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La Turquie et l'Europe

par Audric Orcelliande

source : www.conscience-politique.org

Dans la déclaration des droits de l'homme de 1789, on peut lire que "toute souveraineté réside dans la nation". Or, le système qui nous régit, en dépit du fait qu'on le prétende inspiré par ladite déclaration, ne semble dans les faits guère être fondé sur ce principe.

Car sinon comment expliquer que les oligarques européens mettent un tel acharnement à imposer l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne ? Et comment expliquer que nombre de politiciens, en dépit de ce qu'ils pensent vraiment, manquent à ce point de courage pour oser s'opposer à ces manoeuvres ? Reporter à plus tard la décision d'inclure la Turquie dans l'Union européenne n'est pas la bonne méthode. Mieux vaudrait dire simplement mais non moins fermement la vérité, à savoir que la Turquie n'a pas toute sa place en Europe, quoi qu'en disent d'inconséquents politiciens.

De toute façon, une décision aussi grave, tant par sa très grande portée historique que par ses conséquences immenses et innombrables, ne devrait pas être prise sans que l'on consulte les peuples européens.

Or, il est clair que nos peuples sont hostiles à cet élargissement inconsidéré, tous les sondages le prouvent. Il est donc probable qu'on ne leur demandera pas leur avis. Car quand les hommes de l'Etat savent que l'opinion d'une majorité de citoyens ne coïncide pas avec la leur, ils oublient facilement d'interroger les électeurs. Et quand par mégarde, ils leur arrive de les consulter sur un sujet important et qu'ils ne sont pas satisfaits par le résultat, alors ils recommencent l'opération jusqu'à ce que le peuple, lassé et saturé de propagande culpabilisatrice, se résigne enfin à leur faire plaisir (comme par exemple au Danemark et en Irlande). Il arrive que ce système soit qualifié de démocratique.

Concernant la Turquie, si les chefs d'Etat et de gouvernement prennent la décision de faire entrer dans l'Union européenne, alors ils bafoueront deux fois l'idéologie démocratique dont ils clament partout qu'ils sont les représentants. Premièrement en n'adoptant pas une procédure démocratique pour faire passer cette décision si grave. Deuxièmement, en témoigant à l'égard de l'islamisme turc une bienveillance sidérante.

Il est vrai que dès lors qu'il fut clair que lesdits islamistes allaient remporter les élections, les médias avec une unanimité assez suspecte ont unanimement décrété qu'ils étaient des "islamistes modérés". Les déclarations du chef du parti islamiste qui a comparé les minarets à des poignards n'ont pourtant rien de modéré. Les islamistes turcs ont adopté un profil bas car ils sont sous surveillance mais ils savent que le temps jouent pour eux. Leur but est simple : réislamiser la Turquie, laquelle n'a d'ailleurs jamais été laïcisée que superficiellement, il suffit de se promener à l'intérieur de ce pays pour s'en convaincre. Le projet que les islamistes cherchent à réaliser est antithétique des valeurs européennes : il vise à terme à remodeler complètement le citoyen turc en "homo islamicus".

Ce projet de société est bien bien plus radical dans ses ambitions que les quelques mesures anti-immigration du FPO de Haider en Autriche. Mais curieusement les mêmes qui se sont acharnés de façon tellement excessive contre le gouvernement autrichien sont près à tout pardonner aux islamistes turcs. Or, il est évident que ce qui menace aujourd'hui l'Europe, c'est bien davantage la vague islamiste mondial qu'un très hypothétique retour du national-socialisme. Pour nos élites qui se veulent éclairées, mais qui en fait se meuvent dans les ténèbres et l'obscurantisme du politiquement correct, Haider et ceux qui lui ressemblent plus ou moins en Europe constituent la vraie menace contre la démocratie. Pour nos médias, quiconque ose nuancer un peu cette opinion est suspect ; les journalistes ne sont pas près d'intégrer dans leur vocabulaire l'expression de "nazis modérés". A la rigueur, ils parlent de populisme, expression révélatrice du mépris dans lesquels ils tiennent le peuple...Un mépris paradoxal chez ces gens qui se veulent des démocrates zélés.

