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La paille et la poutre

par Sophie Kulbach

source : upjf.org

 

On parle beaucoup, dans les cercles politiques et médiatiques, d'un phénomène qui menacerait la République dans ses fondements mêmes : "l'islamophobie". Monsieur Xavier Ternisien avait donné le 'la', en mai 2002, dans une tribune publiée en première page du Monde et intitulée "Les dangers de l'islamophobie".

Ce thème a, depuis, fait florès. Ainsi, un rapport du MRAP, publié en juillet 2003 a-t-il dénoncé, avec une rare virulence, les dérives islamophobes d'un certain nombre d'intellectuels. Ainsi, par exemple, l'économiste Guy Millière, un des pourfendeurs les plus constants de la haine islamiste et, à ce titre, fervent défenseur d'Israël, se voit-il accusé de racisme aigu, d'"islamophobie", mais également d'une haine farouche des homosexuels.

De même, un ouvrage de Monsieur Vincent Geisser, intitulé "La nouvelle islamophobie", en référence à l'œuvre magistrale de Pierre-André Taguieff, "La nouvelle judéophobie", vient de paraître en librairie.

Dans cet essai, Frédéric Encel, docteur en géopolitique et auteur, notamment, de "Géopolitique de l'Apocalypse. La démocratie à l'épreuve de l'islamisme", se voit accusé, sans autre forme de procès, de véhiculer des préjugés "islamophobes".

Ces derniers jours, en pleine flambée de haine antijuive, c'est au tour des politiques de hurler avec les loups. Ainsi, Monsieur Jean-Pierre Raffarin s'est-il empressé, à l'occasion de l'agression du rabbin Sarfaty, à Evry, de dénoncer, en la mettant sur le même plan que l'antisémitisme renaissant, l'"islamophobie", qui rongerait, tel un cancer, le pacte républicain.

Il convient, au préalable, de s'interroger sur ce qu'est "l'islamophobie", dont les pourfendeurs s'abstiennent, fort opportunément, de donner une définition. S'agit-il de critiquer les aspects cultuels de l'islam, les cinq piliers de la foi, comme la zakat [aumône], le Ramadan ou le pèlerinage à la Mecque ? Il n'en est rien. Ainsi, un site insultant pour la religion musulmane dans ses aspects cultuels, "Catholique et Royaliste" (au moment du Ramadan, il y était écrit notamment "n'oubliez pas de mettre à profit cette période où les parasites sont affaiblis par le jeûne diurne pour les attaquer sauvagement à coups de saucissons provocateurs et de petit-salé aux lentilles dans la journée!", sic) a-t-il échappé à la vindicte du MRAP [1].

En revanche, le MRAP et ses séides ont entrepris de jeter l'opprobre sur tous ceux qui optent en faveur d'une approche critique du dogme islamique orthodoxe et qui s'interrogent sur sa compatibilité avec la philosophie des Lumières. Autrement dit, ils désignent comme "islamophobes", et donc comme racistes, des auteurs aussi différents que Ibn Warraq, Guy Millière, ou Michèle Tribalat, qui refusent de faire leur le credo "Islam-religion-d'amour-et-de-paix". Ces derniers osent parler de la division coranique majeure, et commune aux quatre écoles de pensée, entre Dar el Harb et Dar al Islam [2], ou de l'obligation fondamentale, pour tout musulman, de la guerre sainte contre l'infidèle. Ils militent, non en faveur d'une guerre de civilisations contre le monde arabo-musulman, mais en faveur d'une alternative démocratique dans cette région de la planète. Pour cela, une réforme de l'Islam en profondeur, semblable à celle qu'a connue le christianisme à partir du XVIe siècle, est nécessaire, dans la mesure où la notion d'individu, au cœur de la liberté, est inconnue de cette religion, qui ne connaît que la Oumma, la communauté des croyants. Est-il raciste de souhaiter la liberté et la primauté de l'Homme sur la Communauté pour plus d'un milliard d'êtres humains ? Pour le MRAP et ses séides, il semble que oui …

