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A propos du "délire" du choc des civilisations

par Stéphane Juffa

source : Metula News Agency

Le MRAP considère la théorie du choc des civilisations – occident-monde musulman – comme un délire (page 5 du nouveau rapport du mouvement sur "L’extrême droite arabophobe"). Le but des tenants de cette théorie consisterait à se rapprocher des faucons de l’Administration américaine et à infléchir la politique pro-arabe du gouvernement français.

Ce faisant, le MRAP entend associer tous ceux qui critiquent les fondements théologiques de l’islam ainsi que les régimes qui les intègrent à leur constitution, de même que les agissements des organismes et des personnes qui s’en prévalent, à une campagne d’agitation arabophone et raciste.

Il s’agit là, non pas, comme on pourrait le supposer de prime abord, d’une approche analytique et éclairée, de la part du MRAP, mais d’un engagement obscurantiste et partisan. Fort de cette logique construite, qu’il instrumentalise à dessein, le mouvement, débonnairement repris par la presse nationale tricolore, s’escrime à cantonner la critique du problème islamiste dans la fameuse tour de verre d’où ne s’échappe aucun son. Et il entend excommunier de la famille des intellectuels les critiques, fussent-ils exempts de tout sentiment racial, en les étiquetant comme des propagateurs des idées de l’extrême droite.

Pourtant, n’en déplaise au MRAP, et débordant largement du contexte du conflit israélo-arabe, ce problème islamiste existe bel et bien, et le choc des cultures, pourvu qu’on trouve le courage de l’observer posément, se manifeste de manière criarde et réclame que l’on s’en préoccupe. Plus que cela encore, en confondant à nouveau les besoins de la lutte contre le racisme avec la ligne radicalement partisane - et partant, déformatrice - qu’il a adoptée, le MRAP, pris dans son propre engrenage idéologique, est amené à exagérer l’existence de complots invraisemblables, tout en privant ceux qui subissent véritablement les tourments du racisme islamique du droit d’être entendus, si ce n’est de celui d’être secourus.

Avant-hier, le parlement jordanien – pays dont les dirigeants font des efforts considérables afin de modérer les intransigeances de l’environnement et de la tradition islamiques – a ainsi rejeté, à une écrasante majorité, deux propositions de lois. L’une visait à accorder aux femmes du royaume hachémite le droit d’introduire une action judiciaire pour demander le divorce. L’autre prévoyait que les crimes d’honneur – l’assassinat par leurs familles de femmes et de jeunes filles soupçonnées d’avoir eu des relations sexuelles adultérines ou antérieures au mariage – soient considérés par la législation jordanienne comme des crimes et punis en conséquence.

A propos des crimes d’honneur, relevons l’insupportable : les femmes sont assassinées au nom des valeurs de l’islam (par tradition à leur référence, de la façon dont elles sont usuellement mais globalement, dans tout le monde arabo-musulman, appliquées et pas forcément par référence stricte aux principes du Coran), même si la relation sexuelle dont on les accuse est le fait d’un viol. A l’observation quotidienne de l’application de ce supplice, on s’aperçoit que l’immense majorité des victimes sont effectivement sujettes au viol par un cousin, un beau-frère ou un beau-père.

Plus encore que l’horreur de ces crimes sexistes – le sexisme constituant, dois-je le rappeler, l’une des expressions principales du racisme et il est heureusement reconnu comme tel –, c’est l’attitude du parlement jordanien qui souligne objectivement l’incompatibilité entre les cultures et valeurs occidentales et les arabo-musulmanes.

Moi de souligner que le parlement jordanien est l’un des plus démocratiques de ceux qui fonctionnent dans le monde arabe et que le royaume hachémite ne pratique pas strictement la Charia (la loi islamique) comme c’est le cas de très nombreux Etats de la région. Ainsi, au contraire de dirigeants qui entérinent et favorisent ces pratiques séculaires, comme c’est, par exemple, le cas de la monarchie saoudienne, les rois de Jordanie les combattent avec énergie. Voici quelques années, le Prince Fayçal el-Hussein me confiait, en présence de son père, feu le roi Hussein, que ces usages lui répugnaient et qu’il considérait comme une tache infamante la poursuite de leur pratique dans leur royaume.

