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Tariq Ramadan : l'érotisme indécent

par Eytan Ellenberg

source : Guysen Israël News

 

Bel homme, barbe taillée, costume impeccable, détendu, sans cravate, moderne, l’islamiste Ramadan magnétise les foules. Son érotisme déborde de sa chemise, entrouverte, et les femmes, absorbées, se laissent charmer – les hommes également, l’intellectuel genevois ne laisse pas indifférent.

Il envoûte les téléspectatrices, désarme les plus opposants, sa parole coule comme du miel, les mots qu’il soupèse son autant de petites drogues, qui endorment, allant dans le sens du poil – celui d’une France qui veut qu’on lui dise que tout va bien : pas d’antisémitisme, pas de problème du voile, rien, dormez, dormez.

C’est le charmeur de serpent, quoi qu’il puisse dire, son allure parle pour lui, il convainc sans réellement combattre.

Kennedy et Clinton ont disparu de la scène laissant celle-ci libre à Tarik, le sauveur des banlieues, apôtre de l’Islam tolérant et fraternel, celui qui souhaite se lover, sans faire de bruit, dans les interstices d’une scène politique où l’absence de charisme se fait tragiquement sentir, où l’un des seuls hommes « populaires » est un moustachu du Larzac, de ceux-là qui multiplient les cas de voiles, pour que l’on porte moins d’attention aux dérives quotidiennes d’un intégrisme dangereux pour les démocraties européennes, de l’Angleterre à … la Turquie.

C’est Tarik et son érotisme, Ramadan et son magnétisme, l’Islam et l’orient servis sur les plateaux de télévision à tous ceux, amoureux du désert, de Lawrence d’Arabie et des charmes du Maroc ou de l’Égypte : Ramadan est une invitation à regarder plus loin, vers un « ailleurs », pourtant si près.

En parlant souvent en duplex, cet « ailleurs » semble si éloigné alors que ce qu’il prône se rapproche inévitablement : la radicalisation de nombreux musulmans européens, de jeunes, souvent à la dérive, qui se cherchent une nouvelle identité et de nouveaux « maîtres à penser » ; hier, ils se seraient perdus dans le communisme, aujourd’hui, c’est l’islamisme ou le palestinisme : l’extrémisme en sorte dont Ramadan est en quelque sorte le porteur idéologique, l’un des seuls Cheikhs qui s’expriment en français.

Face à lui, des intellectuels et autres hommes politiques se démènent, surtout depuis qu’il a écrit cet article sur « les nouveaux intellectuels communautaires » où selon lui, on assistait depuis quelques années à une résurgence d’« intellectuels juifs français que l’on avait jusqu’alors considérés comme des penseurs universalistes [ah ! Le juif universel] ont commencé, sur le plan national comme international, à développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire qui tend à relativiser la défense des principes universels [c’est la deuxième fois qu’il emploie cet adjectif, comme c’est curieux !] d’égalité ou de justice. »

Depuis, Tarik Ramadan s’invite, à la télévision, dans les quotidiens français, partout où l’on veut bien de lui. Heureux comme Tarik en France ! Heureux comme celui que l’on invite, contre qui débattre devient un « défi », dernièrement « relevé » (notons bien l’emploi systématique de ce vocabulaire pugilistique) par le Ministre de l’intérieur.

D’aucuns n’ont eu de cesse d’adjurer Ramadan, le Suisse Ramadan, l’islamiste Ramadan, de condamner l’antisémitisme en France, ce qu’il fait, parfois brillamment, glissant ça et là, insidieusement et lascivement, des allusions à Sharon et à sa responsabilité dans les actes quotidiens anti-juifs de France : « S’il faut effectivement condamner les dérapages antisémites de certains musulmans, il est néanmoins de la responsabilité des intellectuels juifs, religieux ou laïcs, de ne pas confondre les registres. Un Premier ministre d’extrême droite [si la parti travailliste est de gauche et le Likoud d’extrême droite, quel est le parti de droite en Israël ?], qu’il soit juif ou non, est porteur d’une idéologie qu’il faut dénoncer pour ce qu’elle est. »

La ligue révolutionnaire se situe dans la même lignée, lorsque pour condamner l’incendie de l’école juive de Gagny, elle fait état, le 17 novembre 2003, de « La politique criminelle du gouvernement Sharon en Palestine [qui avec la guerre impérialiste contre l'Irak] n'en finissent plus de causer des drames. (…) En France, la montée des communautarismes a conduit, samedi dernier, à l'incendie du collège-lycée Merkaz-Hatorah de Gagny. »(sic)

Pour d’autres, il faut aussi l’obliger à appeler les musulmanes, du haut de son trône papal, à ôter leur voile ou, plutôt, parce que l’on ne saurait aller aussi loin, par peur sans doute, de demander à ces femmes (ou plutôt jeunes filles) libres de faire ce qu’elles souhaitent faire de leur vie – tant que cela ne gêne pas le père ou le frère…la nouvelle conception de la liberté religieuse – de porter un voile « moins voyant », plus « républicain » sans doute – on aurait préférer que ces derniers frappent du poing sur la table lorsque le Grand Rabbin de France a demandé, courageusement mais surtout dépité, d’éviter que les juifs ne portent la Kippa dans les lieux publics ! C’est cela le scandale : le Rabbin Sitruk a tout simplement fait comprendre aux français que, pour les juifs dont il est le représentant, on était revenu à des heures troubles, qui paraissaient pourtant si éloignées.

