
Islamisme et communautarisme : une stratégie de conquète
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Dans le cadre de la stratégie de conquête
élaborée par les organisations islamistes agissant sur le sol européen, les thèmes du
communautarisme et du multiculturalisme (ou de la " société multiculturelle ")
sont devenus ces dernières années des leviers de mobilisation majeurs des masses
musulmanes que les Islamistes escomptent " réislamiser ", encadrer, et, en fin
de compte, instrumentaliser. Ici, le discours communautariste a pour fonction de justifier
un certain nombre de revendications fondamentalistes conçues dans le but de d'empêcher
les communautés musulmanes issus de l'immigration de s'intégrer aux sociétés
non-musulmanes d'accueil considérées comme " impies ", la non intégration de
ces communautés étant considérée comme la condition sine qua non de leur
réislamisation ou de leur maintien dans la " Oumma " islamique. Ainsi, au nom d'une critique de " l'Etat jacobin
" centralisé et de " l'intégrisme laïcard ", et grâce à une
rhétorique " victimiste " assimilant la laïcité républicaine "
orthodoxe " au " racisme ", à " l'exclusion " ou même à "
l'islamophobie", les Islamistes sont parvenus ces dernières années à faire
admettre le communautarisme islamique - et l'atteinte aux principes d'égalité des sexes,
puis la revendications de véritables " droits d'exceptions " ou "
d'immunités territoriales " mettant à terme l'unité et l'intégrité de la
République en danger - comme la seule alternative à " l'intolérance autochtone
", une variante post-moderne du " droit à la différence " prenant en
quelque sorte acte de la globalisation et de l'effacement de l'Etat national au profit
d'un différentialisme néo-tribal que décrit parfaitement l'ouvrage d'Alain Minc "
Le monde est ma tribu ". L'exemple typique, ce sont les revendications en
matière de voile, de rupture de jeûne, de respect des pratiques alimentaires " [1].
Inconnues avant 1989, les différentes " affaires du voile " et autres
manifestations spectaculaires de l'ascension des mouvances islamistes en France, remettant
parfois radicalement en cause les valeurs fondamentales des sociétés d'accueil
européennes, sont nées d'un double phénomène socio-politique et communautaire : la
rencontre, à partir de la fin des années 80, du phénomène islamo-fondamentaliste,
lui-même lié à la vague de fond mondiale (révolution Khomeyniste, Moujahidines
afghans, pétro-dollars saoudiens, etc) et du mouvement " beur " et "
antiraciste " (SOS racisme, MRAP, France Plus, Voix de l'islam, JRE, Jeunesse
révolutionnaires trotskystes, etc). Année charnière, 1989 fut marquée par le réveil
de l'Islam de France, de plus en plus encadré et contrôle par les mouvances
fondamentalistes et islamistes, dont l'objectif numéro un était de compromettre
l'intégration des communautés musulmanes issues de l'immigration. C'est en fait à partir de l'événement fondateur
des lycéennes voilées de Creil (1989) que le mouvement " beur " évolua en
partie vers l'islamisme, les cas du " gang de Roubaix ", du " réseau
Chalabi " ou du groupe terroriste dirigé par le jeune beur Khaled Kelkal,
instrumentalisé par le GIA algérien, n'étant que les manifestations les plus extrêmes
et marginales d'un phénomène profond de réislamisation fondamentaliste d'autant plus
redoutable qu'il s'accompagne paradoxalement, le plus souvent, d'une certaine " paix
sociale " qui séduit nombre d'élus locaux et milieux associatifs beurs tentés de
" pacifier" les " banlieues chaudes " au moyen du communautarisme
islamiste. A partir de 1989, Harlem Désir, leader de SOS
Racisme, derrière Danièle Mitterrand, Cheikh Tejini Hadam, alors recteur de la Mosquée
de Paris, ou encore le français converti Daniel Youssouf Leclerc - aujourd'hui à la
tête du Bureau de l'Organisation de la Ligue Islamique Mondiale (BOLIM= Arabie Saoudite)
-, fait prendre un virage à 180 degrés au mouvement beur " antiraciste ",
troquant son laïcisme initial d'essence socialo-trotskiste (Julien Dray) contre le
communautarisme musulman, nouvelle version du " droit à la différence ".