Avant-hier, il suffisait d’entendre les arguments des députés jordaniens, dont ceux des six femmes qui y siègent et qui ont également rejeté les propositions de lois, pour se convaincre du fossé abyssal qui sépare leur perception de la vie de la nôtre.

L’un des députés a ainsi déclaré que : la modification de la constitution (la mise en jugement criminel des violeurs et des assassins) encouragerait les femmes à mal se comporter. Un autre : Les femmes n’ont qu’à rester chez elles, faire à manger et s’occuper d’élever leurs enfants afin de diminuer le risque d’être tentées par des relations interdites. Ce malgré le fait que la plupart des viols ont lieu justement dans l’ombre des maisons familiales, lorsque les violeurs se trouvent seuls avec leurs victimes.

Au sujet du droit des femmes à demander le divorce, notons qu’il leur a été refusé, alors qu’il constitue un droit immanent pour l’homme, qui n’a même pas besoin de passer par un tribunal pour répudier sa conjointe en tout temps.

Une des approches envisageables par rapport à ces crimes - que toutes les législations occidentales punissent bien évidemment comme tels -, consisterait à se dire que chacun gère ses affaires comme il l’entend chez lui, et que, tant que les particularismes d’un Etat ne s’exercent pas à nos dépens, il vaut mieux ne pas intervenir. C’est là, d’ailleurs, la ligne de force traditionnelle de l’attitude de la diplomatie française – exception faite de son ingérence fréquente dans les affaires internes de l’Etat d’Israël – depuis des années. Cette attitude des yeux mi-clos a permis à l’économie de l’Hexagone de développer des liens lucratifs avec des régimes en tous points infréquentables.

Oui, mais cette attitude, par ailleurs discutable, ne peut certes pas être celle d’un mouvement prétendant se vouer à la défense de valeurs humanistes, telles la lutte contre le racisme et l’amitié entre les peuples. Les femmes arabes et musulmanes ont besoin, au nom de ces valeurs, que l’on parle d’elles, qu’on raconte leur enfer et qu’on les aide à le surmonter. Et ce soutien nécessite, d’abord, que l’on identifie, sans haine et sans passion, les sources théologiques et politiques de leur situation, et qu’on les fasse connaître de tous.

Ici, s’étale l’erreur de ciblage du MRAP, qui s’investit à construire des cabales autour de l’émergence fantasmagorique d’une alliance impossible entre la communauté juive de France et l’extrême droite, plutôt que de permettre et de participer au sauvetage des victimes des excès de l’islam.

Parce que ces excès ne se limitent pas à ces pratiques que nous, occidentaux, jugeons barbares selon nos critères moraux. D’une part - et cela aussi, il faut avoir le courage de le dire lorsqu’on prétend combattre le racisme -, parce que ces pratiques sont jugées naturelles et normatives par une partie non négligeable des ressortissants de l’émigration musulmane en Europe. Et d’autre part, parce qu’il faut être simple d’esprit pour nier ce problème, et même franchement raciste pour croire qu’en deux générations, on aurait fait venir des travailleurs du Maghreb et qu’ils auraient aujourd’hui, presque instantanément, reconnu la suprématie de nos valeurs morales, et tout aussi instantanément abandonné les leurs.

Ils ne seraient alors que des jambes et des bras, dotés d’un esprit re-virginisé au contact de la glorieuse civilisation occidentale. Non, bien sûr, l’espérance de telles métamorphoses est chimérique et dénote une méconnaissance profonde des comportements humains. En fait, une partie non négligeable des huit millions de musulmans de France considère toujours, à des degrés divers, comme naturelles et normatives les valeurs qui régissaient leur existence sociale dans leurs pays d’origine, et continuent, par exemple, à considérer la place des femmes et leurs droits, de la même manière que les députés du parlement jordanien.

Ce qui est du délire, c’est de ne pas rendre compte et de ne pas assumer intellectuellement la réalité du choc des civilisations. Tant que les valeurs de l’islam étaient exercées en terre d’islam, sans migrations et sans prosélytisme armé à but mondialo-hégémoniste (les deux phénomènes n’ayant rien à voir entre eux - attention aux amalgames !), comme par Al-Qaida et le Hamas, le choc des civilisations n’existait qu’au niveau théorique et à celui de l’interrogation humaniste.