 Pour quelques courageux, c’est à sa famille que l’on s’attaque, son frère, son grand-père et leur islamisme revendiqué, un Islam politique : celui des frères musulmans - c’est-à-dire celui du Hamas par exemple, leur représentant en « Palestine occupée », de celui qui fait tant de morts.

Il y en a également pour lui jeter à la figure : « exprimez-vous sur la lapidation des femmes, Monsieur Ramadan ! », Ramadan la victime, le penseur mal compris, maladroit et pourtant si agile, si ambivalent qu’il fascine, le fameux « double langage » ou « double discours », dont on a affublé également le raïs de Ramallah, sans que cela ne change pourtant grand chose à l’affaire – aux dernières nouvelles, la nouvelle production des manuels scolaires palestiniens prônant la paix et la vie ne sont pas encore édités...

Pourquoi lui demander ainsi de s’exprimer sur l’antisémitisme, la lapidation ou ses problèmes de famille ? Qui représente-t-il ? Les musulmans de France ? A l’évidence, non, depuis quelques mois, la France dispose d’un conseil français du culte musulman. Les musulmans tout court ? Espérons que non, la majorité des musulmans seraient-ils tous des islamistes convaincus ? Demandez donc aux algériens qui se réfugient en France pour ne plus avoir à souffrir des fous d’Allah. Il ne représente personne d’autre que lui-même.

Mais, nous nous y accrochons, moi aussi, lorsque j’écris ces lignes, lorsque j’ai tout fait, l’autre soir, pour le voir débattre avec Nicolas Sarkozy ; moi aussi, lorsque j’ai lu ses articles pour me convaincre qu’il était bien l’islamiste convaincu que je pressentais.

Son érotisme que je ressens en le voyant ainsi pointer le doigt, tel un prédicateur des mosquées, tranche pourtant avec le sort qu’il souhaite réserver aux femmes : entre le voile islamique et la lapidation, quel est le statut de ces dernières en terre d’Islam (ou d’ailleurs), sinon un simple objet de provocation sexuelle ? Ou, peut-être, a-t-on besoin de cet homme fort, de celui qui saura dominer et mettre « la femme au pas » ?

Son érotisme devient indécent lorsque, dans ce fameux article, il traite de juifs et/ou de communautaires, et sans aucune logique que celle de choquer – c’est bien l’objectif de son érotisme –, pêle-mêle : Taguieff, dont La nouvelle judéophobie serait une « réflexion « savante » faisant fi des critères scientifiques »(sic), Finkielkraut « l’intellectuel communautaire », Kouchner ou Levy « défenseur sélectif des grandes causes », Adler, Glucksman : « Ces intellectuels chéris par les médias qui nous servent à longueur d’articles et d’interviews des analyses très discutables souvent biaisées de la société française comme de la scène internationale (…). Il est légitime de se demander quels principes et quels intérêts ils défendent au premier chef ? ».

Ce faisant, Ramadan, l’érotique, lève les tabous, c’est la nouvelle « Emmanuelle » de la politique ; l’érotique est celui qui dénude les consciences, ces dernières qui ont oublié ce que pouvait être la pudeur : vertu qui défend, à quiconque, depuis la Shoah, de parler des personnes d’après leur race, de peur de la honte, de l’anathème, cette peur a malheureusement disparu : aujourd’hui, il est permis d’être antisémite, au nom du droit démocratique à l’antisionisme (Jankelevitch) ; la crainte de dire son racisme s’est évanouie car le nouvel antisémitisme utilise souvent « le langage de l’antiracisme » (Finkielkaut).

Paradoxe tragique de ces dernières années : les mêmes qui crient à la discrimination des maghrébins éructent du « sale feuj » dans les manifs, pas tous, quelques uns, mais ce bruit, ce cri que l’on ne voulait plus entendre resurgit et ça fait mal.

Vous n’aimez pas les juifs, soit, mais ne le dites pas : c’était comme cela que la pudeur liée à l’antisémitisme fonctionnait - aujourd’hui, la honte n’existe plus vraiment, consécutivement, la pudeur – peur de la honte – n’a plus raison d’être.

L’érotisme de Ramadan tient aussi dans ce flou qu’il entretient autour de son islamisme, et de l’islamisme tout court, de peur que l’on n’entrevoie la « pornographie de la haine » que développe ce mouvement, du Pakistan aux banlieues françaises, les images honteuses sont voilées au profit de simagrées sur les conditions sociales défavorisées des jeunes issus de l’immigration. Tous les amalgames sont bons s’ils servent la cause.

En guise de conclusion, et pour parler comme Ramadan, pourquoi pas un moratoire sur Tarik Ramadan : plus de journaux, plus de télévision, plus rien sinon le silence, paix des âmes - pour la paix sociale, la paix tout court ?

 Eytan Ellenberg