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SOS Mrap : mouvement à la dérive

par Stéphane Juffa

source : Guysen Israël News

Se pourrait-il que le MRAP, échappant à sa vocation première, joue désormais un rôle tactico-médiatique dans l’accomplissement d’un projet délétère ?

On peut légitimement s’interroger sur cette question, mais uniquement aussi longtemps qu’on n’est pas allé faire un tour du côté du dossier Palestine du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples. Figurant sur le site du MRAP, sous le signet « Terrains d’action » et « Palestine », on aboutit à trois textes, qui nous fournissent tous les éléments factuels, nécessaires afin de répondre intelligemment.

On apprend ainsi, dans la déclaration du Conseil National du MRAP à propos de la Palestine, que ce serait « la politique menée par Ariel Sharon » qui « tourne le dos à la paix (…) qui a des conséquences dramatiques pour les Palestiniens et les Israéliens. En Israël, les attentats aveugles frappent lourdement la population civile qui vit dans la terreur ; les citoyens israéliens ne peuvent plus vivre normalement. »

Le mensonge grossier a sur moi des effets cocasses… Moi qui n’ai jamais apprécié Ariel Sharon et qui me suis vivement opposé à son action depuis la manière dont il a mené sa part de la guerre de Kippour en 73 et jusqu’à sa façon d’affronter, ces jours, les scandales financiers auxquels il est mêlé, en passant par la plus grande tranche des décisions politiques qu’il a prises dans sa carrière, les maquignons du MRAP auraient presque le don de me le rendre sympathique.

Parce qu’il faut vite leur enseigner, à ces tartempions d’après-kermesses, que c’est alors qu’Ehud Barak était Président du Conseil – le très socialiste et pacifiste Ehud Barak – que les attentats aveugles palestiniens ont commencé à frapper lourdement la population civile et qu’elle s’est mise à vivre dans la terreur. 

La relation de causalité que le MRAP – il n’est malheureusement pas le seul en France – impose à ses lecteurs est donc plus qu’une imprécision, elle est objectivement malhonnête. Aucune prétendue politique de Sharon n’a pu objectivement générer les crimes de guerre perpétrés par les organisations palestiniennes armées, parce que ceux-ci ont commencé au moins sept mois avant qu’il ne se fasse élire. Ces assassinats collectifs de civils, ces démocides, pour reprendre le néologisme qu’use Médecins du Monde afin de les définir, ont débuté alors que, dans la foulée des accords d’Oslo, la multiplication des implantation était pratiquement au point mort et que l’armée israélienne s’était entièrement retirée de la zone A des territoires attribués à l’Autorité palestinienne.

Quant à prétendre qu’il s’agirait « d’attentats aveugles », là aussi, le MRAP grille quelques feux rouges en matière de racisme. Il suffit de lire la charte du Hamas, dont j’ai donné le lien dans mon article précédent, afin de se rendre compte que ces assassinats ne son ni ingénus, exempts d’un projet bien précis, ni aveugles.

Pas aveugles, car ils visent toujours et uniquement des citoyens de confession juive et de nationalité israélienne et que cela fait de ces démocides, autant d’exemplarités anthologiques de meurtres racistes, pratiqués, au contraire, les yeux largement ouverts.

Il s’agit, dans ce cas précis, même de "crimes de racisme utile", comme on s’en persuadera – là aussi sans risquer de se tromper – en lisant la charte du Hamas. Le but revendiqué de la quasi-totalité des organisations palestiniennes armées étant l’éradication de l’Etat d’Israël et de ses habitants et le refus absolu de tout compromis négocié.

Quelqu’un pourrait-il dès lors affirmer, sans se moquer de lui-même, que la causalité inverse des événements de l’Intifada n’est pas plus vraisemblable ? Je veux dire, foin de Sharon, qui n’avait rien à faire encore dans cette galère. Mais des groupes armés, refusant la coexistence avec aucune autre confession si ce n’est sous la bannière de l’islam, voyant la paix de Barak et de Clinton prendre forme, et presque obliger Arafat à la signer, qui font exactement ce qu’il faut, en pratiquant ces assassinats collectifs, afin de faire exploser le fœtus de la paix et de remplacer Barak par un leader de droite, théoriquement intransigeant !

Ne vous posez pas trop longtemps cette énigme de la vraisemblance, ô respectés lecteurs ! Elle était rhétorique, je l’ai présentée seulement dans le but d’accentuer à quel point l’argumentaire du MRAP est imaginaire, invraisemblable, chronologiquement imprésentable et controuvé.