Désormais, il faut, d’un côté, gérer et aménager, les yeux grands ouverts et avec la plus grande tolérance possible, la cohabitation en Europe de personnes exerçant et chérissant des valeurs de vie antagonistes [aux nôtres] et de l’autre, se protéger efficacement et sans état d’âme contre l’agression des mondialo-hégémonistes armés de l’islam.

C’est le lieu de rappeler que ce sont des pilotes-suicide se réclamant de l’islam qui ont agressé les Etats-Unis, le 11 septembre 2001. Ignorer que ces attaques – perpétrées sans provocation aucune de la part des USA – sont le résultat d’une lecture particulière, mais partagée par des millions de croyants, des livres saints de l’islam, n’est pas envisageable. Ce qui me paraît incontestablement du délire, c’est de se forcer à ignorer ce problème posé par l’islam, au nom de je ne sais quelles pseudo-nécessités républicaines.

Les Français sont suffisamment adultes pour faire la part des choses, entre ceux de leurs compatriotes et des autres musulmans qui font du Coran une lecture pacifique, permettant la cohabitation des cultures, et pour reconnaître les mondialo-hégémonistes de l’islam, prêts à exécuter des milliers d’innocents afin de faire triompher leurs valeurs. Les Français sont suffisamment mûrs, disais-je, pour que le MRAP cesse de leur bourrer le mou en prétendant, devant les trous béants laissés par les tours jumelles et devant la charte du Hamas, que l’islam ne pose pas problème et que le choc des civilisations est une invention de racistes belliqueux et de juifs communautaristes.

C’est vrai que les membres du MRAP et ses sympathisants n’ont jamais lu la charte du Hamas, parce que personne ne la leur a jamais montrée. Il s’agit cependant de l’un des textes les plus racistes écrits depuis le commencement du monde, et qui a engendré des actes parmi les plus racistes jamais perpétrés par des êtres humains.

Et comme sa lecture est indispensable afin de se rendre compte du danger que représente la perception mondialo-hégémoniste de l’islam, lorsqu’il est prêché à coups de bombes humaines, j’ai mis cette charte en lien de cet article [http://www.menapress.com/hamas].

La Ména a consacré plusieurs analyses à ce problème, mais il peut cependant être résumé en deux phrases :

"Sous la bannière de l'islam, les fidèles des trois religions, l'islam, le christianisme et le judaïsme peuvent coexister pacifiquement. Mais cette paix n'est possible que sous la bannière de l'islam."

Imaginez maintenant que des millions de personnes soient persuadées de la justesse de ce postulat, au point que la perte de leur vie terrestre leur soit moins importante que le triomphe de ce postulat, et vous aurez compris le problème de ceux qui, dans le monde, refusent simplement d’être gouvernés par le parlement jordanien.

Encore que, pour connaître de ce problème, il faudrait que les mouvements contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, ainsi que les médias généralistes, diffusent l’information qu’ils possèdent sans s’atteler à amortir, par l’escamotage de données, le choc de la lecture des doctrines mondialo-hégémonistes de l’islam.

De quelle sorte est l’étrange amitié entre les peuples, qui ne peut exister pacifiquement que sous la bannière de l’islam ? Pourquoi le MRAP ne combat-il pas, bec et ongles, le Hamas et sa charte 'racistissime', qui a mené à des crimes contre l’humanité comme s’il en pleuvait, dans lesquels le choix des victimes est uniquement fonction de leur race, de leur croyance et de leur nationalité ?

Au nom de quelles valeurs, le MRAP, à défaut de combattre le racisme des mondialo-hégémonistes de l’islam, affichait-il sur son site, jusqu’à la parution de l’article du fasciste Guy Millière, la carte géographique prônée par le même Hamas, et de laquelle l’Etat et les habitants d’Israël avaient été éradiqués ?

Ce pourrait-il que le MRAP, échappant à sa vocation première, joue désormais un rôle tactico-médiatique dans l’accomplissement d’un projet délétère ?

Le MRAP est-il effectivement, comme le soutient mon collègue Millière, un mouvement opposé à l’amitié entre les peuples, lorsqu’elle doit se faire à l’écart de toutes les bannières ? C’est à ces questions, dont la gravité, au cœur du débat médiatique, n’échappe à personne, que je tenterai de répondre dans la troisième partie de mon enquête consacrée au MRAP.

Stéphane Juffa

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