
Un rapport s'alarme de la montée du communautarisme à l'école par Martine Laronche source : Le Monde
|
La rentrée scolaire risque d'être tendue. Un rapport de l'Inspection générale de l'éducation nationale dresse un constat inquiétant d'une montée des revendications communautaires à l'école. Cet état des lieux, dressé entre octobre 2003 et mai 2004 et intitulé "Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires", a porté sur 61 collèges, lycées et lycées professionnels "susceptibles, davantage que d'autres, d'être affectés par des manifestations de la religion". Ces revendications semblent être, de l'avis des auteurs du rapport, "l'objet d'une sorte de refoulement, ou de déni généralisé", de la part notamment des chefs d'établissement et des inspecteurs de l'éducation nationale. La mixité est de plus en plus remise en cause. Dans tel lycée, les filles "enfilent leur manteau avant d'aller au tableau afin de n'éveiller aucune concupiscence". Dans les écoles primaires, des conflits avec les parents se multiplient. Ainsi, "on a vu un père refuser que sa fillette soit laissée dans la classe d'un instituteur remplaçant l'institutrice". De plus en plus fréquemment, les mères voilées ne sont pas identifiables. Ainsi, "une école a dû organiser un sas, sans fenêtre, où la directrice peut, deux fois par jour, reconnaître les mères avant de leur rendre leurs enfants". L'"obsession de la pureté" est "sans limite": dans une école primaire, des élèves sont allés jusqu'à instituer l'usage séparé des deux robinets des toilettes, l'un réservé aux "musulmans", l'autre aux "Français". Ailleurs c'est un responsable local du culte musulman qui a demandé de prévoir des vestiaires séparés dans les salles de sport, car, selon lui, "un circoncis ne peut se déshabiller à côté d'un impur". On voit se multiplier, dans les collèges et lycées, le port de vêtements représentant un drapeau national (algérien, marocain ou israélien), des élèves juifs arborant ici ou là une plaque de l'armée israélienne. Pour les filles, la marque d'appartenance à la religion ne se borne pas au port du foulard, mais peut aller jusqu'à la tenue islamique complète. Dans un établissement, deux élèves se sont même présentées en burqa. Parfois, ce sont des garçons qui arborent la tenue afghane. La fréquence de ces manifestations vestimentaires apparaît liée, selon les auteurs du rapport, à l'existence d'une surenchère entre organisations et à une plus ou moins grande détermination des chefs d'établissement et des autorités académiques. Leur comportement fluctue, selon les époques, "entre le souci d'éviter tout conflit" et "la volonté de s'opposer aux atteintes à la laïcité". Prosélytisme croissant Les revendications sur la nourriture s'exacerbent. Le refus grandit de consommer toute viande non abattue selon le rituel religieux, dans les collèges et lycées. Face à cette situation, un proviseur a cru bon d'imposer la viande halal à l'ensemble des élèves, provoquant la démission de son gestionnaire. Dans d'autres établissements, on a institué une ségrégation entre musulmans et non-musulmans en composant des tables distinctes ou en imposant une menue à chaque catégorie. Le ramadan est l'occasion d'un prosélytisme croissant. Dans certains collèges, la pression des élèves pratiquants rend impossible aux autres élèves dont les familles sont originaires de pays dits musulmans de ne pas se conformer au rite. Certains élèves d'origine européenne jeûnent aussi, sans que leur famille en soit informée, pour se conformer aux normes. Les personnels d'origine maghrébine sont de plus en plus souvent interpellés par des élèves pour suivre le ramadan. Une autre manière de manifester son appartenance religieuse est de pratiquer un absentéisme sélectif. Faible pour les musulmans le vendredi, il est notablement plus fort pour les juifs et surtout les adventistes le samedi. Les fêtes religieuses musulmanes sont l'occasion d'un absentéisme de plus en plus massif. Par ailleurs, on a vu des élèves introduire des tapis de prière et organiser des lieux de culte dans des endroits dissimulés. L'enseignement de certaines disciplines devient de plus en plus problématique. En éducation physique et sportive, l'absentéisme est de plus en plus fréquent à la piscine ou pour les activités de plein air. En lettres et en philosophie, certains auteurs sont jugés "licencieux" ou contraires à la religion musulmane (Rousseau, Voltaire...). De nombreux élèves refusent de lire la Bible ou que le professeur touche le Coran. En histoire, géographie et éducation civique, certains refusent d'étudier l'édification des cathédrales ou d'admettre l'existence de religions préislamiques en Egypte, etc. Les quartiers où se manifestent ces communautarismes sont des "quartiers en souffrance", des cités ghettos. Selon le rapport, l'"islamisation" est le fait de jeunes hommes, diplômés, pieux et radicaux, qui tentent de prendre le pouvoir au sein des associations culturelles, bousculant les anciens plus modérés. "Ces grands frères" proposent avec succès aux jeunes issus de l'immigration une identité positive et universaliste musulmane. Dans plus d'un endroit, pour acheter la paix sociale ou scolaire, on a prudemment recruté quelques "grands frères" au zèle prosélyte notoire, comme emplois-jeunes, déplorent les auteurs du rapport. Martine Laronche M. Fillon sera d'une "fermeté absolue" Le ministre de l'éducation nationale, François Fillon, a promis, jeudi 8 juillet sur France-Inter, "une fermeté absolue"à l'égard des jeunes musulmanes qui se présenteraient à la rentrée scolaire avec un voile islamique. S'en prenant à ceux qui "souhaitent en découdre avec la République", M. Fillon a déclaré : "Il faut que cette partie-là sache que la République sera intraitable, qu'elle sera d'une fermeté absolue." "J'y veillerai personnellement, il n'y aura pas d'exception", a-t-il ajouté. Dans une "Lettre aux musulmans de France", rendue publique une semaine auparavant (Le Monde du 3 juillet), l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) avait conseillé aux élèves musulmanes de revêtir, en septembre, "les tenues qu'elles auront choisi de porter" - y compris, donc, le voile islamique. L'UOIF se place ainsi de fait en opposition à la loi du 15 mars, qui interdit le port de signes religieux ostensibles à l'école à partir de la rentrée 2004.
|