Depuis lors, la figure médiatique d'Harlem Désir, qui cessa de faire l'unanimité au
sein d'SOS-racisme, a connu une baisse considérable de popularité auprès des
populations issues de l'immigration, lesquelles reprochaient non sans raison aux
organisations " antiracistes " d'instrumentaliser les Beurs à des fins
politico-électorales. Aussi les " Jeunes beurs " des banlieues,
qui préfèrent à ce terme, selon eux politiquement orienté et dévalorisant, celui de
" Jeunes musulmans " ou " Musulmans ", se reconnaissent aujourd'hui
plus volontiers dans des organisations religieuses islamiques explicitement
communautaristes et fondamentalistes, comme l'Union des Organisations Islamiques de France
(UOIF, lié à l'organisation islamiste internationale des Frères musulmans) ou l'Union
des Jeunes Musulmans (idem), très implantée dans la région lyonnaise. De leurs côtés,
nombre d'anciens militants " antiracistes " et beurs ont cru bon de rallier le
mouvement associatif islamique et ont substitué au discours sur l'intégration et la
laïcité républicaine celui sur le " droit à la différence " dans sa version
communautariste confessionnelle et multiculturaliste. La première affaire du foulard
(octobre 1989) avait d'ailleurs été ainsi immédiatement récupérée par SOS Racisme et
le Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et pour la Paix (MRAP), qui avaient
invoqué le supposé " racisme " et " l'intolérance " des opposants
au port du foulard dans les lieux publics. Nous reviendrons plus loin sur l'extrême
confusion méthodologique et philosophique née de l'introduction de rhétoriques
disqualifiantes - fondées sur la victimisation instrumentale du phénomène islamique -
dans le débat sur le communautarisme et le fondamentalisme, débat de facto esquivé puis
occulté puisque neutralisé par le tabou incapacitant de " l'antiracisme "
médiatique. Aussi les organisations islamiques ont-elles adopté,
depuis, une rhétorique " victimiste " et déclenchent-elles régulièrement des
scandales médiatiques pour lever les réticences " naturelles " des sociétés
d'accueil vis-à-vis d'une offensive fondamentaliste qui risque de mettre en danger la
cohésion nationale, puis substituer à celles-ci un sentiment de culpabilité. En fait,
les revendications communautaires qui visent à enrayer l'intégration et à fragmenter la
nation - buts inavouables publiquement - étant présentées comme des réponses
réparatrices face à " l'intolérance laïcarde", le jacobinisme, "
l'islamophobie ", etc., dans cette stratégie de communautarisme revendicatif à
dimension expiatoire inconsciente, les différentes " affaires du voile "
islamique ou autres " affaires Rushdie " peuvent être analysées comme des
épreuves de force, ainsi que l'explique le politologue algérien Slimane Zéghidour dans
son ouvrage Le voile et la bannière (Pluriel, 1990). Elles constituent de véritables
opérations médiatiques de subversion, des opérations de provocation visant à acculer
les pouvoirs publics à céder aux revendications fondamentalistes dans le but "
d'apaiser " les communautés musulmanes victimisées et risquant de " réagir
" violemment " face au racisme ". Soufflant sur les braises du mécontentement et du
sentiment collectif de persécution entretenu dans un premier temps par les mouvements
beurs " antiracistes " politiquement orientés précité, les propagandistes
islamistes, souvent liés à des organisations fondamentalistes étrangères, imprudemment
autorisés par les pouvoirs publics à encadrer et - de facto - à fanatiser nombre de
jeunes musulmans, suscitent le mécontentement et le radicalisme de ces derniers en
imputant tous les malheurs des Vrais Croyants à une supposée hostilité intrinsèque des
" Infidèles ". Par cette stratégie " victimiste ",
dénoncée par Michèle Tribalat, les organisations islamistes opérant en Europe sont
parvenues ces dernières années à attirer sur leurs positions un nombre considérables
de jeunes beurs, voire même de jeunes " Français de souche " ou " blacks
" des banlieues, dont le sentiment de révolte et la situation de précarité sociale
constituent des puissants leviers de réceptivité du discours fondamentaliste islamique.