C’est indéniablement une vocation qu’à choisi ce mouvement, un sacerdoce, consistant à soutenir les ineffablement organisations islamiques et nationalistes arabes, dût-il en chemin changer l’histoire et le temps. Dût-il même prendre le parti de tueurs mondialo-hégémonistes, en gommant, et leur responsabilité causale dans la guerre israélo-palestinienne, et l’expression théorique de leurs objectifs.

La déclaration du conseil national du MRAP se perd alors corps et biens dans la propagande, n’hésitant pas à faire croire à ses adhérents qu’Israël prépare l’expulsion – mythe récurrent de l’intoxication arabe, comparable en cela au Protocole des Sages de Sion, visant à souligner l’urgence de l’action contre Israël - des Palestiniens : « On assiste même à des propositions de transferts massifs de population palestinienne hors de Palestine » n’hésitent-ils pas à déclarer.

Cette contre-vérité-là tomberait certainement sous le coup d’une législation bien sentie contre l’incitation à la haine ethnique ou raciale. Je vous rappelle quand même que l’on parle ici, en principe, des déclarations d’un mouvement dont la vocation déclarée est d’agir contre le racisme.

Je ne dis pas que quelques cerveaux dérangés du mouvement Moledet (La Patrie) n’ont pas envisagé cette solution à la Milosevic du problème palestinien, mais ses tenants, en comptant les chaises, ne représentent pas cinq pourcent des députés à la Knésset. Le « on assiste » du MRAP, est donc si excessif, si outrageusement caractéristique d’aucun événement récent, ou menaçant, ou encore non hyper marginal, que le faire figurer dans la déclaration de leur conseil national sur la Palestine, comme s’il s’agissait d’un mouvement d’opinion représentatif, constitue une véritable imposture.

Dans l’agenda des quatre plus grand partis politiques israéliens, le Likoud, les Travaillistes, Shinouï et le Shaas, non seulement l’éventualité d’un transfert des populations palestiniennes n’existe pas, mais encore, ont-ils œuvré en son temps et avec succès, afin d’exclure de la Knesset feu le député Kahana et son groupuscule, qui avaient émis le projet d’un tel transfert.

Tout comme c’est une imposture de prétendre à nouveau dans leur déclaration : « La violence extrême subie par le peuple palestinien pousse à l'exacerbation de sentiments anti-israéliens et sert de prétexte à l'antisémitisme de certains groupes et certains médias au Moyen-Orient, qui vont jusqu'à nier le droit à l'existence de l'Etat d'Israël. »

A la charge du MRAP et des soupçons de plus en plus lourds qui se dessinent contre ses objectifs véritables, je dis que l’hypothèse de « la violence extrême subie par le peuple palestinien » est un effet de manche, vu que la violence n’est pas quantifiable. Mais j’affirme surtout qu’il suffit à un esprit sensé de lire la charte du Hamas et de savoir quand elle a été écrite, pour réaliser que les terroristes palestiniens n’ont certes pas attendu la seconde Intifada et ladite violence extrême afin de vouloir massacrer tous les Israéliens, et d’être antisémites. Une fois encore, le renversement artificiel – angélisant et protège-slips pour le côté palestinien et diabolisant, pour les Israéliens, n’a pas son pendant dans la réalité moyen orientale, telle que je l’observe quotidiennement depuis vingt-cinq ans.

Je ne veux pas faire subir à mes lecteurs une fastidieuse explication de l’entièreté des textes propagandistes affichés sur le site du MRAP, car ils ne méritent certainement pas une telle punition. Qu’ils sachent cependant que l’on y retrouve, comme d’ailleurs dans les désormais fameux rapports de cette organisation, la tentative d’auto victimisation de Boniface et des pétitions-manifestes publiés ou soutenus dans l’Obs, Libération, le Monde et dans le Monde Diplomatique, dénonçant une "campagne" – le MRAP se gardant même de dire qui en sont les instigateurs – dirigée contre des organes de presse français ainsi que – il fallait l’oser ! – contre l’application de la justice et du droit.

Le mouvement reprend ici l’accusation, jamais étayée, et pour cause, par ces pseudo victimes d’une pseudo cabale, selon laquelle il existerait "une volonté d’accuser d’antisémitisme toute condamnation de la politique du gouvernement israélien".