Non, l'islamisme turc n'a donc rien à voir avec une version islamique de la démocratie chrétienne européenne. D'ailleurs, l'islam, qui n'a jamais séparé le politique et le religieux, et le christianisme, qui distingue depuis toujours temporel et spirituel n'ont eux-mêmes rien à voir, n'en déplaise aux idiots utiles qui par un oecuménisme simplet qui n'est en fait qu'une nouvelle manifestation du syndrome de Stockholm font le jeu du totalitarisme islamique.

Dans les discours médiatiques, on brode souvent sur le thème inepte entre tous de l'équivalence des religions et on atteint d'ailleurs parfois le sommet du grotesque lorsque l'on feint de confondre les catholiques attachés à la messe de Saint Pie V et les islamistes qui ensanglantent la planète. Le martyr chrétien reçoit la mort, alors que le martyr musulman la donne...

Il est illusoire de croire en la possibilité d'un islamisme modéré. Ceux qui prônent l'entrée de la Turquie dans l'Europe pour empêcher sa radicalisation sont de grands naïfs ; politiquement ce sont donc des gens dangereux. Le cheval de Troie turc risque de pourrir la vie de nos malheureux descendants, victimes prévisibles de l'inconséquence de leurs utopistes ancêtres.

D'abord quand bien même, nous pourrions influencer l'islam turc en intégrant la Turquie, nous n'aurions aucun devoir de la faire. En politique, toute forme de chantage d'un pays à un autre est inadmissible. Le méthode du "laisse-moi entrer sinon je deviens ton ennemi et je te tue" est celle des mafieux et des terroristes. Nous n'avons pas à nous soumettre à ce genre d'intimidation.

Ensuite, il n'est pas sérieux d'affirmer comme le font des oligarques européens ou les sous-penseurs de service qu'il faut faire rentrer la Turquie islamiste pour y "aider les forces laïques et contrer les islamistes" alors que, précisément, ce sont les islamistes turcs qui font aujourd'hui de l'entrée dans l'Union européenne un objectif prioritaire. Il ne faut pas faire ce cadeau à ceux qui rêvent d'islamiser non seulment la Turquie mais l'Europe et toute la planète.

L'islamisme est un internationalisme. Les islamistes prônent un mondialisme politique, ils se placent dans une logique conquérante et pas du tout dans l'optique d'un repli. Ils seront très heureux d'entrer dans une Europe décadente qu'ils méprisent car ils rêvent de la coloniser de l'intérieur et de la subvertir. Le multiculturalisme exacerbe les différences identitaires, loin d'affaiblir l'islamisme, il le renforcera. L'islamisme n'est pas soluble dans la démocratie. Il s'y épanouit très bien comme le montre le cas des banlieues françaises.

Il faut avoir à l'esprit que l'islam en position minoritaire est modéré, mais que devenu, majoritaire, il devient de plus en plus intraitable et intolérant. Cette tendance est structurelle car elle tient à l'essence particulière de l'islam. Soutenue par sa vigoureuse démographie, l'islamisme turc enverra au parlement européen un contingent toujours plus nombreux de députés. Du fait de sa population, la Turquie pèsera plus dans les institutions commuanutaires que la France ou la Grande Bretagne. Est-ce vraiment cela que veulent nos gouvernements ?

L'islamisme turc ne semble pas gêner nos hommes de gauche anticléricaux qui n'aiment médire que de la religion chrétienne, pourtant la seule qui ait intégré en profondeur les réflexes piteux du droit-de-l'hommisme dont ils se veulent les hérauts. En fait, ce qu'il faut bien comprendre et ce qu'illustre de façon spectaculaire cette affaire turque, c'est que pour ces "libres-penseurs" la référence aux droits de l'homme, la défense de la liberté humaine et de la tolérance contre les dogmes ne sont que des prétextes. Sinon, comment expliquer la coexistence de leur ardeur à faire connaître et même à célébrer le ramadan avec le silence ou le mépris dont ils accablent les catholiques qui respectent le carême, traînés dans la boue comme autant d'"intégristes" ? Ultraféministes quand il s'agit d'attaquer le christianisme, qui en dépit de leurs mensonges, a puissamment contribué à améliore! r le sort de la femme là où il s'est développé, les politiquement corrects trouvent tout plein d'excuses sociologiques aux pratiques islamiques qui font des femmes des sous-hommes.