Fascinés par le charisme d'un Tariq Ramadan, les exploits sportifs de célèbres
champions beurs comme Jamel Bourras ou français " Blacks " convertis comme le
basketteur Olivier Saint Jean, tout deux membres de l'organisation fondamentaliste UOIF
(voir infra), les jeunes Musulmans néo-fondamentalistes de France se perçoivent de plus
en plus comme une communauté à part, une " nation musulmane " dans la nation,
sur le modèle communautariste anglo-saxon tant médiatisé et popularisé par les médias
(aspect " américain " donc " branché " du communautarisme). Dans cette stratégie d'islamisation de l'Europe et
de la France, l'Arabie Saoudite, réputée " amie de l'Occident ", mais adepte
de l'islam le plus obscurantiste qui soit, joue un rôle fondamental. Riyad est ainsi à
l'origine de " l'Institut de formation des Imams d'Europe " établi à Saint
Léger-du-Fourgeret (Château-Chinon). Preuve de la collaboration entre différentes
mouvances fondamentalistes, cette " université islamique " a été confiée à
la branche française et européenne de l'Association des Frères musulmans, probablement
la plus " autochtonisée " des structures islamistes, représentée dans
l'Hexagone par l'Union des Organisations islamiques de France (UOIF) et en Europe par
l'UOIE. Officiellement, l'islam saoudien est présent en France et dans la plupart des
capitales européennes à travers les " Centres islamiques " et mosquées qu'il
contrôle (Grande Mosquée de Lyon, Centre islamiques de Genève, Rome, Londres, Madrid,
etc). " Le succès d'une minorité musulmane est de
devenir, un jour plus ou moins lointain, une majorité. Ce phénomène se fait non pas par
la force, mais par un effet d'assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et
la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion
islamiques et finissant par s'identifier à l'islam ", écrit le saoudien Ali
Kettani, Directeur de la fondation islamique pour la science, la technologie et le
développement dans une brochure, L'Islam aujourd'hui, largement diffusée en France et en
Europe [2] à l'usage des immigrés musulmans et des convertis. Largement inspirées des propositions saoudiennes, de
celles des Frères-musulmans ou de l'expérience des organisations islamiques
britanniques, qui ont depuis des années obtenu satisfaction sur certains points
mentionnés ci-après et dont les Musulmans français s'inspirent, les principales
revendications des organisation musulmanes de France et d'Europe sont les suivantes, 2/ reconnaissance des règles islamiques en matières
de statut personnel et d'état civil : mariage religieux musulman, répudiation,
polygamie, héritage, cimetières ou carrés musulmans séparés ; 3/ quotas dans l'Administration pour l'embauche de
Musulmans, 4/ nourriture hallal dans les cantines, lieux de
prière-aumôneries islamiques, piscine et éducation physique séparées pour les filles,
ou à défaut dispense de cours, non mixité, exclusion d'ouvrages offensants envers
l'islam ; droit au port du voile dans les écoles de la République, 5/ reconnaissance de l'Islam comme seconde religion
de France ; 6/ multiplication du nombre d'imams dans les
administrations pénitentiaires, lieux publics et d'enseignement ; Or, ces revendications, visant à réclamer un
régime juridique et administratif d'exception, exorbitant du droit commun, sont
globalement et spontanément mal perçues, tant par les régimes, notamment la République
française, laïque et unitaire, que par les masses autochtones profondément
sécularisées, qui y voient spontanément poindre le " péril islamique ", la
manifestation de " l'obscurantisme religieux ", dont le voile islamique
apparaît comme la plus éclatante des illustrations. C'est la raison pour laquelle les
revendications communautaristes islamistes sont essentiellement exprimées à travers des
techniques de mobilisation et une rhétorique subversive que nous avons nommée "
victimiste ", c'est-à-dire visant à retourner l'accusation d'intolérance -
pourtant à l'origine des revendications fondamentalistes - contre les milieux laïcistes,
les pouvoirs publics et les masses autochtones méfiantes, voire hostiles. C'est dans le
cadre de cette " stratégie victimiste " qu'il convient de resituer toute une
série de scandales médiatico-politiques qui monopolisèrent de façon récurrente le
devant de la scène sur fond de revendications islamiques communautaristes et
confessionnelles. D'évidence, les différentes " affaires du
voile " ou autres " affaire Rushdie " ou " affaire Taslima Najreen
