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Ici Ramallah, à toi Bagdad

par Claude Bensoussan

source : Guysen Israël News

 

Entre individus du même acabit, on se comprend bien sous les cieux moyen-orientaux. On aurait tout aussi bien pu dire : « Ici Ramallah, un terroriste parle aux terroristes ». Les amitiés étant ce qu’elles sont, elles peuvent toujours servir.

Mais dans sa précipitation à montrer qu’il peut être un recours dans la libération des otages français, le reclus de la Muquata s’est trahi. Il en appelle aux ravisseurs pour leur demander d’épargner la vie des deux journalistes, « pour le bien de la Palestine »…

Parce qu’il ne s’agit pas ici de l’occupation étrangère, ni des conditions de vie des irakiens, mais bel et bien d’une guerre menée par des islamistes contre les croisés. C’est le langage même des preneurs d’otages. La loi sur le voile serait une « vengeance des croisés contre les musulmans ».

Notre ministre des Affaires Etrangères, en se rendant à la Muquata, et en déplorant les « conditions indignes » de l’isolement du chef terroriste, à mis quelques atouts entre ses mains. Son hôte a reconnu que la France était le principal défenseur de la cause palestinienne. Et que notre pays ne pouvait en aucun cas jouer un rôle quelconque dans ce conflit, étant juge et partie…

Ce qui est incompréhensible, ou trop peut-être, c’est cet amalgame entre la prise d’otages et une nouvelle fois les évènements du Proche Orient. Or les ravisseurs n’ont en rien soulevé ce problème, seule la loi contre le voile à l’école en est leur unique revendication.

Je sais qu’il faut tout faire pour libérer nos otages, mais l’honneur d’un pays doit refuser la compromission sinon la prostitution. Et que dit ce matin Barnier aux ravisseurs ? Je le cite :

"Ces deux journalistes, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, font leur métier en Irak pour expliquer au monde, pour témoigner de la réalité de la situation et les difficiles conditions de vie du peuple irakien.Ces deux hommes de bien ont toujours manifesté leur compréhension pour ce peuple et leur attachement au monde arabe et musulman. J'appelle à leur libération au nom des principes d'humanité et du respect de l'être humain qui sont au coeur même du message de l'islam et de la pratique religieuse des musulmans", a-t-il ajouté.

Et bien non monsieur Barnier ! Nos journalistes ne sont pas allés en Irak, pour témoigner des difficiles conditions du peuple irakien, ni de la réalité de la situation, mais pour observer, rapporter des faits en toute objectivité. Pourquoi poser comme préambule les « difficiles conditions de vie des irakiens » ? Ne seraient -ils pas allés en Irak, si ces conditions étaient bonnes, mais qu’il subsistait des poches de guérilla, et des factions anti démocratiques, qui ne veulent que mettre ce pays à feu et à sang, parce que leur moteur et toute leur idéologie n’est que la destruction massive de nos sociétés ?

L’opposition et la guerre menée par Moktada Al Sadr, but du déplacement de nos deux journalistes à Nadjaf d’ailleurs, n’était-elle pas une raison suffisante pour des professionnels de l’information ? C’est bien dans ce contexte qu’ils y sont allés.

Pourquoi, alors que tout le monde essaie de ménager l’islam, que tous s’accordent à dire que ces ravisseurs comme ceux qui ont fait tomber les tours jumelles ne sont pas des représentants de cette noble religion, pourquoi leur rappeler des principes d’humanité qu’ils ne semblent pas connaître ?

En quoi la vie de nos otages est-elle plus chère parce qu’ils ont toujours montré « leur compréhension » pour le peuple irakien et leur « attachement au monde arabe et musulman »?

Ici, je voudrais rappeler les propos du grand mufti de Marseille, Soheib Bencheich, qui dit que la France ne doit pas céder et à l’adresse des terroristes qu’ « il ne faut pas se tromper de cible », la France étant « l’un des pays occidentaux les plus proches de la cause arabo musulmane ».

C’est quoi la cause arabo musulmane ? Quelqu’un peut-il m’expliquer ? Contre qui se battent les arabo musulmans ? Contre l’occident ? Et c’est çà être compréhensif à leur cause ?

Le monde arabe est en guerre, il est vrai. Mais autant contre lui-même que contre des ennemis juifs ou croisés. Depuis un siècle, les pays arabes sont pratiquement tous entrés en conflit les uns contre les autres. Si on ajoute l’Iran, musulman mais non arabe, on peut dire que dans cette région, ils se sont tous tapés dessus. Et lorsqu’un certain Saddam a envahi le Koweït, c’est vers l’occident que ce petit pays s’est tourné pour le délivrer…

Mais si monsieur Bencheich veut assimiler la cause arabo musulmane à la haine que ce monde porte à Israël, il a certainement raison. Et la politique partiale de la France dans ce contexte n’est plus à démontrer.

Vous remarquerez en passant, que le mot "terroristes" a été appliqué dans ce cas là, alors que lorsqu'il s'agit des palestiniens on parle d'activistes...

L’intervention du grand chef terroriste de Ramallah va dans le même sens. Un prêté pour un rendu…Pour ceux qui connaissent l’homéopathie, c’est ce qu’on appelle le principe de la loi de similitude : on combat le mal par le mal… Car Arafat défend les mêmes causes que les ravisseurs : mort à Israël, puis à l’occident. Ce n’est qu’une question de temps…

Mais ce n’est pas ce que demandent les ravisseurs dans ce cas précis. Ils exigent ni plus ni moins l’abrogation d’une loi votée par les élus de la nation, autant dire par la nation elle-même.

Dans l’un de mes précédents articles, je disais que Zarqaoui et Al Sadr, c’était le même combat. Je n’étais pas loin de la réalité. Un organisateur de stages destinés aux journalistes opérant en zones hostiles, lui-même journaliste indépendant, Bertrand De Lesquen, interviewait ces derniers jours le porte parole du leader chiite. A la fin de leur entretien, celui-ci lui dit : « Je suis très contrarié par la position française sur le voile. » Vous aurez tout compris…

Ceci dit, si unité nationale signifie, comme l’a souligné Monsieur Bayrou, se serrer les coudes, l’autre synonyme n’est pas de dire n’importe quoi. Et encore moins baisser son pantalon…

Un peu de décence messieurs du Quai d’Orsay !

Il y va de l’honneur de la France.

Claude Bensoussan