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Une résistance culturelle mais aussi politique

par C.G.

source : Le Figaro

«Les autorités sont convaincues que le travail social mené par les associations proches des Frères musulmans, contribue à l'islamisation», reconnaît-on au ministère de l'Intérieur. Le travail de Dounia Bouzar pour l'IHESI n'a fait que confirmer cette conviction mais pourrait bien «ouvrir les yeux» des élus, de certaines associations et des travailleurs sociaux.

Dans le deuxième volet de son rapport, qu'elle remettra en juin à l'IHESI, l'ancienne éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) analyse les rapports entre les politiques, les institutions et ces associations musulmanes. Et propose des solutions pour éviter l'enfermement religieux des jeunes. Elle estime qu'il ne faut ni reconnaître ni nier de droits à ces musulmans qui veulent inscrire leur pratique dans l'espace public.

Car l'islam qu'ils professent n'est pas seulement une option spirituelle. La réappropriation de la référence musulmane après l'échec de la marche des beurs en 1984 est un mouvement de résistance politique et culturelle. Beaucoup des leaders religieux actuels, notamment dans le Rhône, étaient tentés par la révolution gauchiste avant de croire au changement de la société par l'islamisation. Dans cette nouvelle lecture, ils ont interprété le rejet dont ils se sentaient victimes comme un bras de fer entre les valeurs musulmanes et occidentales, qu'ils ont alors entrepris de dénigrer.

Cette contestation du modèle occidental a relancé des mouvements essoufflés à l'extrême gauche. Sans parler d'alliance, certains leaders, une partie de l'intelligentsia et des associations de droits de l'homme ont cru sauver les «damnés de la terre» en appuyant ces ardents musulmans.

Ils ont pris l'islam néo-orthodoxe professé par certains jeunes pour l'islam tout court. Le Mrap a ainsi repris à son compte, il y a un an, une campagne contre l'«islamophobie», terme forgé par les islamistes pour contrer les critiques, qu'ils considèrent comme des «blasphèmes». L'association, s'est ainsi solidarisée avec des associations musulmanes dans le collectif «Une école pour tous», estimant que la loi interdisant les signes religieux à l'école était «islamophobe». Depuis, la direction de l'association semble plus prudente. Le 8 mai dernier, un Conseil national extraordinaire du Mrap a voté une résolution pour renoncer à utiliser publiquement jusqu'à leur congrès, le terme «islamophobie», car «la critique de l'Islam n'est ni un racisme anti-arabe, ni un racisme anti-musulman».

«C'est une bonne chose», dit aujourd'hui Dounia Bouzar, qui souhaite éviter les termes enfermant les gens dans une identité religieuse. Dans le groupe de travail monté par la PJJ et le Fasild, auquel participent les ministères de la Justice et de l'Intérieur sur «Islam et action sociale», elle tente de banaliser la référence religieuse.

«Jusqu'à présent, le prisme musulman a parasité toutes les relations. Cela va de la diabolisation à l'instrumentalisation, ou encore la tolérance abusive.» Elle conseille aux travailleurs sociaux de «faire respecter la loi et les droits de l'homme», quel que soit l'interlocuteur.

C.G.