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Usine AZF : le mensonge était presque parfait

source : Valeurs Actuelles

 

Le mensonge était presque parfait… C’est sous ce titre que Valeurs Actuelles publiait, dans son numéro du 24 janvier, un article de plusieurs pages sur la catastrophe d’AZF, relançant la piste des arcs électriques liée à la première explosion sur le site de la SNPE. Une piste que notre journal, preuves à l’appui, avait été le premier à révéler quelques semaines auparavant. Depuis, le juge Thierry Perriquet, chargé de l’instruction, s’est à son tour emparé de cette piste. De solides éléments matériels ainsi que de nombreux témoignages font désormais partie du dossier. Dossier que des milliers de Toulousains, profondément marqués par ce drame, aimeraient enfin voir aboutir.

Deux explosions distinctes se sont donc produites le 21 septembre 2001, à une dizaine de secondes d’intervalle, sur deux sites distincts, mais voisins. La seconde, celle d’AZF étant la conséquence directe de la première, à la SNPE (Société nationale des poudres et explosifs), distante de huit cents mètres.

Une explosion souterraine qui a entraîné des désordres majeurs dans l’alimentation électrique de la SNPE, qui se sont répercutés sous la forme d’arcs électriques, en sous-sol et en surface. Ce phénomène, comparable à des éclairs dans un ciel d’orage, a trouvé sur son chemin le fameux hangar 221 où se trouvaient trois cents tonnes de nitrate d’ammonium.
La fatalité a voulu que l’éclair principal de ces arcs électriques traverse le tas d’engrais et y provoque une élévation de la température suffisante pour déclencher l’explosion d’AZF. Sur ce point, tous les chimistes sont d’accord.

Au fil de notre propre enquête, des dizaines de témoignages précis, des enregistrements et des photographies sont venus s’ajouter aux démonstrations d’un mathématicien reconnu, Jean-Marie Arnaudies, (Valeurs Actuelles, nos 3399, 3401, 3452, 3453, 3456), afin d’étayer cette piste des arcs électriques et de la double explosion.

Le diable, dit-on, est dans les détails. Ainsi, dans le numéro 3452 du 24 janvier, avons-nous publié deux photographies aériennes du site, avant et après l’explosion. Ce dernier cliché, pris le 28 septembre 2001, montre des bizarreries qui contredisent la thèse officielle de l’époque.
On y constate que nombre de bâtiments de la SNPE les plus proches d’AZF et les plus exposés à l’explosion du hangar 221 ont relativement peu souffert, alors que des bâtiments nettement plus éloignés sont littéralement “scalpés”, voire rasés. C’est le cas notamment du hangar 371… Plus étonnant encore, un petit bâtiment perpendiculaire au 371, situé à l’est de celui-ci, et donc en pratique protégé de l’onde de choc de l’explosion d’AZF, a totalement disparu.

Enfin, à côté de ce bâtiment se trouve un arbre. Voici ce que nous écrivions à propos de cet arbre : « A proximité immédiate, au nord, la couronne de feuillage parfaitement ronde d’un arbre encore bien vert en juillet apparaît jaunie et roussie, mais seulement pour sa portion exposée en direction de ce petit hangar attenant. Serait-ce un simple effet de l’automne qui vient de commencer en ce 28 septembre 2001 ? Nullement : tous les arbres environnants sont encore parfaitement verts ! Allez expliquer qu’à près de six cents mètres, l’explosion d’AZF roussisse sélectivement les feuillages de la SNPE, et dans la direction opposée à l’onde de choc… » Un arbre roussi. Le seul. Il n’est pas mort, pas malade, et ce n’est pas encore l’automne…

Voilà comment un arbre va devenir un objet de controverse entre Valeurs Actuelles et la SNPE, celle-ci mettant en doute notre bonne foi, qualifiant même de « tendancieux » le caractère de notre démarche ! Et, pour tout argument, voici ce qu’on peut encore lire sur le site Internet de la Société nationale des poudres et explosifs : « Passons d’abord sur un arbre qui aurait roussi alors que les arbres alentour seraient restés verts. Sur la photographie il y a un seul arbre, donc aucune comparaison possible. Cet arbre est éclairé par le soleil qui est assez bas sur l’horizon, le 28 septembre, alors qu’en juillet (le jour n’est pas précisé) le soleil pour une même orientation, est beaucoup plus haut. Ce que le journaliste (NDLR : Thierry Deransart) présente comme un arbre roussi est simplement un arbre éclairé par le soleil couchant. »

Des témoins ont “vu” la première explosion.