", menées simultanément dans plusieurs Etats européens à forte communautés
immigrées, ne sont pas nées ex nihilo à partir du mécontentement spontanés de
travailleurs immigrés musulmans lambda. Elles ont été orchestrées par des
organisations islamiques européennes directement financées et/ou contrôlées par les
grands pôles mondiaux du fondamentalisme islamiste précédemment cités, principalement
le wahhabisme saoudien, le Tabligh indo-pakistanais et les Frères musulmans. Apparemment
concurrents, parfois radicalement antagonistes, ces pôles agissent souvent en parfaite
coordination lorsqu'il s'agit d'élaborer des stratégies communautaristes d'islamisation
et des campagnes de démonstration de force à partir de chocs spectaculaires provoqués
dans l'opinion publique française au moyen du scandale médiatique et du " discours
victimiste " qui lui est consubstantiel et qui a pour fonction première de retourner
l'accusation d'intolérance contre les sociétés démocratiques d'accueil, prises au
piège de leur propres valeurs pluralistes et " ouvertes " détournées de leur
contexte et ainsi subverties. Ce sont bien des organisations islamiques prosélytes
- radicales ou non - qui manifestent contre Salman Rushdie, exigent de pouvoir porter le
voile dans les écoles, boycottent certains cours " impies ", ou encore
dénoncent certaines lois séculières françaises et européennes, donc qui réclament un
régime politico-juridique exorbitant du droit commun, un espace extra-territorial
rejetant l'application des lois " impies " en vigueur. Tentant de poser les
vrais termes du débat et de dissocier les thèmes trop souvent confondus que sont
l'intégration, l'islamisme et la " racisme ", l'historien René Rémond
explique : " L'irruption sur le territoire de la République de millions d'êtres
humains d'origine étrangères qui s'installent sur le territoire et restent fidèles à
leurs origines et à leurs coutumes nourrit une inquiétude qui n'est pas forcément de la
xénophobie ou du racisme " [4]. Comme le montrent Yves Lacoste, Christian Jelen,
Alain Finkielkraut, ou Michèle Tribalat, le " ghetto ", le " repli sur soi
", " l'exclusion ", le " racisme ", peuvent être autant le fait
des " victimes " de l'exclusion elles-mêmes - surmédiatisées et souvent
instrumentalisées par les fondamentalistes comme par des courants politiques radicaux
(trotskystes, marxistes révolutionnaires, etc) - que des autochtones non-musulmans
incriminés souvent à tort a priori et a posteriori. Les exemples de cette "
auto-exclusion volontaire " des Mahométants européens, orchestrée par les
minorités actives islamistes et prosélytes, à laquelle l'Etat d'accueil répond par les
concessions communautaristes, abondent partout en Europe : - En France
comme en Italie, en Grande Bretagne ou en Belgique, les Islamistes appellent
régulièrement aux manifestations en faveur du port du voile dans les lieux publics et
les établissements scolaires, voire à boycotter les cours jugés " impies "
(gymnastique, biologie) ou à refuser l'étude de certaines uvres "
blasphématoires " : d'Albert Londres à Dante Alighieri, en passant par Victor Hugo
ou Voltaire, ce dernier étant justiciable d'avoir conçu, sous forme de pièce, un
pamphlet anti-musulman sacrilège intitulé " Mahomet ou le fanatisme ". - De l'autre
côté des Alpes, la puissante Union des Communautés et Organisations Islamiques
d'Italie (UCOII) a fait de l'interdiction de la Divine Comédie, de Dante Alighieri, dans
les lycées et universités, l'un de ses principaux chevaux de bataille. Jugé "
blasphémateur ", le plus grand des poètes italiens est coupable d'avoir, dans la
Divine Comédie, consigné le prophète Mahomet dans le " septième cercle de l'enfer
". Capitale du Catholicisme, Rome abrite depuis 1995 la plus grande Mosquée
d'Europe, financée à 75 % par l'Arabie Saoudite (35 millions de dollars) qui entend en
faire " un pôle où rayonnera le visage tolérant de l'Islam afin de corriger la
mauvaise image de cette religion ", alors que les autorités saoudiennes continuent
de refuser toute liberté religieuse aux non-Musulmans d'Arabie
Autre marque d'unilatéralité et de volonté de
conquête islamique sous couvert de " droit à la différence " et de
communautarisme, lors de leurs premières démarches dans les années 80, les promoteurs
saoudiens et marocains de la mosquées de Rome avaient exigé que le minaret de la future
mosquée fût plus haut que Saint Pierre. Depuis 1999, un e sorte d'accord bilatéral
entre l'Etat italien et l'islam nommé l'Intesa (l'entente) est en voie d'être conclu
