
Comment l'Islam s'installe en France
|
Les manifestations hostiles à la laïcité en milieu scolaire
démontrent que la communauté musulmane de France est en train de changer. Sous
leffet dune troisième génération, nettement plus sensible que ses aînées
aux sirènes de lislamisme radical. La grande supercherie, cest de laisser croire à
lEurope quelle est de tradition judéo-chrétienne
Voici encore vingt
ans, cette pétition de principe signée Tariq Ramadan (le 9 janvier dans le mensuel
marocain Version homme) naurait laissé personne indifférent. Et surtout pas
François Mitterrand qui, tout socialiste et favorable à limmigration quil
fût, partageait avec le général de Gaulle la conscience des racines chrétiennes de la
France, et fit même dun clocher le symbole de sa force tranquille
(1981)
En ce début de 2004, ce même Ramadan peut bien proclamer que
lavenir de la révolution islamique mondiale passe par le nord de la Méditerranée
( Le musulman dOccident, dit-il, fera lavenir de lislam ) et
appeler ses fidèles à manifester contre une loi de la République française limitant le
port des insignes religieux à lécole, qui réagit à cette profession de foi ? Tout indique, en tout cas, que ce nest pas la France qui a
changé lEtat na jamais tant fait, au contraire, pour que lislam
puisse sexprimer, quil sagisse de la construction de mosquées ou de
lenseignement de la civilisation arabe, en pleine expansion à lécole ,
mais bien une partie de la communauté musulmane, minoritaire sans doute, mais agissante,
et qui, sous couvert de liberté de culte, revendique un statut à part dans la
République. Après tout, y aurait-il jamais eu de loi proscrivant les signes
religieux ostensibles à lécole si, depuis une dizaine dannées, des parents
ne persistaient à vouloir soustraire leurs filles au droit commun ? A les faire paraître
voilées en cours ? A les priver de cours dEducation physique ? Si des associations
culturelles, toujours plus nombreuses, navaient multiplié les pressions
sur les municipalités pour réserver aux femmes des créneaux horaires dans les piscines
? Bref, un gouvernement, quel quil soit, aurait-il pris le risque de rappeler un
principe aussi intangible que légalité des sexes si certaines pratiques
discriminatoires ne sétaient pas multipliées ? Habituée, plus que dautres,
à cohabiter en bonne intelligence avec le monde musulman, la France, ancienne puissance
impériale et méditerranéenne, est, en effet, la dernière à pouvoir être soupçonnée
dislamophobie. Mohamed Sayed Tantaoui, lune des plus hautes autorités de
lislam sunnite, que Nicolas Sarkozy a rencontré le 30 décembre dernier au Caire,
la rappelé, sans ambiguïté : Les musulmans vivant dans un pays non
musulman ont le devoir de se soumettre aux lois de leur pays daccueil
[La
loi sur le voile] est une affaire intérieure française. Doù vient, alors, que cette vérité dévidence,
jusqualors admise par la communauté immigrée (ou française dorigine
immigrée), produise soudain tant de drames ? Outre le poids croissant quoccupent
les jeunes musulmans dans la démographie française, la principale raison est, comme
toujours, dordre historique : elle tient au fait que les organisations qui,
désormais, contrôlent la nébuleuse musulmane de France pouvoir de fait devenu de
droit depuis que lUnion des organisations islamistes de France (UOIF) a pris le
contrôle du Conseil français du culte musulman échappent totalement à
linfluence laïque des autorités algériennes, qui prévalait depuis la
décolonisation. Lautre raison est sociologique : le succès que rencontre le
discours fondamentaliste parmi certains beurs dits de la troisième
génération. Ceux qui, travaillés par une propagande qui doit tout à la doctrine
des Frères musulmans, voire, plus marginalement, à lislam turc ou chiite, trouvent
dans ladmiration pour Ben Laden et autres figures emblématiques du Djihad, une
réponse à leur déracinement. suite sur Valeurs Actuelles du 16 Janvier 2004 |