Ce qui les animent vraiment, ce n'est pas la volonté de développer une tolérance dont ils sont incapables avec ceux qui ne pensent pas comme eux, c'est la haine des véritables fondements de l'identité européenne. Le prétendu universalisme de nos élites dissimule un sentiment pervers et plus ou mopins conscient d'autodétestation. Les européens qui s'en réclament sont de fait les complices objectifs de ceux qui, comme les islamistes, sont en apparence idéologiquement aux antipodes de leurs conceptions. Les masses du tiers-monde rêvent de s'installer massivement sur notre continent et donc de le soumettre à terme ; les idiots utiles qui peuvent les y aider ne manquent pas. Si l'on dissipe les nuées idéologiques, et que l'on s'attache à scruter la réalité concrète, alors il faut convenir que progressistes et islamistes travaillent de concert à la destruction de notre identité civilisationnelle.

Non, la Turquie n'est pas européenne. Géographiquement le nom de la Turquie est l'Asie mineure. Le petit bout de terre européenne dont elle a hérité par la grâce d'Albion après la première guerre mondiale ne peut justifier en aucune façon son adhésion. Car sinon la France qui possède la Guyane pourrait demander à intégrer le Mercosur...

Culturellement, les turcs n'ont été marqués ni par Rome et la Grèce dont ils ont détruit en 1453 l'héritier direct qu'était l'empire de Constantinople, ni par le christianisme qui est à l'origine de notre vision du monde européenne, même sous une forme laïcisée. N'en déplaise à ceux qui ne veulent pas voir dans l'Europe un "club chrétien", le christianisme est une composante fondamentale de l'identité européenne. La civilisation turque est imprégnée par l'islam, qui diffère radicalement de l'héritage spirituel de l'Europe, et par la langue turque, celle des nomades des qui terrorisèrent les steppes de l'Asie Centrale pendant des siècles.

La situation de la Turquie est d'ailleurs un peu différente de celles de la Bosnie et de l'Albanie. Ces dernières sont intégrées géographiquement à l'Europe. Elles sont beaucoup moins peuplées et de plus leurs habitants sont des européens islamisés, ethniquement et linguistiquement très proches de leurs voisins catholiques ou orthodoxes. Certes, ils sont liées par la culture au monde islamique, et ce d'autant plus qu'en abattant la Yougoslavie, les occidentaux ont favorisé leur réislamisation. Mais précisément, deux Etats islamiques potentiellement islamistes en Europe, c'est déjà beaucoup trop.

Les partisans de l'intégration de la Turquie critiquent le culte de la pureté alors que ce qui menace réellement l'Europe c'est la vénération béate de l'impureté et l'idôlatrie du métissage car elles tendent à dissoudre la seule identité européenne. Nous avons reçu des siècles passés un héritage magnifique, nous avons le devoir de le préserver.

La tradition turque est irréductible et totalement incompatible avec celle notre civilisation. De ce point de vue, la Nouvelle Zélande a bien davantage sa place en Europe que la Turquie.

On n'a d'ailleurs parfaitement le droit de ne pas être européen. Cela n'a rien d'insultant de dire à un turc ou à un marocain qu'il n'est pas un européen. Les non-européens n'ont pas à protester contre les faits en se vexant bêtement. Ils n'ont pas à pratiquer le terrorisme intellectuel en criant à la discrimination. En revanche, les décideurs politiques doivent en tenir compte et ne pas fonder leurs orientations sur des des utopies par nature dangereuses.

Mais malheureusement, ces vérités fondamentales, nos gouvernants refusent de les voir. Elle ne sont pas en accord avec le faux universalisme qui leur sert de pensée où plutôt les dispensent de penser. Quand on interroge des politiciens partisans de l'intégration turque, tout ce qu'ils savent répondre c'est que l'on a promis à la Turquie qu'elle pourrait adhérer à l'Union européenne depuis des dizaines d'années et que ses efforts pour tendre vers la démoicratie devaient être récompensées. D'une part, c'est faux, les européens s'étant seulement engagés à examiner la candidature turque. D'autre part, quand bien même ces promesses eussent été faites, elles n'engageaient les dirigeants européens qu'à titre personnel. Quant au caractère démocratique de la Turquie, il est pour le moins ambigü et il ne saurait justifier que l'on compromette toute une entreprise historique seulement pour le récompenser. S'il suffisait qu'un Etat soit démocratique pour qu'il puisse entrer dans l'Union Européenne, on pourrait très bien proposer au Japon d'engager à son tour des négociations.