avec la plus importante des organisations islamiques du pays : l'Union des Communautés
Islamiques d'Italie (UCOII), dirigée par un certain Nour Dachan, islamiste syrien exilé
en Italie et haut dignitaire des Frères musulmans syriens. Cette " entente "
prévoit des aumôniers musulmans dans les prisons et lieux publics choisis par l'UCOII ;
des repas hallal dans les écoles ; le port du foulard dans tous les lieux publics et
même sur les photos des documents d'identité ; des jours fériés islamiques ; et des
subventions aux associations caritatives et cultuelles islamiques. Pour le moment,
l'Intesa n'a toujours pas abouti en raison des rivalités internes entre l'UCOII et
d'autres pôles islamiques qui se disputent le monopole de représentativité, notamment
le centre saoudien de Rome, bien qu'un accord soit sur le point d'être trouvé depuis
peu. - En Suisse,
aux termes d'une longue bataille juridique, un arrêté fédéral autorise désormais les
jeunes filles islamistes à porter le voile sur la photo de leurs passeports, ce qui
était jusqu'à peu formellement interdit. - En Belgique,
une loi de 1974, qui place le culte musulman sur le même pied d'égalité que les autres
religions, prévoit le financement par l'Etat de la construction de mosquées et du
traitement des personnels cultuels. La loi de 1978 permet l'enseignement de l'Islam dans
les établissements publics. A Bruxelles, dans les quartiers de Scharbeek ou Saint-Josse,
où la police ne s'aventure plus, les débits de boisson sont prohibés par les Islamistes
qui quadrillent le terrain. Aussi, le 13 décembre 1998, les Musulmans de Belgique ont
élu leurs représentants à une assemblée constituante - seul cas en Europe et dans le
monde - destinée à former un Grand Conseil Islamique, qui, sur la base des accords
souscrits avec le gouvernement, est devenu " l'interlocuteur officiel de l'Etat
". Or nul n'ignore l'orientation fondamentaliste de la majeure partie des membres de
ce Conseil. Sur 68 membres de l'assemblée, reconnaissait le 11 février 1999 un ministre
belge, 25 des élus sont officiellement liés aux fondamentalistes. En fait,
officieusement, on parle plutôt de 45 membres fondamentalistes. - Le Danemark possède
quant à lui la législation la plus libérale d'Europe en matière d'enseignement
religieux. Six écoles islamiques ont été ouvertes par des organisations islamistes
proches des Wahhabites saoudiens. - Aux Pays Bas,
un décret du 30 mai 1986 de la Cour suprême de cet Etat confère aux Imams le même
statut légal que celui accordé aux prêtres et aux rabbins, ce qui leur permet de
briguer des fonctions dans l'armée, les hôpitaux, les prisons
). La Constitution
permet aux communautés religieuses de fonder leurs propres écoles privées,
subventionnées par le gouvernement, ce qui a donné lieu à la création d'une vingtaine
d'écoles islamiques. Des cours d'éducation islamique sont dispensés par ailleurs dans
les écoles publiques. Mieux, en 1987, le Parlement a décidé, en vertu du droit à
l'égalité de traitement entre les Chrétiens et les autres confessions, que la loi ne
saurait faire de distinction entre l'appel à la prière lancé à partir des mosquées et
les cloches des églises
De même en 1989, le ministre de l'Intérieur a rappelé
que le délit, pénal en Pays-Bas, de blasphème, s'applique tout autant dans le cas de
l'islam. En d'autres termes, Salman Rushdie est condamnable. - En
Angleterre, la liberté de manoeuvre et de prosélytisme des fondamentalistes ne
rencontre pratiquement aucune limite : les principaux chefs islamistes du monde, dont le
Tunisien Rachid Ghannouchi, peuvent y exprimer leur haine anti-occidentale en toute
liberté et organiser des manifestations publiques de soutien au GIA et d'appels au
meurtre, notamment contre Israël, les Etats-Unis et surtout la France. Dans certaines
villes " musulmanes ", comme Nottingham et Bradford, la Charià est mise en
concurrence avec la loi anglaise, au nom d'un communautarisme (comunalism) qui tire ses
sources dans la longue tradition de pouvoir local (" paramountcy ") et des
différentes lois sur les " races " (Race Act) et le statut des minorités
ethno-religieuses Quant à la Mosquée de Londres Nord, elle organise
des collectes de fonds pour les combattants islamiques du Cachemire, de Palestine, de
Bosnie-Herzégovine et du Kosovo ". Omar Bakri dirige également le Hizb ut-Tahrir,
" parti de la Libération Islamique ", étroitement lié au Hamas palestinien,
et est le co-fondateur d'une autre organisation, les " Adeptes de la Charià ".
