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La France se prosterne devant l'islam

par Ange Gabriel

 

A l’occasion de l’enlèvement des deux journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot par l’Armée Islamique en Irak, la France s’est illustrée par un comportement plus qu’étrange de la part d’une nation laïque et souveraine. Sous prétexte d’obtenir la libération des deux otages, la France toute entière, classe politique et institutions médiatiques confondues, s’est livrée à un spectacle pitoyable où le sens de l’honneur et de la dignité fut bafoué au profit d’un lâche renoncement à nos valeurs républicaines. Se ruant auprès des institutions religieuses musulmanes, sollicitant ses relations particulières avec le monde arabe, la France a fait une nouvelle fois la preuve de sa soumission morale, de son absence de fermeté absolue devant le chantage islamiste, de la prostitution de son honneur. Décidément habituée depuis les années 30 au souffle de l’esprit munichois, la France se prosterne devant un danger nouveau qui menace de déferler sur la France, victime de son aveuglement tenace à propos d’une croyance moyenâgeuse et impérialiste dont le fond de commerce se résume en une fusion incestueuse entre sphère religieuse et sphère politique.

La France se prosterne devant l’islam de France

Car défiant toute retenue, la France s’est prosternée devant l’islam de France. Alors que le comportement sécessionniste de l’UOIF, principale composante du CFCM proche des Frères Musulmans, s’est confirmée avec leur récent appel à la désobéissance civile auprès des jeunes filles musulmanes désireuse de porter le voile islamique à la rentrée scolaire de 2004, cette organisation tendancieuses fut invitée en grande pompe dans les salons dorés du Ministère de l’Intérieur, auprès de notre brillant ministre Dominique de Villepin aux envolées lyriques, tels des clercs de l’Ancien Régime apportant leur approbation morale aux discours de la République. Certes, leur présence aurait officiellement pour objet de témoigner de l’émoi médiatiquement correct de la communauté musulmane contre le chantage des terroristes, lesquels menacent de décapiter leur otage si la loi sur la laïcité n’était pas retirée dans notre pays.

Pourtant nos hommes politiques devraient connaître le double langage de l’UOIF. Ils devraient savoir que ses membres, appliquant le machiavélisme redoutable du Mahomet historique qui enseignait aux Musulmans la trêve avant la reprise du combat dès que les conditions redeviennent favorables, adoptent systématiquement leur discours à la sensibilité de leur auditoire, à commence par la caméléon idéologique Tarik Ramadan dont on connaît les propos ambiguës sur la lapidation des femmes. Ils devraient se douter que l’UOIF agit, entre autres considérations morales plus ou moins spontanées, par calcul politique.

Certes, le sang des otages français dégoûte probablement de bonne foi la majorité des membres de l’UOIF. Mais la France demeure-t-elle assez naïve pour ne pas réaliser que la publicité ostentatoire et finalement stupide des preneurs d’otages contrecarre, aux yeux de l’UOIF, son lent travail de subversion d’une société française dont elle cherche à endormir la vigilance républicaine ? La France s’avère-t-elle assez niaise pour penser une seconde que l’UOIF, au-delà de la révulsion naturelle que lui inspire la cruauté raciste des terroristes islamistes, n’y voit pas également une occasion inespérée pour redorer son image auprès d’un public choqué par son prosélytisme voilé ?

Car l’UOIF agit avec une habilité remarquable en profitant de cette sordide affaire pour affirmer son rôle de premier plan auprès des pouvoirs publics. A notre époque pervertie par le consensus mou et la « recherche de la modération », le rôle d’intermédiaire de l’UOIF entre les islamistes radicaux et les institutions républicaines lui offre sur le plateau une influence considérable, et sa recherche effrénée de la respectabilité y trouve son compte. Quelle que soit l’issue de cette sordide affaire, l’UOIF sait qu’elle a gagné, bien que ses chaudes larmes médiatiques contre les preneurs d’otages ne lui coûtent, bien évidemment, rien sur le fond.

La France s’est prosternée devant l’islam mondial.

Mais la soumission de la France républicaine aux institutions religieuses islamiques de notre pays rentre dans une logique de soumission généralisée face à l’islam mondial. Marchant sur des braises comme à son habitude, Nicolas Sarkosy avait ouvert les premières brèches dans notre pacte laïque et républicain : non content d’avoir créé un CFCM qui concède de fait à l’islam le statut de religion officielle, le trop bouillant ministre est allé quémander en Egypte, pour ne pas dire mendier, la modération d’une des plus hautes autorités religieuses de l’islam, le grand mufti du Caire, à propos de la loi stricto-française sur les signes religieux ostensibles à l’école. Il est pourtant ostensible qu’un missi dominici de l’empereur Charlemagne, implorant l’approbation pontificale auprès du Saint Siège à propos d’une loi quelconque, n’aurait pas fait mieux. La France se destine-t-elle à jouer le rôle de la fille aînée de l’islam ?

