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Le suicide de L'Occident

par Ange Gabriel

 

Deux événements d’une portée incalculable marqueront durablement notre passage dans le troisième millénaire : la chute pacifique du mur de Berlin en 1989 d’une part, l’anéantissement criminel des tours du World Trade Center le 11 septembre 2001 d’autre part. Dans le premier cas, une construction totalitaire et obscurantiste s’écroula au bénéfice d’un rêve de liberté et d’unité politique, dans le second, le phare d’un Occident appelant au rêve et au dépassement individuel se brisa dans une clameur tragique de gémissements et de larmes. Mur opaque démembré par une foule enthousiaste d’un côté, rutilant gratte-ciel anéanti par la haine d’une poignée de terroristes de l’autre, ces deux constructions s’opposent par leur forme, leur fonction et leur fin.

 Un seul point commun les réunit toutefois : toutes deux en Occident, elles semblent contenir un grave avertissement pour l’avenir de notre propre Civilisation, la vôtre autant que la mienne, pourtant la plus brillante que le Monde n’ait jamais portée jusqu’à maintenant. Selon que ce siècle soit pavé de malheurs, déchiré par les guerres, ou au contraire remplie de promesses d’émancipation et de paix, cet avertissement diffère cruellement, et seules les générations futures le percevront avec acuité. Aussi, laquelle de ces deux dates contradictoires sera définitivement retenue par les historiens à venir pour fixer le commencement historique du XXIième siècle ? Devons-nous nous armer d’optimisme en pariant sur 1989, ou se résoudre au pessimisme en croyant mathématique le commencement du XXIième siècle en 2001 ?

 Hélas, il semble bien que ces deux dates fatidiques se complètent sans se contredire. En effet, la chute du mur de Berlin signa la fin d’un XXième siècle marqué par les deux plus graves guerres civiles européennes de l’Histoire : la seconde guerre mondiale dont les atrocités dépassèrent l’horreur des tranchées de 1916. L’unité européenne, pour la première fois depuis que des Hommes arpentent ce continent découpé par les montagnes et les mers, est devenu possible grâce à cette masse souriante de berlinois et de berlinoises armés de pioches qui démolirent joyeusement ce monstre dinosaurien de béton et de fer. Fruit d’une révolution pacifique dans les esprits, soyez assurés que cette unité européenne nous préservera durablement contre le retour d’un fléau que redoutèrent justement ses Pères fondateurs Schuman et Adenauer : la perspective d’une guerre fratricide entre Etats européens. Mais croyez-vous vraiment que la guerre sera définitivement rangée aux oubliettes de l’Histoire sur notre continent ? Au contraire, cette idée naïve n’est-elle pas contredite par l’autre événement majeur de ce tournant du millénaire, car si la vingtième siècle s’acheva avec la chute du mur de Berlin, le vingt-et-unième n’a-t-il pas commencé avec l’attentat apocalyptique du 11 septembre ?     

 Le 11 septembre 2001, l’Occident fut pour la première fois agressé dans la profondeur de sa chair par une attaque dont l’origine se situe en dehors d’elle-même. Cette agression diffère fondamentalement de l’attaque nippone contre la Russie en 1905 par exemple : à l’époque, il s’agissait d’une querelle entre Etats modernes pour maintien d’une zone d’influence précise dans la mer d’Okhotsk. Le 11 septembre, bien au contraire, s’inscrit dans une logique démoniaque de guerre totale entre deux philosophies du Monde : le fanatisme islamiste cherchant à exterminer son ennemi de naissance, la modernité occidentale.

 Le 11 septembre 2001, le monde occidental fut frappé en plein cœur par les créations de son propre génie, des avions dont la finalité même consiste à dépasser les frontières géographiques, à s’affranchir des distances, à rapprocher les peuples. Comment le symbole architectural du rêve humain, une tour majestueuse dont la cime se confond avec les nuages immaculés, a-t-elle pu être anéanti par le symbole technologique de l’émancipation physique, l’avion dont le périple journalier nous permet de rencontrer d’autres peuples et d’autres cultures ? Comment cet outil de liberté et d’échanges a-t-il pu servir la cause effroyable de la guerre et de la haine ?