Dirigé par l'Imam de la Mosquée Londres Nord, Abou Hamza, l'objectif principal de cette
organisation est de lutter contre le " pouvoir infidèle " anglais. Reconnu
invalide de guerre, puisqu'il a perdu un bras et un il pendant, la guerre
d'Afghanistan, Abou Hamza reçoit régulièrement les allocations d'invalidité du
gouvernement britannique... Directeur de l'Institut Musulman, Kalim Saddiqui, autre figure
de l'islamisme anglais, après avoir publiquement soutenu la sentence de mort contre
Rushdie, a créé en 1992 un " parti islamique anglais " et un " Parlement
Musulman " prônant la " désobéissance islamique" et revendiquant un
territoire séparé pour les Musulmans afin qu'y soit appliquée la Charià. Réputé plus
modéré, le Directeur Général de la Grande Mosquée de Londres a récemment averti les
autorités britanniques que les Musulmans anglais pourraient retirer leur loyauté si
Londres continuait à " offenser les valeurs panislamiques ". L'Imam de Bradford
insiste quant à lui sur le fait que le devoir de tout musulman anglais est de "
remplacer progressivement les valeurs de l'Etat séculier par celles de
l'Islam"
Comme on le constate, ces situations parfois
extrêmes, les différentes concessions arrachées aux sociétés d'accueil par les
mouvances islamistes obscurantistes au nom du " communautarisme " et du "
droit à la différence ", témoignent en fin de compte plus d'un retour à l'âge
théocratique et pré-moderne que du bon état de santé des sociétés pluralistes de
l'Europe occidentale. Contradiction flagrante : au nom du " droit à la différence
", les Etats de l'Union européenne, dont les valeurs fondamentales sécularisées et
démocratico-libérales sont aux antipodes du holisme islamiste, accordent des droits
collectifs, des régimes d'exceptions aux ennemis déclarés des valeurs de l'Occident
moderne. Comment en est on arrivé là ? En fait, cette surprenante contradiction a des
origines philosophiques, idéologiques mais aussi psychologiques. Ainsi que l'explique le politologue italien Giovanni
Sartori, auteur d'un récent ouvrage intitulé : " Pluralisme, Multiculturalisme et
Etrangers , essai sur la société multiethnique " (Rizzoli, 2000), le paradoxe
réside dans le fait que valeurs fondamentales des sociétés démo-libérales,
pluralistes et " ouvertes " - à commencer par la tolérance et la liberté de
d'opinion et de croyance - sont invoquées et détournées de leur fins, dans le cadre
d'une véritable stratégie de conquête, par les responsables d'organisations islamistes
communautaristes qui les rejettent pourtant catégoriquement. Pour Sartori, le piège du
communautarisme repose donc sur une double confusion philosophique et idéologique au
terme de laquelle le principe fondamental caractérisant les sociétés " ouvertes
", le pluralisme, a fini par être confondu avec celui du multiculturalisme, tandis
que la nation, dont Foucault et Sartre ont établi la disqualification définitive en
établissant une relation consubstantielle entre nationalisme et nazisme [5], se voit
proposée comme seule voie de rédemption expiatoire sa propre disparition via le
démembrement communautariste de l'Etat national d'accueil. Giovanni Sartori explique que
si une société pluraliste peut effectivement être au départ multiculturelle, comme
c'est le cas notamment de nombreuses nations démocratiques occidentales qui sont
historiquement composées de plusieurs nations ou cultures : Autriche, Grande Bretagne,
Etats-Unis, etc, une société multiculturelle et/ou communautariste n'est en revanche sas
automatiquement pluraliste : ex-Union soviétique, Liban, ex-Yougoslavie, Egypte,
Indonésie, etc. Sartori montre ensuite qu'en matière d'Islam et
d'immigration extra-européenne, la délégitimation diffuse du fait national au profit de
revendications communautaires islamiques joue d'autant plus efficacement que la mauvaise
conscience et la culpabilité de l'homme occidental depuis la seconde guerre mondiale sont
habilement instrumentalisées par les mouvances islamistes. Celles-ci profitent
effectivement du fait que le débat sur l'islam et l'immigration est faussé depuis qu'il
a été réduit à celui, hautement idéologique, passionnel et médiatique, de "
l'anti-racisme " et de " l'exclusion ", notions elles aussi détournées de
