
Chronique de l'antisémitisme ordinaire à l'école
|
« Hitler, c'est mon
cousin. Ce qu'il a fait, c'est bien », glisse, fanfaron, un élève de 12 ans à son
voisin. Le professeur d'histoire de ce collège de Saint-Denis s'interrompt et prend la
peine de contrer, point par point, les poncifs sur les juifs : « Ils ont de l'argent, ils tiennent les médias, ils
sont partout, ils tuent des Palestiniens »
Les propos antisémites ne sont pas nouveaux pour cet enseignant.
« Mais le climat se dégrade très nettement. Parce
que maintenant, le communautarisme est vraiment installé dans certains quartiers ».
Depuis la rentrée, certains de ses élèves, menés par un adolescent particulièrement
virulent, opèrent systématiquement une lecture religieuse des événements en France, en
opposant un « nous les Arabes » à « eux les juifs ». Ils assurent ainsi que Nicolas
Sarkozy est « avant tout juif ». Pour preuve,
sa fermeté contre l'antisémitisme... « Pour
eux, seul un juif s'intéresse au malheur des juifs. » Interpellée, la mère du
meneur s'étonne : « Nous sommes turcs, des
militants de gauche athées. Cette année, notre fils nous a suppliés de faire le
ramadan. Nous avons refusé. » Auparavant, l'enfant avait été traité de « juif » par des voisins car il ne pratiquait pas
l'islam. Parfois, l'ignorance est véhiculée dans les familles. Un
professeur d'origine maghrébine n'en revient toujours pas. Rendant visite à des amis
d'enfance de la cité, aujourd'hui pères de famille, il les a entendus dénoncer « les privilèges des juifs auxquels il fallait mettre
fin ». Que vont devenir « leurs enfants,
élevés dans cette jalousie ? », s'inquiète-t-il. Ces préjugés antisémites sont également relayés par
certaines télévisions câblées qui passent en boucle des images de Palestiniens
opprimés. Ou glanés sur des sites Internet islamistes propageant des rumeurs qui,
écrites noir sur blanc, font figures d'informations. Le démenti opposé par les
professeurs porte difficilement. Car les jeunes sont enclins à la théorie du complot et
croient les médias « contrôlés par les juifs ».
Des imams à la foi dévoyée agiteraient également le spectre d'une guerre de
religion. Lors d'un cours sur les croisades dans un lycée de Montreuil
(Seine-Saint-Denis), un gamin a soudain affirmé que les Arabes allaient bientôt tuer
tous les juifs et les chrétiens. « Quand ça ? »,
a interrogé le professeur. « C'était pas dit
dans la cassette de l'imam », a répondu l'adolescent. Dans un collège voisin, des
élèves qui contestaient l'Holocauste ont expressément demandé à sortir du cours pour
requérir l'imam censé apporter « la vérité » sur
le sujet. Mais au-delà de ces manipulations, l'antisémitisme devient,
insidieusement, une forme valorisante de violence. Dans certaines écoles, un nouveau jeu
est apparu : on entoure un enfant. S'il est juif, on le tabasse. Le mot juif est à lui
seul une injure. « Bien souvent, il a remplacé
l'expression « pauvre idiot » d'antan », reconnaît le porte-parole de l'académie
de Paris, après l'agression antisémite contre un enfant de 11 ans au collège Montaigne
(6e). Une attaque que l'académie situe dans un contexte de « banalisation des insultes racistes ». Cette
déclaration choque certains professeurs, dont Annie, membre de l'association Perec, un
mouvement d'enseignants qui défend l'école républicaine : « Les adultes ne doivent pas entériner la
banalisation. Ce manque de réaction a déjà contribué à la montée de l'antisémitisme
observée ces dernières années à l'école. » Sur le terrain, les professeurs seraient, selon elle, tentés
d'esquiver « le racisme provenant des populations
arabo-musulmanes qu'ils considèrent comme des victimes sociales ». Ou
sympathiseraient avec l'opinion de certains élèves : « Pourquoi poser une plaque pour les enfants juifs
déportés ? Il n'y a pas que les juifs qui ont été persécutés », a déclaré un
professeur d'un lycée du XXe arrondissement de Paris. Un autre enseignant,
professeur de philosophie dans l'Est parisien, a récemment expulsé de son cours une
jeune fille : il était convaincu qu'elle arborait une plaque de soldat israélien et
refusait « les signes de soutien à une armée
d'occupation ». De nombreux professeurs sont, comme une partie de l'extrême
gauche française, très engagés du côté palestinien. Sans être antisémites, certains
« comprennent » parfois l'hostilité contre
des élèves juifs présumés soutiens inconditionnels d'Israël. Enfin, beaucoup
considèrent qu'il s'agit avant tout de bagarres entre élèves et rechignent à trancher.
Pour limiter ces flottements, et en attendant la divulgation des consignes précises du
Livret républicain, Luc Ferry recommande aux chefs d'établissement de porter plainte. Le Figaro |