La réalité est que les chimères antidifférentialistes qui encombrent les têtes de nos dirigeants se conjuguent avec l'action des groupes de pression économiques et politiques pour faire aboutir cette aberration totale que constitue l'adhésion turque. En particulier, cette crise montre que l'argument selon lequel le processus de construction européenne doit favoriser l'autonomisation de l'Europe par rapport à l'Amérique n'est pas très solide.

Nos amis américains doivent comprendre qu'ils outrepassent leur rôle en militant activement pour favoriser l'intrusion turque en Europe. Cette politique n'est en fait même pas conforme à leurs véritables intérêts nationaux et civilisationnels. L' Amérique qui multiplie les pressions et les injonctions pour imposer l'entrée de la Turquie n'est pas celle que nous aimons.

Les dirigeants américains en dépit des événement du 11 septembre 2001semblent encore croire qu'il est possible de s'allier aux islamistes pourvu qu'ils ne remettent pas en cause leur suprématie. Mais là encore, en privilégiant ses intérêts immédiats ou plutôt ceux de groupes d'influence qu'on ne saurait identifier avec le peuple des Etats-Unis et en faisant le jeu des islamistes turcs qui veulent rentrer en Europe, la puissance américaine commet de graves erreurs et montre qu'elle n'est malheureusement jamais été ce rempart dont l'Occident a pourtant tellement besoin pour contrer le Totalitarisme Vert.

En témoigne les rapports que l'Amérique a entretenu avec les islamistes iraniens dont elle a favorisé la prise du pouvoir en lâchant son allié le Shah ; avec les islamistes afghans qu'elle a armé et financé et qui se retournèrent contre leur protecteur ; avec les islamistes bosniaques et kosovars albanais auxquels elle a offert deux Etats inédits au coeur de l'Europe ; avec la monarchie islamiste saoudienne qui profite de l'alliance américaine pour mettre en oeuvre avec l'argent du pétrole un messianique plan d'islamisation du monde.

Si les groupes d'influence qui inspirent la position de l'administration américaine tiennent à ce point à la Turquie, ils n'ont qu'à proposer de faire de la Turquie un cinquante-et-unième Etat américain ou un autre membre de l'ALENA !

La Turquie ne sera jamais qu'un allié tempraire et incertain de l'Occident. Plutôt que de l'accepter dans un ensemble géopolitique qu'elle n'a pas vocation à rejoindre, il vaut mieux passer avec elle des alliances militaires ou des accords de libre-échange, avec d'autres pays du partenariat euro-méditerranéen par exemple. Les européens ne doivent pas subordonner la préservation de leurs intérêts de long terme à la promotion de ceux d'un allié peu sûr et virtuellement dangereux.

Car les données civilisationnelles font que la Turquie ne peut pas être un allié éternel de l'Occident. Les faits sont têtus et les utopistes qui nous gouvernent, au lieu de les mépriser sottement, feraient mieux de leur porter une plus grande attention.

Toute construction politique nécessite des frontières. Dès lors, que l'Union Européenne aura intégré la Turquie, il ne sera plus possible de refuser l'entrée du Maroc, de l'Algérie, de la Syrien, du Liban et d'Israël. On ne pourra plus décemment parler d'Union européenne.

Ceux qui ont favorisé et favorisent encore les menées des différents gouvernements turcs, qu'ils soient "laïcs" ou religieux, sont des irresponsables et donc des hommes dangereux. Quelles que soient les décisions administratives et politiques qui seront prises à l'avenir, la Turquie ne sera jamais européenne. Mais plaise à la Providence que les manigances insensées des négateurs de cette évidence soient déjouées à temps. Sinon, il reviendra aux européens du futur de se montrer meilleurs que leurs prédecesseurs en se battant pour la reconquête de leur liberté et leur identité.

Audric Orcelliande