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Contre la Turquie dans l'Europe

source: Polemia

Un événement d’une gravité exceptionnelle se dessine, et une fois encore, l’élite intellectuelle et bien-pensante de notre pays aura tout fait pour y contribuer. Au plus haut niveau de la bureaucratie européenne, une idée dangereuse et absurde se répand, une idée à contre-courant de la raison la plus élémentaire, une idée que les peuples européens refuseraient si « l’Europe d’en Haut »  daignait consulter « l’Europe d’en Bas » sur ce sujet. Cette idée imposée par la vision très éthérée des technocrates, c’est la très politiquement-correcte adhésion de la Turquie à l’Europe. Alors même que ce pays n’a jamais fait partie de l’Europe.

Pourquoi la Turquie ne fait–elle pas partie de l’Europe ? En réalité, trois faisceaux d’arguments relevant de la géographie, de l’histoire et de la culture s’avèrent pertinents. Nous verrons que ces raisons sont plus crédibles que les trois critères « géographique, idéologique et politique » assez creux de notre cher ami Juppé.   

Tout d’abord, comme le remarque avec bon sens notre ancien président de la république V. Giscard d’Estaing, la capitale de ce pays ne se trouve pas en Europe mais Asie, et 95% de la population se trouve de l’autre côté du Bosphore. La présence d’un bout de territoire turc sur le continent européen ne constitue donc nullement un argument pertinent, car si cet argument devait prévaloir, tous les pays possédant un morceau de territoire sur un autre continent ferait partie intégrante de ce dernier : la France ferait alors partie de l’Amérique du Sud (à cause de la Guyane), l’Espagne de l’Afrique (Cueta), l’Angleterre de la péninsule ibérique (Gibraltar), le Danemark de l’Amérique du Nord (le Groenland)... Plus amusant encore, nos écoliers prétendant que les océans Indien, Pacifique et Antarctique baignent nos côtes mériteraient une excellente appréciation : pensez aux îles de la Réunion, Kerguelen, et Clipperton (je défie personnellement Mr. Juppé de me désigner l’île française Cipperton sur une mappemonde…)  Nous le constatons, une distinction doit être établie entre la possession et l’inclusion, la Turquie possède certes un bout de territoire européen, mais ne fait pas partie de l’Europe. 

L’argument géographique ne tenant pas debout, examinons plus attentivement l’aspect historique. Pour toujours évoquer ce morceau d’Europe que détient la Turquie, pourquoi diable existe-il ? Hélas, n’en déplaise à l’élite politiquement correct, de simples raisons guerrières et hégémoniques expliquent ce fait historique ! Les turcs musulmans, en 1453, anéantirent le vieil Empire Byzantin, et s’emparèrent de Constantinople à cette date. Remarquez bien le mouvement : ce n’est pas la Turquie, ancienne nation européenne, qui se serait convertie à l’Islam, mais l’Islam qui a conquis par les armes un bout d’Europe, avant de l’asservir. Les turcs se sont ensuite répandus comme une traînée de poudre dans les Balkans, massacrant et martyrisant les récalcitrants. Il a fallu la levée du siège de Vienne par les turcs, le 12 septembre 1683, pour voir refluer cette puissance étrangère hors de l’Europe centrale.

Le contentieux historique est donc lourd, entre l’Europe et la Turquie. Certes, beaucoup de nations européennes se sont livrées à des agissements similaires dans leur propre histoire, et il serait malhonnête d’accuser la Turquie de tous les maux actuels des Balkans, bien qu’une part de responsabilité leur revienne. Mais tout de même, la présence turque en Europe constitue l’héritage flagrant d’une ancienne ambition impérialiste et hégémonique, ce qui nuit déjà à la vision très rose-bonbon de nos intellectuels. Hé oui, Mr. Cohen-Bendit, des turcs avec un couteau entre les dents, ça a déjà existé sur le sol européen ! 

Allons plus loin : si jamais la Turquie devait rentrer dans l’Europe, pourquoi le Liban, l’Arménie, Israël, la Palestine, l’Egypte n’en feraient-ils pas partie ? Les liens culturels, historiques, démographiques existent entre tous ces pays et l’Europe, et beaucoup plus qu’on le croit. En premier lieu l’Arménie : ce pays chrétien ne se situe-t-il pas dans le Caucase, à la limite entre l’Europe et l’Asie ? Paris ne constitue-t-il la première ville arménienne du monde, avant Erevan ? En second lieu le Liban, ou ancienne Phénicie : les alphabets grecs et romains ne viennent-ils pas de cette civilisation très brillante du 1er millénaire avant notre ère ? Le mot même « Europe » ne vient-il pas de « Ereb » qui signifie occident en phénicien ? Rappelons la légende d’Europe (Les Métamorphoses d'Ovide, Livre II vers 847-867) : « Zeus vit Europe alors qu'elle jouait avec ses compagnes sur la place de Sidon, ou de Tyr, dont son père était roi. Enflammé d'amour pour sa beauté, il se transforme en un taureau d'une éclatante blancheur, aux cornes semblables à un croissant de lune. Puis, il vint, sous cette forme, se coucher aux pieds de la jeune fille. Celle-ci, d'abord effrayée, s'enhardit, caresse l'animal et s'assoit sur son dos. Aussitôt, le taureau se relève et s'élance vers la mer. Malgré les cris d'Europe, qui se cramponne à ses cornes, il pénètre dans les flots et s'éloigne du rivage. Tous deux parviennent ainsi jusqu'en Crète, où, auprès d'une source, à Gortyne, Zeus s'unit à la jeune fille, sous des platanes qui, en mémoire de ces amours, gardèrent le privilège de ne jamais perdre leurs feuilles. »

