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Récits d'antisémitisme

source : Le Nouvel Observateur (extraits)

 

Avertissement : Les aggressions rapportées ci-dessous par Le Nouvel Observateur ont pour objet de rendre compte de la montée de l'antisémitisme en France, et plus largement de l'aggravation des tensions entre communautés. La crudité parfois odieuse de certains propos n'ont donc pas pour vocation d'inciter au racisme, d'où qu'il vienne, mais d'illustrer ces tensions qu'il faut dénoncer.


A son école, Julien, un adolescent juif, se porte volontaire pour lire une plaque commémorative sur les enfants juifs déportés. A la rentrée dans son nouveau collège, Kamel, qui le connait depuis la petite enfance, le prend pour cible. Il incite d'autres enfants à le frapper et l'injurier : " Youpin, sale juif ! "...

La principale convoque les parents. "Je ne peux plus garantir la sécurité de votre enfant, il faut le changer d'établissement". Kamel, l'autre jour, a croisé le père de Julien. "Tu le sais bien, Kamel, c'est terrible de se traiter comme ça entre petits français..." Kamel, 13 ans, a répondu : " Je suis pas français, je suis arabe".


Une bande de jeunes beurs est venue tabasser deux jeunes juifs : "Sales youdes !" La mère de l'une des victimes veut se rappeler qu'elle vit dans une cité métissée, entourée de voisins maghrébins, "des gens bien, des enfants géniaux, brillants. On ne va pas se mettre à detester les arabes, maintenant ?"


Un gamin juif se fait tabasser pour avoir refusé d'acheter un portable volé et proposé par de jeunes beurs. "Je ne sais pas si tout le monde est antisémite, mais je commence à avoir du mal quand je vois des arabes". Son père, né en Algérie, est de ces pieds noirs façon Enrico qui aimaient à penser que les arabes les aimaient. "Je suis déçu, par les jeunes surtout".


Chrystelle, passée à tabac un samedi matin, dans le couloir de la station de métro Miromesnil. Deux maghrébins avaient vu son pendentif, un haï (le mot vie en hébreu). Ils l'ont laissée en sang. Au travail, ses collègues lui ont dit qu'elle l'avait bien cherché, à porter des colliers provoquants.


Quand des jeunes beurs viennent pertuber en ricanant la conférence de la Shoah d'une rescapée des camps de la mort, dans un collège de la circonscription de Robert Hue, c'est keffieh palestinien ostensiblement noué autour du cou.


C'est un jeune employé maghrébin d'une piscine de Seine Saint Denis qui interdit l'entrée à un gamin juif arrivé en retard pour une séance d'entrainement en lançant : "Au nom d'Allah, il n'entrera pas". Et comme la famille insiste : "Sales juifs, je vais vous fumer".


Lors d'une projection de Nuit et Brouillard dans un lycée, une beur lance : "Y'en a marre du ressassement de la douleur des juifs ! Et nous ? Et les palestiniens ?"


Des citations d'élèves maghrébins relevés par des profs d'histoire sont regroupés dans un livre, Les Territoires perdus de la République. Entre autres propos détestables relatés dans ce livre : "Un petit malin vante "l'ingéniosité" des nazis, qui ont trouvé une méthode "pour exterminer le maximun de juifs". Un autre encore : "Hitler, lui, il avait compris". Ou bien "Hitler, il aurait fait un bon musulman"".


"Sales juives, on va vous faire la peau, la journée ne se passera pas sans mort" ont lancé en juin dernier des jeunes filles de Brunoy à des gamines d'un collège juif. A la fin de la journée, une petite juive, rossée, a fini avec une minerve.


Quand Joëlle, prof en banlieue parisienne, s'est effondrée en larmes en pleine classe, après avoir été bombardée de gommes et de règles par des élèves déchaînés et ravis "d'avoir fait l'Intifada contre la prof juive", son proviseur a refusé de sévir contre les fauteurs de trouble. "C'était une action collective, on ne pouvait pas désigner les coupables"...


Un surveillant dans un collège des Hauts de Seine, intégriste musulman, préchait le Djihad et l'extermination des juifs. Certains beurs alertèrent la principale. "C'est embêtant", dit celle-ci. Elle se contenta d'un vague rapport sur la paresse du pion. On le changea de collège. L'année suivante, il pourrissait l'esprit d'autres enfants.


Une famille musulmane laïque, d'origine tunisienne. Le père est patron, sa fille titulaire d'un Capes. Bref, une famille d'immigrés modèles parfaitement intégrés. Excepté le fait que le Protocole des Sages de Sion leur ait tombé dans les pattes et qu'ils ont tout gobé. Ils ressortent un à un tous les poncifs de la haine antijuive. Des méchants, des fanatiques, Moncef et les siens ? Pas du tout. De très braves gens. Intégrés. Qui ont voté à gauche. Sauf la maman, qui aime beaucoup Chirac : "il est gentil avec les Arabes". Chaque soir à 20h, rituellement, il se branche sur Al-Jazira, la télé du monde arabe. Il réapprend à détester les sionistes et à se méfier des juifs.


Ménilmontant. On y trouve désormais des mosquées intégristes. Et des échoppes, y vendent un étrange produit : Mecca Cola, un clone de CocaCola inventé par un agitateur affairiste, Taoufik Malouthi, qui touille les passions antijuives et la haine anti-israélienne sur les ondes de sa Radio Méditérrannée voue aux gémonies "l'entité sioniste promise à disparaître" et promeut sa boisson comme l'alternative proarabe aux "bulles américano-sionistes".


Le Nouvel Observateur, édition du jeudi 6 février 2003