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Défense d'un prof d'Histoire

par Yvan Rioufol

source : Le Figaro

 

Certains épisodes de la vie de Mahomet doivent-ils être tus, édulcorés ? Le prophète ne peut faire oublier le chef militaire qu'il fut aussi. A Médine, il pratiqua pour sa communauté le pillage de caravanes des marchands de La Mecque ; il fit décimer, en 627, la tribu juive des Qoraïza, dont les 600 à 900 hommes furent décapités en une nuit. Or, pour avoir dit dernièrement dans un de ses cours, retraçant cette période : « Mahomet va se transformer en voleur et en assassin », le professeur d'un collège de Courbevoie (Hauts-de-Seine), Louis Chagnon, est accusé de racisme et convoqué devant la justice.

Le propos de l'enseignant est évidemment très maladroit. Il a été tenu, en cours d'histoire, en application du programme de cinquième, devant une classe dont trois élèves sur trente étaient musulmans. Le professeur a donc pris le risque de choquer en paraissant irrespectueux. C'est d'ailleurs un collectif de parents d'élèves (sept personnes), rejoint par le Mrap et la Ligue des droits de l'homme, qui a ébruité l'affaire, réclamant le renvoi de l'intéressé et sa condamnation pour provocation à la haine et à la violence racistes. Mais un pillage n'est-il pas un vol, une exécution sans procès un assassinat ?

Louis Chagnon ne peut être coupable d'avoir décrit, même brutalement, des événements avérés et d'avoir refusé de se plier à la tentation négationniste que certains voudraient imposer, afin de ne retenir du prophète que le mythe de l'homme parfait. L'histoire montre que Mahomet, homme d'une grande piété, fut aussi un guerrier. Au nom de quoi serait-il interdit de le rappeler ? Alors que l'enseignement de la Shoah est refusé par des élèves musulmans dans certains établissements, se profile une même censure sur une partie de l'histoire de l'islam.

L'éventualité qu'un professeur d'un établissement public puisse être, en France, révoqué et traduit en justice pour avoir proféré un «blasphème» devrait scandaliser les consciences laïques. Or, leur silence ressemble fort à une approbation de la curée qui s'annonce. Une fois de plus, un terrorisme intellectuel, mis cette fois au service d'un activisme religieux, cherche à pénaliser la libre expression d'un commentaire. Celui de cet enseignant, malgré son excès, reste, au pays de Voltaire, la critique admissible d'un homme, d'une religion, d'une idéologie.

L'enseignant passera en conseil de discipline, jeudi prochain, à la suite d'un rapport d'un inspecteur pédagogique - qui n'a jamais rencontré l'intéressé. Cet inspecteur, qui estime que le « populisme » du propos de M. Chagnon « porte gravement atteinte à l'image de Mahomet » et qu'« il s'agit d'une déclaration raciste », va plus loin encore que cette analyse convenue. Il dénonce une « conception de l'histoire qui n'aurait pour finalité que de (...) donner le sentiment d'appartenir à une collectivité, les Français, les Occidentaux ».
Si l'on comprend bien cet inspecteur, il serait donc reproché au professeur, non seulement d'avoir décrit des violences admises par les historiens, mais aussi d'avoir voulu transmettre un patrimoine culturel et une mémoire collective nationale, alors qu'il aurait dû défendre une vision plus communautariste de l'islam, n'accordant aucune place à la critique.

Dénoncer l'intégrisme

De manière plus générale, il est insupportable d'entendre parler de « racisme », y compris au sein de l'école publique, au moindre commentaire abrupt. Que devraient dire les catholiques de la manière dont Jean-Paul II est, régulièrement, ridiculisé ou insulté ?
Les fondamentalistes ont intégré la violence dans leur comportement, par le détournement de sourates ou de versets justifiant le recours à la « guerre sainte ». Il ne sert à rien de vouloir dissimuler cet aspect, sauf à vouloir l'excuser. Oui, le terrorisme islamiste puise ses arguments dans certains textes fondateurs…

Contre cette dérive insupportable, il est nécessaire de défendre Louis Chagnon.

Yvan Rioufol