Dans cette affaire des deux journalistes pris en otages, la France poursuit cette sollicitation diplomatique des plus hautes autorités religieuses de l’islam, allant jusqu’à prendre contact avec des groupes islamistes radicaux. Pourtant impliqués dans des attentats ignobles contre des civils innocents, le ralliement des salafistes et du Hamas à la position française doivent se comprendre comme un gage de remerciement de ces entités terroristes à l’égard d’une politique arabe française mariant complaisance et retenue. De la part de personnalités politiques qui s’effarouchèrent, en leur temps, du soutien du Front National aux assemblées régionales élues en 1997, le soutien d’organisations terroristes à la politique générale de la France au Moyen-Orient ne provoque, très curieusement, aucune gêne ni émoi dans les classes politique et médiatique. Un soutien forcément payé en retour, et que le Hamas ou les salafistes auront l’intelligence, tôt ou tard, de rappeler aux autorités françaises. Contre quelles concessions adroitement dissimulées aux Français, contre quelle monnaie d’échange la France cherche-t-elle à apaiser la haine des preneurs d’otages ? Personne ne le sait. Mais là encore, il faut être naïf pour croire un instant que, si des contacts ont été noués, cela ne soit pas dans le cadre de négociations. Et toute négociation est synonyme de concessions réciproques…

La France s’est prosternée devant le monde arabe

Notre ministre des Affaires Etrangères Michel Barnier, toujours soucieux du rayonnement de la France dans le monde arabe, s’est officiellement envolé le lundi 30 août pour obtenir la collaboration des autorités égyptiennes. Pourtant l’extrême complaisance de la France à l’égard de l’état égyptien constitue une insulte pour la violation répétée des Droits de l’Homme dans ce pays. Faut-il rappeler à Michel Barnier le procès scandaleux Salaheddine Mohsen, cet auteur égyptien traduit devant la haute Cour de Sûreté de l'État et condamné à 3 ans de prison ferme pour « mépris envers l'islam », lui qui eut le tort inexpiable de traiter le Coran de « mensonge bédouin » ? La main serrée au président la Ligue Arabe participe également à ce processus de mendicité diplomatique, soit disant pour trouver une solution pacifique à cette crise. Mais au prix de quel abaissement moral ?

La réaction rapide de Yasser Arafat en faveur de la libération des otages en dit long sur la complicité historique de la France avec l’autorité palestinienne. Alors que la corruption généralisée de son administration n’est plus un mystère pour personne, alors que l’impuissance de Yasser Arafat à rétablir durablement la paix dans les « territoires occupés » sème le doute quant à la sincérité de son engagement en faveur de la paix, alors que nombre d’attentats terroristes contre des civils israéliens ont été commis par sa propre organisation – le Fatah – malgré ses démentis faciles dont aucun journaliste français n’ose mettre en cause la sincérité, Yasser Arafat et Jacques Chirac ont toujours marché côte à côte au nom d’une politique forcément pro-arabe de la France, arborant tous deux des sourires désarmants face au peuple de France trop crédule. Il est vrai qu’à sa réélection en mai 2002, Jacques Chirac fut chaleureusement remercié sur la place de la République par une majorité de drapeaux algériens et marocains que brandissaient, sans rancune, des « chances pour la France »…

Enfin la position de la France sur l’Irak, bien que se nourrissant de considérations légitimes sur le droit international, était également motivée par ce souci obsessionnel de s’allier « les masses arabes », comme si la France avait pour vocation de servir l’humeur versatile d’opinions étrangères et non les intérêts légitimes de son peuple !

La France payera un jour ses compromissions

Le reniement scandaleux de la France devant ses valeurs laïques et républicaines doivent nous éclairer sur l’aveuglement de ceux qui nous gouvernent. Cédant plus ou moins consciemment au chantage que l’islam exerce sur notre société, les mains liées par un relativisme culturel qui nous empêche de comprendre la nocivité intrinsèque d’une religion centrant sa rhétorique sur la crainte et la menace, la France rentre délibérément et de sa propre initiative dans un processus de soumission morale et intellectuelle face à l’islam, préalable à une soumission juridique et politique.

Certes, les politiques français demeurent de bonne foi quand ils cherchent une solution pour venir en aide à ces malheureux journalistes menacés de mort. Dans cette histoire, la bonne foi se confond avec les basses compromissions, les émois médiatiques se mêlent avec les calculs politiques, les nobles idéaux se mélangent avec les pires renoncements. Le mal se confond avec le bien, comme souvent au Moyen-Orient. Mais est-ce une raison pour s’abaisser et baiser sans pudeur les pieds de l’islam ?

Ange Gabriel