Ce concept - flou et dépourvu de substance - d'"islamophobie", au sens où l'entend l'intelligentsia politico-médiatique, contredit la loi française dans ses fondements et dans sa lettre. Sauf erreur, la laïcité est au cœur du projet républicain et permet la critique raisonnée de toutes les religions. En d'autres termes, le blasphème est inconnu du Droit positif français. En outre, la Révolution française est née de la critique du christianisme et du clergé par les Encyclopédistes. Faut-il en déduire que les maccarthystes de l'"islamophobie" rejettent la Révolution de 1789, libératrice de l'Homme ?

Il est donc particulièrement choquant de voir "islamophobie" - au sens politiquement correct du terme - et antisémitisme mis sur le même plan, comme l'a fait très récemment Jean-Pierre Raffarin. En outre, si, par extraordinaire, la critique raisonnée du dogme islamique devait être assimilée à du racisme, force serait néanmoins de constater que "l'islamophobie" se limite aux écrits d'une poignée d'intellectuels, alors que l'antisémitisme se traduit quotidiennement par des agressions physiques, des injures ou des détériorations matérielles.

Il est d'ailleurs particulièrement piquant de constater que les plus prompts à dénoncer les dérives "islamophobes" sont également les mêmes qui accusent l'armée d'un Etat juif de perpétrer des "crimes de guerre", auxquels le gouvernement israélien "accorde l'impunité" et dont il est "juridiquement complice"

Comme l'a fort justement écrit Alain Finkielkraut, "l'antisémitisme qui vient" [3] se développe "au nom de l'Autre"

Sophie Kulbach


Notes :

[1] Le 21 septembre, j'ai mis en ligne cette information en donnant davantage de détails sur le contenu violemment raciste et (réellement) islamophobe de ce site ; voir mon article intitulé "Eh, MRAP, plus arabophobe que ça, tu meurs!".

[2] "En Europe et en territoire non-musulman en général, l'impératif islamique de fuir ou combattre le « pouvoir infidèle » s'exprime de manière différente, «l'orthodoxie» islamique proposant une doctrine géopolitique qui divise le monde en différentes zones ennemies : la « demeure de l'Islam » (dar-el-Islam) - l'ensemble des pays où domine l'islam - et la « demeure de la guerre » - (dar-el-Harb), le monde infidèle. Dans le dar-el-Islam, les non-Musulmans sont «tolérés», moyennant le paiement d'un tribut et la soumission à la Charià, s'ils sont adeptes d'une religion abrahamique, juifs ou chrétiens. Quant au dar-el-Harb, il constitue un espace géopolitique et religieux foncièrement hostile, avec lequel seules des relations de guerre peuvent exister. Toutefois, le Coran prévoit une exception : la «demeure de l'Islam» peut contracter une trêve avec la «demeure de la guerre» si cette « trêve », due au principe de nécessité (darura), permet aux Musulmans, contraints de résider dans le dar al harb, d'y prêcher leur doctrine sans exiger en contrepartie le même droit de prédication non-musulmane en terre d'Islam. Mieux : les Islamistes peuvent s'exprimer plus librement en terre occidentale que dans leurs pays d'origine ! Cette situation intermédiaire est nommée «terre de la conciliation» (dar al Sulh ou dar al Ahd), ou «terre de la prédication» (dar al dawaà), en référence à l'impératif de prosélytisme." Alexandre Del Valle, dans son article (en ligne sur notre site) intitulé : “Fondements théologiques et canoniques du terrorisme islamiste“.

[3] Alain Finkielkraut, Au nom de l'Autre. Réflexions sur l'antisémitisme qui vient, Nrf-Gallimard, 2003, Paris. Excellente recension de Philippe Barrault, reprise sur notre site : "L'antisémitisme qui vient".