leurs finalités premières et instrumentalisées par certains discours politiques. D'après Michèle Tribalat, le Haut Conseil à
l'Intégration (HCI), par son rapport du 14 décembre sur " l'Islam dans la
république ", remis au Premier Ministre, fait le lit du communautarisme islamiste en
France et illustre parfaitement la confusion philosophique et l'instrumentalisation
idéologique qui sont à l'origine de l'abdication des autorités républicaines
vis-à-vis des revendications islamistes. Pour Michèle Tribalat, le Haut Conseil, à la
suite du Conseil d'Etat, en cédant sur la question du foulard islamique, jugé "
compatible " avec la République (CE, 1989), ainsi que sur la question des repas
hallal dans les écoles et les jours fériés accordés aux élèves musulmans lors de la
fête de l'Aïd al Kébir.(rapport du HCI de décembre 2000), annonce l'abdication de la
société ouverte face à ses " ennemis ", pour parler en langage popperien. Car au nom d'un " droit à la différence "
détourné de ses fondements philosophiques pluralistes, c'est aux forces rêvant
d'instaurer un ordre théocratique contraire en tout point au modèle pluraliste des
sociétés ouvertes, que la France a cédé. Comme on le voit, la guerre, car il s'agit
bien là de " guerre des représentations ", s'exerce aussi sans les armes.
Conscient de leur faiblesse numérique et du caractère intrinsèquement " hostile
" et anti-occidental de leur système de croyances, les organisations islamistes
axent l'essentiel de leur combat en " terre infidèle " sur la rhétorique -
comme ruse de guerre (Ulysse et Polyphème) - et la subversion des valeurs, si l'on
retient l'acception qu'a donné le professeur Roger Mucchielli du terme subversion :
détourner de leur signification et de leur buts les valeurs de l'Autre afin de
décourager et dissuader celui-ci de se prémunir contre une agression extérieure,
concrète, idéologique ou psychologique. Bref, démoraliser l'Autre, profiter de ses
vulnérabilités internes, largesses et contradictions, lui " faire perdre le nord
" au moyen de la " guerre des représentations " et des concepts. Comme l'expliquent Michèle Tribalat et Giovanni
Sartori, accorder des droits collectifs séparés, de véritables " immunités "
territoriales, des régimes juridiques d'exception, à des communautés - donc à des
groupes - au nom de la liberté de conscience, au départ individuelle, aboutit non
seulement à détruire le consensus philosophico-politique et juridique de base qui pousse
les membres d'une même société ouverte à vouloir " vivre ensemble ", mais
cela revient également à nier le droit spécifique - en principe premier, dans les
sociétés ouvertes - des individus au profit d'immunités communautaires. " Le
paradoxe, explique Michèle Tribalat, c'est que la sacralisation de l'individu constitue
le fer de lance de ces revendications (...) communautaires. Si le communautarisme
pénètre en France, c'est par le biais du droit individuel, au nom de ma particularité,
j'ai droit à... Mon sentiment est que nous assistons à une poussée identitaire,
largement encouragée, du reste, par les réponses complaisantes que nous lui apportons.A
Roubaix, on a poussé l'empathie jusqu'à installer un centre culturel arabo-musulman à
l'intérieur même d'un lycée !" [6]. En fait, en reconnaissant les mouvances
fondamentalistes - majoritaires dans tous les pays européens - comme interlocuteurs
communautaires officiels, autorisés de facto à encadrer les communautés musulmanes et
à parler en leur nom, et en accordant à ces structures islamistes - en réalité fort
peu représentatives des masses qu'elles escomptent instrumentaliser - des concessions
exorbitantes du droit commun, les sociétés ouvertes occidentales mettent, à terme,
gravement en péril leurs propres valeurs fondamentales : tolérance, liberté de
conscience et religieuse, égalité des sexes, rationalisme critique, laïcité,
énumérées par Karl Popper et Max Weber. Ces valeurs sont certes invoquées par les
mouvances fondamentalistes elles-mêmes, mais elles sont de la sorte subverties aux termes
d'une stratégie de conquête communautariste et d'une rhétorique de guerre sémantique
et psychologique d'une efficacité sociale et médiatique redoutable. Il existe donc bien, de la part des Islamistes et des
Etats musulmans du monde entier, une véritable stratégie de conquête de l'Europe et de
