, tend à discréditer le caractère absolu de la Loi. Le Coran
se contredit donc de lui-même. Sur le plan historique, il est évidemment probable que ce
« Nous » trahisse, dans lesprit de Mahomet, la confusion entre Dieu et
sa personne. v.
50 : « Et Nous avons suivi, sur leurs traces [des prophètes de lAncienne Alliance], avec Jésus fils de Marie, confirmant ce qui existait avant lui de la Torah, et Nous lui avons apporté lEvangile [ ] confirmant ce qui existait avant lui de la Torah. » Mahomet se trompe de nouveau, car lEvangile na jamais
été donné par Dieu à Jésus (voir commentaire du s.3,v.43). v.
52 : « Et Nous tavons révélé [à toi Mahomet] le Livre [le Coran] confirmant ce qui existait avant lui des Ecritures [Torah et Evangile] et les préservant daltérations » Ce qui est faux. En effet, lEvangile et le Coran se
contredisent sur de nombreux points historiques (crucifixion de Jésus) et théologiques
(la divinité de Jésus, la guerre sainte). Le Coran ne peut donc confirmer
lEvangile dans son intégralité, ni même dans son esprit. v.
53 : « Si Allah avait voulu, il aurait certainement fait de vous [juifs, chrétiens, musulmans] un seul peuple. Mais [Il veut] sûrement vous éprouver dans ce quIl vous a apporté. Cherchez à vous devancer les uns les autres dans les bonnes actions, tous vous retournerez à Allah et Il vous instruira alors au sujet de ce que vous disputez ». Lidée est belle et ingénieuse, mais se trouve malheureusement contredite par dautres versets du Coran affirmant que seuls les musulmans seront sauvés (voir [s.3,v.20], [s.3, v.79], [s.4, v.59], ). v.
54 : « [ ] sils se détournent, sache seulement quAllah veut les frapper pour quelques-uns de leurs péchés » Mahomet aborde une question commune au christianisme : comment
expliquer, dun point de vue du projet de Dieu, lincroyance de certains
hommes ? Il fournit ici une réponse fataliste. v.
56 : « O vous qui croyez ! Ne prenez pas les juifs ni les chrétiens pour patrons [ ] Mais celui dentre vous qui les prend pour patrons, en vérité, est de leur parti. Allah ne guide pas le peuple pervers » Ce verset rend impossible lintégration des musulmans dans un
pays christianisé (voir aussi s.3, v.27). Notons que le terme arabe pour
« patron » exprime à la fois la supériorité hiérarchique et
lintimité affective, doù léquivalence avec "associé",
"ami", "camarade". Par conséquent ce verset est donc dautant
plus grave quil invite les musulmans à ne pas entretenir de relations amicales avec
les juifs ou les chrétiens. v.
64 : Sadressant aux juifs et aux chrétiens : « [ ] Allez-vous nous désavouer parce que nous croyons en Allah [ ] et parce que la plupart dentre vous sont des méchants ? » Pour Mahomet, la plupart des juifs et des chrétiens de son époque
étaient donc des méchants. v.
69 : « Les juifs disent : la main de Dieu est enchaînée. Que leurs mains soient enchaînées et quils soient maudits pour ce quils disent » En réalité, si cette phrase est authentique, elle signifierait
simplement que les décisions divines sont inéluctables. Mahomet commet donc une faute
morale en condamnant aussi sévèrement les juifs sans vouloir comprendre plus
précisément le sens exact de leurs expressions. « Nous jetterons parmi eux [les juifs] linimité et la haine jusquà la résurrection [ ]. Ils parcourent la terre pour y répandre la corruption » La fin du verset présente un accent antisémite. v.
70 : « [parmi les juifs et les chrétiens] il y a des gens modérés, mais pour beaucoup dentre eux, cest le mal quils font » v.
73 : « En vérité ceux qui croient [les musulmans] et ceux qui sont juifs, les sabéens, les chrétiens, et quiconque croit en Allah et au jour dernier, et qui fait le bien, il ny aura pas de crainte pour eux et ils ne seront pas affligés » Ce verset est certes admirable pour son esprit douverture,
mais demeure en contradiction avec dautres versets du Coran beaucoup plus
intolérants. Certains commentateurs islamiques ont même cherché à léliminer
grâce à la théorie de labrogation (voir commentaire du s.2, v.59). v.
76 : A propos des chrétiens : « Ils sont incroyants ceux qui disent : en vérité, Dieu est le messie, le fils de Marie [ ] celui qui donne des associés à Allah, Allah lui interdit le paradis et sa demeure sera le feu [de lenfer] » Ce verset contredit complètement le verset 73. En moins de trois
versets, Mahomet aura réussi le tour de force consistant à dire une chose et son
contraire. Notez bien que Mahomet accuse les chrétiens de donner des « associés à
Allah ». Mais en employant souvent le pluriel en parlant de Dieu (voir s.2, v.50),
Mahomet nassocie-t-il pas lui non plus des êtres pluriels à Allah, quils
soient célestes ou humains ? v.
