
Le Pakistan, pays ingouvernable
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A qui le tour ? L'invasion de l'Irak n'a pas
commencé que, déjà, au Pakistan, certains s'interrogent: après le maître de Bagdad,
les dirigeants d'Islamabad feront-ils les frais de la colère de Washington? La prolifération nucléaire Le Pakistan aurait fourni à la Corée du
Nord, en 1997, plusieurs centrifugeuses destinées à enrichir l'uranium. Cette livraison
aurait été négociée en échange de missiles nord-coréens de longue portée que le
Pakistan, au bord de la faillite, se trouvait dans l'incapacité de payer. Révélées par
l'hebdomadaire The New Yorker et le quotidien The New York Times, ces informations n'ont
pas été démenties par Washington. Elles feraient l'objet d'un rapport confidentiel de
la CIA, rédigé en juin 2002. On comprend mieux, à présent, pourquoi l'ancien
responsable du programme nucléaire pakistanais, Abdoul Kadir Khan, le père de «la
première bombe atomique islamique», se serait rendu à 13 reprises à Pyongyang...
Plus inquiétant: depuis le rapprochement entre Washington et Islamabad, une dizaine de
spécialistes nucléaires pakistanais auraient quitté le pays sans laisser de traces. Où
sont-ils, alors? En Corée du Nord? Ou ailleurs?... Si elle est confirmée, l'affaire
aurait des conséquences incalculables. Depuis la mise au point de l'arme atomique, il y a
plus d'un demi-siècle, le monde vit dans l'angoisse qu'un pays pauvre, un jour, puisse
fournir à un régime incontrôlable, voire à une organisation, la technologie nucléaire
à des fins militaires. Les généraux d'Islamabad ont-ils transgressé ce tabou? L'absence de réforme scolaire Quelque 40 000 à 50 000 écoles
coraniques ont été créées depuis vingt ans au Pakistan, l'Etat ayant renoncé, sur ce
terrain comme sur d'autres, à assumer ses responsabilités. La plupart des madrasa
assurent un enseignement religieux traditionnel. D'autres écoles, d'inspiration
fondamentaliste, ont formé l'équipe dirigeante des taliban. Après les attentats du
11 septembre, le général-président Moucharraf avait annoncé une refonte des
programmes et la création d'établissements pilotes: outre la théologie, les profs
assureraient des cours d'informatique et de langue anglaise. Mais il ne s'est rien passé.
Et les écoles extrémistes se développent toujours, en particulier le long de la
frontière avec l'Afghanistan. La libération de terroristes Depuis quelques mois, les leaders des
principaux groupes islamistes armés ont été libérés. Le 17 février dernier,
deux Pakistanais condamnés à mort pour le meurtre de quatre employés américains d'une
compagnie pétrolière, il y a cinq ans, ont été acquittés. L'un et l'autre
appartiennent à un parti extrémiste membre de la coalition au pouvoir. Le mois
précédent a vu la libération du maulana Massoud Azhar, leader de Jaich-i Mohammad
(l'Armée de Mohammed) et de Hafiz Saïd Butt, responsable du Lachkar-i Taiba (l'Armée
des purs). Liées à plusieurs attentats meurtriers en Inde, ces organisations figurent
sur la liste noire américaine des groupes qui soutiennent le terrorisme. Elles ont
changé de nom et sont désormais installées dans des locaux flambant neufs. Leurs jeunes
recrues sont formées au maniement des armes dans des camps d'entraînement que le
gouvernement d'Islamabad fait mine d'ignorer. Quant au maulana Azam Tarik, accusé d'être
impliqué dans 14 assassinats et leader d'une autre organisation interdite, il a
été libéré de prison sous caution, en octobre 2001, sur intervention du Premier
ministre en personne. Candidat victorieux aux élections législatives, dès le lendemain
de sa libération, il bénéficie désormais de l'immunité parlementaire. «Impunité
parlementaire» serait un terme plus adéquat. L'influence croissante des islamistes antiaméricains Les partis islamistes ont remporté 20% des
voix aux élections législatives d'octobre 2001 et contrôlent désormais deux des quatre
grandes provinces du pays. Attisée par les maladresses verbales de Washington, la
rhétorique antiaméricaine est de plus en plus répandue, en particulier dans les
mosquées, lors des prêches du vendredi. |