Europe, jeune princesse violentée par une bête sauvage, voilà de quoi faire réfléchir sur notre origine et sur notre destinée. D’autres y verront l’irrésistible ascension du mâle blanc… Trêve de plaisanteries : malgré tous les voiles islamiques qu’imposent les mollah aux jeunes filles de Tyr et Sidon, le Liban est mille fois plus européen que la Turquie. En troisième lieu Israël et la Palestine : la civilisation chrétienne, fondement capital de notre civilisation, ne trouve-t-elle pas sa source historique en cette terre traversée par l’histoire ? Enfin l’Egypte : la tribu d’Israël, dont nous descendons spirituellement, n’a-t-elle pas trouvé son unité à l’occasion de son séjour laborieux chez les pharaons ? Le plus vieux monument de Paris, l’obélisque de le concorde depuis 1831, ne vient-il de Louxor ? A ce jeu érudit et un peu facile, l’Europe risque certes d’englober le monde entier… C’est pourquoi un minimum de sérieux est requis pour mieux définir les frontières de l’Europe. Les valeurs culturelles communes, quoiqu’en pensent les héritiers de la contre-culture de mai 1968, sont les mieux appropriées pour définir une communauté d’hommes et de femmes partageant un fort héritage historique, politique et intellectuel. Bien que d’innombrables civilisations ont contribué à façonner l’Europe, telles les influences celte, germanique, phénicienne, cette culture commune procède de deux racines principales : la racine gréco-romaine d’une part, la racine chrétienne d’autre part.

Tout d’abord, la racine gréco-romaine constitue un élément fondamental de notre patrimoine commun. Le génie hellénique nous éclaira d’une lumière civilisatrice indiscutable, et notre société moderne fondée sur la science doit tout aux grecs. La démocratie dont nous nous enorgueillissons fut inventée à Athènes, et un grand nombre de nos monuments s’inspirent directement de l’architecture hellénique. A cet esprit créatif grec s’est ajouté la rigueur et l’efficacité romaine : plus pragmatique peut-être, ce peuple féconda l’Europe de son écriture et de ses institutions publiques. La langue latine imprègne le vocabulaire d’un grand nombre d’européens, et les bases du droit moderne proviennent de la Rome antique.    

Enfin la racine chrétienne définit très efficacement l’appartenance européenne. Toutes les grandes villes d’Europe se sont développées autour d’un noyau que domine une cathédrale. Un nombre considérable de lieux géographiques reprennent le nom de saints. Pâques, Toussaint, Noël sont des fêtes populaires à forte connotation chrétienne. Même les Droits-de l’Homme puisent très allègrement dans l’esprit des Evangiles, dont ils représente une version sécularisée, en quelque sorte. Remplacez « amour du prochain » par « respect d’autrui », et vous verrez mieux apparaître l’influence chrétienne. Notre compassion envers les pauvres, notre volonté d’alléger la misère du monde, nous désir de paix et de concorde entre les peuples doivent beaucoup à l’esprit de charité chrétienne qui, consciemment ou inconsciemment, nous environne. Nous le constatons, ces deux racines gréco-latine et chrétienne sont des critères d’unité morale et intellectuelle infiniment plus pertinents que ceux présentés par Mr. Juppé…  

Mais pour revenir à la Turquie, pourquoi les gauchistes souhaitent-ils tellement son adhésion de l’Europe ? Ne nous-y trompons pas : depuis toujours, leur projet consiste à vider l’Europe de toutes références culturelles et spirituelles, de toutes empreintes chrétiennes et classiques. Leur ambition consiste à relativiser la notion même d’européen, à la vider de sa substance. Pour eux, il serait raciste et fascisant d’établir des frontières autour de l’Europe, car nous serions tous des citoyens du monde, sans distinction d’origine, de race et culture. En réalité, la reconnaissance de ces frontières relève justement d’une attitude respectueuse à l’égard du non-européen : c’est en admettant qu’elle dispose de limites que l’Europe fait preuve de modestie.

Non, Messieurs les technocrates de Bruxelles, la Turquie ne partage pas de valeurs culturelles communes avec les peuples européens. Par conséquent, la Turquie ne doit absolument pas adhérer à l’Europe, bien que des rapports amicaux et privilégiés avec ce pays soient évidemment souhaitables. Car si elle devait un jour rentrer au sein de l’Union, ce ne serait pas seulement la fin de l’identité européenne. Ce serait également la chute mortelle d’Europe dans la Mer Egée, lâchement abandonnée par les bœufs bruxellois…    

source : www.polemia.com