77 : Toujours concernant les chrétiens : « Ils sont incroyants ceux qui disent : en vérité, Dieu est le troisième de trois. Car il ny a pas Dieu, si ce nest le Dieu unique. Sils ne renoncent pas à ce quils disent, assurément ils seront mis parmi les incroyants. A eux [est réservé] un châtiment douloureux » Voir commentaire du s.4, v.169. v.
79 : « Le messie, le fils de Marie, nétait quun apôtre, des apôtres avant lui sont passés. Sa mère était très véridique. Tous deux se nourrissaient de mets [étaient humains] » Cest naturellement un point de divergence capital avec la
théologie chrétienne. v.
82 : A propos des juifs : « Ceux des Enfants dIsraël qui ont été incroyants, ont été maudits par la langue dEsaïe et de Jésus, le fils de Marie » Ce qui est faux daprès les Evangiles. Avant de mourir sur la
croix en effet, Jésus refusa la condamnation des juifs en prononçant ce vibrant appel au
pardon : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce quils
font » (Luc XXIII, v.26-34). v.
84 : A
propos des juifs : « [
] Beaucoup dentre eux sont pervers » v.
85 : « Tu trouveras certainement que les plus forts ennemis de ceux qui croient [les musulmans] sont les juifs et les païens. Et tu trouveras certainement que ceux qui sont les plus proches par lamour de ceux qui croient sont ceux qui disent : en vérité, nous sommes chrétiens. Cest parce quil y a parmi eux des prêtres et des moines, et parce quils ne sont pas orgueilleux ». Alors que le reste du Coran laisse supposer que Mahomet ne fait pas
de distinction de valeur entre les juifs et les chrétiens, il montre dans ce verset une
nette préférence pour ces derniers. Cette préférence est dailleurs plus
affective que théologique, car rien ne permet daffirmer clairement que lIslam
accrédite plus le christianisme que le judaïsme. Sur certains points en effet,
lIslam savère plus proche du judaïsme que du christianisme (loi du talion,
interdits alimentaires), sur dautres cest linverse (reconnaissance de
Jésus, universalité monothéiste). Il est certain que la piété et lhumilité de
moines chrétiens rencontrés sur sa route ont dû impressionner très favorablement
Mahomet. v.
86 : « [ ] Ceux qui sont incroyants et traitent de mensonges Nos signes, ceux-là sont les compagnons de lEnfer ». De quels signes veut parler Mahomet ?Peut-être des victoires
militaires remportées contre les infidèles. v.
91 : Pour
expier ses fautes, Mahomet recommande au pêcheur de « nourrir dix pauvres »,
daffranchir un esclave ou encore de jeûner 3 jours. v.
92 : « O ceux qui croyez ! Le vin, le jeu du hasard, les idoles et les flèches du sort ne sont quune abomination de luvre de Satan » Les flèches du sort sont un moyen de tirage au sort pratiqué chez
les arabes païens. Seul le rejet absolu du paganisme semble expliquer cette exécration
des flèches du sort. Enfin après lalcool, la condamnation des jeux de hasard est
sans nuance. A chaque fois que des musulmans se livrent à ces jeux apparemment innocents,
ils violent ce principe intangible du Coran. Mais pourquoi donc le jeu du hasard
est-il si haïssable ? Supposer que le jeu du hasard détournerait naturellement le
croyant, par le temps qui lui est consacré, de ses obligations religieuses est une
mauvaise explication : en effet dautres loisirs autorisés par le Coran, telle
la chasse, entament également le temps libre du croyant, sans susciter lire de
Mahomet. v.
93 : « Satan na quun désir : susciter parmi vous linimité et la haine par le vin et le jeu du hasard et vous détourner du souvenir dAllah et de la prière » Un début de réponse semble apporté à la question du verset
92 : en tant que général de ses armées, peut-être que Mahomet était
confronté à des problèmes de discipline militaire où le vin associé aux jeux de
hasard jouait un rôle important. Des conflits auraient pu naître de vaines querelles à
propos de jeux où le vin coulait à flots. Pour remédier à lindiscipline de ses
troupes, Mahomet aurait interdit à la fois le vin et le jeu. Dautres explications
peuvent être avancées : telle la superstition de Mahomet qui aurait cru que le
hasard recouvrait la main du diable. Quoiquil en soit, on peut regretter le
radicalisme de Mahomet qui, sur un sujet aux motivations complexes, préfère interdire
avant de comprendre. v.