A la Ména, où nos articles, souvent très critiques des errances du Ministre des AE Silvan Shalom et de ses collègues du Likoud devraient donc nous valoir l’étiquette d’Antisémites, selon cette fantaisie typiquement francilienne, nous avons appelé cette démarche (et nous continuons bien évidemment de le faire) : "Le pétitionnement pour le droit de haïr impunément les Juifs en public".

Parce que, il ne suffit pas d’afficher quelques inanités malhonnêtes et d’hurler avec les loups, comme le fait le MRAP sur son site, qu’ « Ariel Sharon tourne le dos à la paix » et qu’il est responsable des malheurs des Palestiniens et des Israéliens, pour que l’on puisse décemment appeler cela La critique circonstanciée d’une politique ! Ou alors, il suffit, pour devenir victime de cette campagne, de confondre slogans contre véridiques et critique politique et d’avoir l’outrecuidance de croire que cela pourrait servir de base à une action humaniste.

La "campagne" que dénonce le MRAP, fait sans doute allusion aux efforts continus de la Ména et d’une poignée d’autres intellectuels au-dessus de tous soupçons, privés par les "pétitionnaires", dont de nombreux barons omnipotents des médias, de tout accès au public français, en vue de briser la désinformation haineuse d’Israël dans laquelle on le baigne et de communiquer à nos lecteurs une information précise et digne d’être crue. Ca n’est certes pas un hasard, si l’on trouve l’agence de presse de Métula Israël, maintes fois citée (et calomnieusement, j’y reviendrai dans mon prochain papier) dans un rapport sur les dangers en France des connivences entre l’extrême droite française et les sites communautaires extrémistes d’une demi poignée de Juifs français.

Déjà Dominique Vidal s’était exercé, dans un article, à entretenir artificiellement cette proximité sémantique entre le nom de la Ména et la même extrême droite, ce qui ne lui valut pas que des heures glorieuses…

Reste que pour le MRAP, les instigateurs – sans noms – de cette « campagne mensongère » sont des gens dangereux. Imaginez que ladite campagne « est inquiétante pour la paix (mais par quel prodige, MRAP ?) mais aussi pour la démocratie (nous qui étions jusque là persuadés que nous la défendions !) ».

Vous comprendrez aisément, à la lecture de ma série d’articles qui lui est consacré, que lorsque le MRAP prétend soutenir – comme nous ! – « l’application de la justice et du droit : deux peuples, deux Etats où prédomineraient les valeurs de la laïcité et d’égalité des droits civiques, sociaux et politiques, valeurs universelles auxquelles le mouvement contre le racisme et pour l’Amitié entre les peuples est intrinsèquement attaché », j’ai grande peine à le croire.

Ils n’ont décidément pas lu ce que les auteurs d’assassinats collectifs des Israéliens juifs et innocents de Rosh Ha-Ayn et d’Ariel déclarent à propos des valeurs de la laïcité. Il faut alors, et d’urgence, leur rafraîchir la mémoire :

 « Quelques-uns sont croyants, mais la plupart sont pervertis. Ils ne sauraient vous causer que des dommages insignifiants. S'ils s'avisent de vous faire la guerre, ils tourneront bientôt le dos et ne seront point secourus. L'ignominie sera leur lot s'ils ne cherchent pas une alliance avec Allah et avec les hommes. Et ils s'attireront la colère de Dieu et la misère s'étendra encore comme une tente au-dessus de leurs têtes. Telles seront leurs souffrances parce qu'ils ont refusé de croire aux signes d'Allah et ont injustement assassiné les prophètes ; ce sera le prix de leur rébellion et de leurs iniquités » (Coran, III, 106-108) (et introduction à la Charte du Hamas).

Et puis, si le MRAP soutenait vraiment l’édification de deux Etats souverains et distincts, pour deux peuples souverains et distincts, on le verrait aux avant-postes de l’initiative Ayalon-Nusseibah. Cette initiative, en marge des deux appareils politiques, déjà signée par plus de 10 000 Palestiniens et 20 000 Israéliens, que Sami el-Soudi a très bellement nommée "la paix d’en bas". Eh bien cet acte capital, initié par des leaders laïcs et humanistes, fervents de progrès, de droit et de paix pour leurs peuples, n’est même pas mentionné sur le site du MRAP.

Entre prétendre à un idéal et œuvrer pour icelui, il y a parfois l’abîme des actes qui manquent. Pour quoi le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples œuvre-t-il donc au sujet de la Palestine, si ce n’est pas pour les mêmes objectifs qu’Ayalon et Nusseibah ? Tiens, j’ai justement l’intention d’en parler dans le prochain volet de mon analyse…

Stéphane Juffa