Ce que la SNPE feint d’ignorer, c’est que nous n’avons publié qu’une portion d’image. L’image complète, connue de toutes les parties concernées par le drame, couvre l’ensemble du pôle chimique et montre des centaines d’arbres, tous plus verts que celui en cause. Et il existe d’autres photographies inédites de cet arbre (photo 1), prises à partir d’autres points de vue, qui le montrent encore plus mal en point, effeuillé de bas en haut. Il ne conserve qu’un misérable couvert suggérant un béret basque. Nous avons voulu vérifier, une fois encore, l’état de l’arbre le 28 septembre 2003, deux ans jour pour jour après cette photo aérienne : malgré la sécheresse, celui-ci est aussi vert et fourni que ses voisins immédiats ! La nature ne ment pas, elle se charge de répondre pour nous (photo 2) : l’arbre est bel et bien encore en vie… En ce qui concerne cet autre argument du “soleil couchant”, il peut être qualifié de… léger. En effet, sachant que la photo de l’arbre date du 28 septembre 2001, en mesurant les ombres projetées par les tours dont la hauteur est connue, il est aisé de déterminer l’heure où elle a été prise : soit un peu avant 16 h 30, au moins trois heures et demie avant que le soleil ne commence à décliner !

Enfin, nous avons découvert un cliché (photo 3), pris une heure après les explosions, depuis la colline de Pech-David qui domine de cent vingt mètres le pôle chimique. Depuis les rives de la Garonne, il n’est distant que de sept cents mètres des ateliers phosgène, autant dire à un jet de pierre. Prise depuis ces hauteurs, la photo montre un panache qui s’élève de la zone proche de l’arbre brûlé, au cœur des ateliers phosgène. A la Grande Paroisse, en revanche, mise à part la fumée noire émise deux cents mètres au sud du cratère par un feu de palettes qui a duré une bonne partie de la journée, il n’y a déjà plus d’émissions de fumées. Il est aussi intéressant de noter qu’en aucun autre point de la SNPE on ne voit la moindre fumée ! Malgré cela, elle a toujours affirmé qu’il ne s’est rien passé sur son site…

Nous avons aussi vérifié si les ateliers phosgène dégageaient en temps normal des fumées, voire de la vapeur. C’est en effet le cas, à deux cent cinquante mètres au nord-est, et ces vapeurs, compte tenu du lieu de la prise de vue et de la direction du vent, ne pouvaient en aucun cas se trouver dans le champ de l’image. Ce document inédit montre une fois encore qu’il s’est produit un événement à la SNPE, à moins de soixante mètres du bâtiment 371 où étaient entreposés les fûts de phosgène.

Pour s’en convaincre, Valeurs Actuelles est en mesure de révéler que plusieurs témoins affirment avoir “vu” et pas seulement entendu la première explosion à la SNPE. A ce jour, le juge Perriquet dispose de quatre témoignages, sur procès-verbal. Notamment celui de Mme D., qui se trouvait sur la colline de Pech-David. Lors d’une reconstitution, le 11 mars dernier, le magistrat, en présence de nombreux experts et du directeur de l’usine AZF, Serge Biechlin, fait tirer des fusées éclairantes depuis l’usine pour matérialiser l’explosion. Une première fois, Mme D. dit n’avoir rien vu. Deuxième fusée, même réponse. Le juge ordonne un troisième tir… même réponse. Le témoin jure que cette explosion, il ne l’a pas vue à cet endroit, mais « là-bas, entre les deux peupliers ». Vérification faite, c’est précisément là que se trouve… l’arbre roussi.