94 : Répétition lassante du verset : « Il ny a pas de péché pour ceux qui croient et font le bien, à cause de ce quils mangent, lorsquils craignent Allah, quils croient et font le bien, et qualors ils craignent Allah et quils croient et font le bien. Car Allah aime ceux qui font le bien ». Deux choses lune : soit Allah bégaye, soit une erreur de
copiste sest introduite dans le Coran. v.
95-97 : Chasse
interdite durant le pèlerinage. Réparations en cas de transgression. Le poisson permis
durant le pèlerinage. v.
98 : La Kabba (construction rectangulaire à la Mecque censée avoir été construite par Ismaël) résulte dune décision divine. Mahomet emploie quatre fois le même verbe pour dire :
"connaître", "savoir". Ce point illustre la pauvreté lexicale du
texte originel arabe. v.
101 : « O vous croyez ! Ninterrogez pas [Allah] sur des choses qui, si elles vous étaient montrées, pourraient vous nuire [ ]. Déjà, avant vous, un peuple lavait demandé, mais le lendemain il en était devenu incroyants » . Quel peuple est visé ? Le verset reste vague et flou. Malgré
son imprécision, ce passage condamne assez clairement toute recherche en théologie, et
de manière plus générale, tout esprit de curiosité scientifique. Il ne vas pas sans
dire que les riches discussions théologiques sous les abbassides trahissent le peu de
considération que de nombreux savants musulmans accordaient à une lecture rigoureuse du
Coran. Mais en étaient-ils vraiment conscients ?
v.
104 : Mahomet suggère que tout sera révélé au paradis. v.
109 : Mahomet reconnaît que Jésus a été « fortifié par le Saint-Esprit » Voir commentaire s.4, v.169. v.
110 : Allusion à un récit apocryphe de la vie de Jésus : « [ ] lorsque tu as créé avec de la boue une forme doiseau, [ ] tu as soufflé dessus et cest devenu un oiseau ». Reconnaissance des miracles de Jésus. Ce récit apocryphe prouve que Mahomet était en contact avec des hérésies chrétiennes, alors pléthoriques dans la péninsule arabique. Son jugement du christianisme a donc été biaisé par nombre de ces croyances hérétiques. Que serait-il advenu sil avait été confronté à de grands théologiens chrétiens ? v.
112-115 : Les disciples demandent à Jésus de faire descendre du ciel « une table servie ». Ils sous-entendent quà leurs yeux, ce miracle particulier accordera du crédit à tout son enseignement. Jésus demande la permission à Dieu qui sexécute en faisant descendre « la table servie » sur la terre. Verset à lorigine du titre de la sourate. Ce récit se retrouve également dans les écrits apocryphes, confirmant les contacts de Mahomet avec les chrétiens hérétiques. La table servie symboliserait la scène, ou dernier repas de Jésus. v.
116 : « Et lorsque Dieu dit : O Jésus, fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux hommes : Prenez-moi et ma mère pour deux dieux à côté de Dieu ? [Jésus] dit : Gloire à Toi ! Comment aurais-je pu dire ce qui pour moi nest pas la vérité ? Si je lavais dit, Tu laurais su. Tu connais ce qui est dans mon âme, mais je ne connais pas ce qui est dans ton âme ». Mahomet commet une grossière erreur en suggérant que les chrétiens reconnaissent Marie comme partie intégrante de la Sainte-Trinité. Chez les chrétiens en effet, cest le Saint-Esprit qui est associé au Père et au Fils, en aucun cas Marie. Mais comment Mahomet aurait-il pu se tromper aussi lourdement sur un point important de la théologie chrétienne ? Là-encore, il nest pas impossible que des chrétiens hérétiques lui aient transmis cette idée de Marie composante de la Sainte-Trinité. Quoi quil en soit, sa vision peu nuancée de la Sainte-Trinité ne correspond pas à celle des théologiens catholiques (voir commentaire du s.4, v.169). v.
117 : Jésus savoue « témoin » des
déviations théologiques des chrétiens, à propos de lunicité de Dieu. En réalité Mahomet se trompe une nouvelle fois en supposant que le concept de la Sainte-Trinité sétait déjà entièrement formé à lépoque de Jésus. Depuis les débuts du christianisme en effet, de nombreuses divergences se sont exprimées à ce sujet, notamment à travers larianisme, cette hérésie fondée par le prêtre alexandrin Arius. Ainsi larianisme défendait linfériorité du Fils au Père, discréditant la Sainte-Trinité et ouvrant la voie à un polythéisme de fait. Cest à la suite du concile de Nicée en 325, premier concile de lhistoire chrétienne présidé par lempereur Constantin, que la notion actuelle de la Sainte-Trinité fut consolidée et larianisme condamnée. Il aurait évidemment été intéressant de savoir, dans le cas hypothétique où larianisme serait sorti vainqueur du concile de Nicée, si Mahomet aurait effectivement épousé la cause de larianisme, comme la plupart des barbares dOccident.
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