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Ces imams qui enflamment les mosquées

par Cécilia Gabizon

source : Le Figaro

 

La grande prière du vendredi va commencer. Il est 13 heures. Près du centre Urssaf de Vénissieux, des hommes se pressent vers une bâtisse de deux étages faisant office de mosquée. Ici, l'imam est connu pour ses prêches radicaux inspirés par les salafistes, tenants d'une doctrine fondamentaliste qui prône le retour à la tradition. La loi interdisant les signes religieux à l'école est pour lui une véritable déclaration de guerre contre les musulmans. Les fidèles doivent entrer en «résistance», comme les musulmans du monde entier, qui les «soutiennent», puisqu'ils ont manifesté eux aussi contre la loi dans les pays arabes. Les quelque 300 personnes réunies, hommes de tout âge, certains portant la longue djellaba, approuvent de la tête.

Le religieux propose alors une «organisation» qui fleure la sédition : les commerces «kofars» (des mécréants) seront délaissés au profit des établissements «halal». Les services doivent également être assurés par des «frères» : garagiste musulman, médecin musulman... «Il ne faut plus rien donner aux impies», répète d'ailleurs un proche de l'imam à la sortie. Quelques hommes annoncent une pétition pour «dire non à la République laïque». Leurs femmes ou les jeunes filles iront peut-être manifester. Eux préfèrent structurer dans l'ombre un communautarisme militant.

Ce jour-là, parmi les fidèles, tous n'approuvent pas cette agitation mais beaucoup se taisent. Car la pression est forte. La loi interdisant les signes religieux à l'école attise des braises déjà incandescentes dans certains quartiers. Car depuis des années les prêcheurs installés dans les cités ont utilisé la discrimination réelle qui frappe les enfants de l'immigration pour miner le désir d'assimilation. Et promouvoir des «valeurs musulmanes» dont certaines heurtent la vision occidentale : l'émancipation de la femme faisant figure de perversion, de provocation sexuelle.

«La France dépravée et mécréante veut nous dévergonder», assure Linda, 18 ans, une jeune musulmane voilée de Nancy, à des copines pour emporter leur soutien. Elles hésitent, ne sachant que répondre. Car depuis vingt ans les prêcheurs ont introduit un islam wahhabite qui prône le port du foulard. Seule une minorité le porte mais beaucoup le croient obligatoire et le considèrent comme un «plus» pour la musulmane. Ainsi, 53% des 405 musulmans interrogés par le CSA pour Le Parisien se sont prononcés contre la loi. Tandis que 45% des personnes sondées affichaient de la sympathie pour les manifestations contre l'interdiction du port du foulard islamique à l'école.

Des manifestations surtout relayées par les associations musulmanes et par Internet, qui permet d'appeler anonymement à protester. La plupart des imams évitent de s'exprimer publiquement sur le sujet car ils se savent surveillés. Ces derniers mois trois d'entre eux ont été rappelés à l'ordre en Ile-de-France pour avoir appelé au djihad ou proféré des propos antisémites.

Aujourd'hui, la plupart des mosquées s'en tiennent à l'orthodoxie. Ainsi, vendredi, rue Jean-Pierre-Timbaud, à Paris, l'imam a délivré un prêche classique en arabe littéraire, comme à l'accoutumée dans ce lieu de prière tenu par des Tabligh, un mouvement piétiste, mais largement fréquenté par les salafistes. Seules la véritable foi et l'obéissance absolue à Dieu seront comptabilisées au jour du jugement, a rappelé le religieux. Derrière un lourd tissu, une cinquantaine de femmes écoutent et prient. Beaucoup de grands-mères, véritables gardiennes du temple, ajustant brusquement le foulard d'une fidèle pour cacher des mèches rebelles, et une poignée de jeunes filles, dont une gracieuse adolescente aux yeux soulignés de noir. Elle peine à comprendre l'arabe mais assure : «On n'a pas le choix : on doit se voiler. C'est écrit dans le Coran, c'est une obligation.» Elle reconnaît pourtant ne pas respecter d'autres règles islamiques comme le refus de la mixité : «Ça, c'est tout simplement impossible à appliquer en France. On ne peut pas éviter le contact des hommes, dans le métro, à l'école», se désole-t-elle.

Cécilia Gabizon