la planète, via les minorités musulmanes issues de l'immigration et de la diaspora
qu'ils escomptent instrumentaliser. Le but est de créer de véritables enclaves
juridiques et politiques au nom de la " liberté religieuse ", que les
Islamistes refusent aux non-musulmans, du " droit à la différence ", et du
" communautarisme ", thèmes d'autant plus porteurs qu'ils empruntent au
discours " politiquement correct " du multiculturalisme - inauguré aux
Etats-Unis et en Grande Bretagne dans les années 70 avec les politiques de "
positive discrimination" et d'" affirmative action " - convergent avec une
certaine idéologie " mondialiste " ambiante dénigrant l'Etat-nation au nom de
la globalisation. Toujours est-il qu'il n'est pas exagéré d'affirmer
que, dans un avenir proche, à mesure que les mouvances islamistes parviennent à recruter
de nouveaux militants radicalisés dans les quartiers sensibles à forte population
immigrée, des Musulmans fondamentalistes refuseront de plus en plus l'enseignement public
officiel " impie " et exigeront des professeurs mahométans (exigence qui a
déjà été satisfaite en Grande-Bretagne où certains lycées et collèges diffusent un
enseignement entièrement islamique, ne tenant aucunement compte des programmes nationaux
anglais). La fonction d'intégration propre à l'école tend d'ailleurs déjà à
disparaître dans de nombreux quartiers à forte population islamique issue de
l'immigration. C'est dans ce contexte que se développent des écoles privées islamiques
dans la plupart des pays européens d'accueil précités (voir supra). A l'intérieur de l'Europe, ce rapport de force
risque à terme de se traduire - à mesure que les communautés musulmanes issues de
l'immigration iront s'agrandissant et se " réislamisant ", au contact des
Islamistes, et parallèlement à la baisse continue de la natalité des " Européens
de souche " - par une " libanisation " ou une " balkanisation "
croissante des sociétés européennes d'accueil, et plus particulièrement des grandes
villes où les populations islamiques ou en voie de réislamisation radicale,
instrumentalisées par les mouvances fondamentalistes, reconstituent progressivement les
modes de vie islamique à l'intérieur de véritables ghettos volontaires " où la
police et l'Administration nationale semblent être de plus en plus considérées comme
des structures " étrangères " et " impies ". Les " sociétés ouvertes " peuvent-elle se
permettre de renoncer à ne poser aucune limite au pluralisme alors que cette abdication
risque, à terme, de mettre en danger leurs valeurs fondatrices et leur survie mêmes ? Le
pluralisme et l'ouverture doivent-ils ne rencontrer aucune limite même si le prix à
payer de cette absence de limites conduit in fine à réduire le degré d'ouverture et de
pluralisme ? Le communautarisme, permis par les sociétés démocratiques et libérales,
a-t-il vocation à saper les fondements des Etats-nationaux, unités politiques et
administratives de base de la démocratie ? Là est, à notre sens, le véritable
cur du débat sur le communautarisme, l'intégration et l'Etat, débat d'ailleurs
posé également Outre-Atlantique par des sociologues progressistes comme Benjamin Barber,
lequel rappelle que l'Etat-nation demeure le cadre naturel de la démocratie moderne et
que le multiculturalisme communautariste annonce au contraire une régression du
rationalisme politique wéberien au profit d'un néo-tribalisme aux antipodes de toute
forme de démocratie. On en revient alors au dilemme également wéberien opposant ethique
de conviction et ethique de responsabilité. Or, l'éthique de responsabilité commande
d'étudier rationnellement et lucidement les conséquences futures de dynamiques
difficilement contrôlables, comme cela est le cas du communautarisme islamique. Alexandre del Valle Alexandre del Valle,
spécialiste des questions internationales et stratégiques, a rédigé de nombreux
articles ou reportages dans des revues de géopolitique (Hérodote ; Stratégique,
Quaderni Geopolitici), ou d'actualité politique (Figaro Magazine, Spectacle du Monde,
Figaro, etc), ayant tous pour toile de fond les questions des Balkans, de la Sécurité
européenne ou de l'Islamisme radical. Notes : [1]
Entretien avec Elyzabeth Lévy, " Non à la victimisation des Musulmans ", Le
Figaro, débats et opinions, 30 janvier 2001. |