 Oui, avec l’attentat du 11 septembre, ce rêve naïf de liberté inconditionnel propre à l’Occident se retourna comme autant de flèches meurtrières frappant son insouciance. Car à force de tout relativiser, d’admettre toutes les différences comme égales sur le plan moral, l’Occident forgea l’épée de ses propres ennemis. En renonçant à la croyance en le Progrès, en s’émerveillant béatement devant les autres cultures par simple souci d’exotisme alors que ces mêmes cultures bafouent objectivement le droit des femmes, en stigmatisant systématiquement sa culpabilité congénitale à cause de son passé colonial, l’Occident entretient délibérément la confusion dans son système de valeurs, l’Occident disqualifie tout amour raisonné de soi, l’Occident dégoûte ses enfants des notions capitales du Progrès et de la Civilisation. Peut-on ensuite reprocher aux jeunes beurs de banlieue, déçus par ce manque de confiance occidentale, de se tourner vers la religion authentique de leurs ancêtres ? Peut-on reprocher aux jeunes immigrés guinéens, convaincus depuis la maternelle par leurs professeurs trotskistes que les occidentaux ont toujours été d’ignobles racistes, de mépriser un Occident coupable de tous les crimes ? Croyez-vous qu’en piétinant avec dédain le travail de nos ancêtres, qu’en injuriant l’héritage de nos aïeux, qu’en sapant les bases morales de notre société, nous contribuons à cette confiance positive dans l’avenir qui, seule, pourra réconcilier l’Occident avec son propre génie ? 

 Oui, l’Occident forgea l’épée de ses propres ennemis. Et plus malin qu’aucun autre système de valeurs, l’Islam radical se nourrit de cette acceptation aveugle de la différence, elle rentre dans l’Occident par la grande porte, parfois avec tous les honneurs en abusant sans vergogne du droit d’asile, négocie la construction de mosquées, étend son emprise délétère sur des jeunes sans repères. Que croyez-vous que ces générations de professeurs anticléricaux nous aurait légué, sinon ce vide spirituel, cette pauvreté absolue de sens dont souffre cruellement notre société ? Que croyez-vous que ces générations d’intellectuels marxisants nous auraient préparé, sinon la progression fulgurante d’un Islam dont le seul mérite consiste à développer un discours clair et cohérent, ce même discours susceptible de répondre au désarroi spirituel d’une société délibérément détachée de ses références chrétiennes ? En ces temps d’hédonisme et d’individualisme triomphants, et ces temps de relativisme moral et  de consumérisme facile, l’Islam ne remplit qu’un besoin de sens, un vide moral que l’Occident aura creusé pour en faire sa tombe.  

 Ce vide, il n’est pas seulement moral, il est aussi démographique. Certes les Cassandres politiques se sont toujours trompés, mais il existe une science exacte dès qu’il s’agit de présager l’avenir, la science de la population. Or que nous apprennent les projections démographiques ?  

 Du fait du refus de l’Europe à enfanter, la population européenne décroît à une vitesse vertigineuse. Le taux de fécondité de l’Union Européenne s’est écroulé à 1,4 enfants par femme en 1996, loin dessous le seuil nécessaire au renouvellement des générations, et ce taux continue à baisser à une cadence infernale. Les experts démographiques estiment que d’ici en 2050, la population européenne se sera réduite d’entre 13 et 25%(1), ce qui est énorme. Plus de 40% de la surface actuellement cultivée deviendra inutile, ramenant le paysage rural à ce qu’il ressemblait au VIIième siècle. En 1900, l’Europe contribuait à hauteur de 25% à la population mondiale, puis ce ratio fut divisé par deux, soit 13% de la population mondiale, aux environs 2000, il sera de nouveau divisé par deux, soit 7%, en 2050… A cette date, l’Afrique sera trois fois plus peuplée, fatalement des dizaines de millions d’immigrés viendront trouver du travail dans cette immense coquille à la fois vide et riche qui s’appelle l’Europe. Comment notre continent pourrait-il résister à ce déferlement migratoire qui changera définitivement le visage de l’Europe ? Même si elle élevait des barrières infranchissables, l’Europe péricliterait socialement et économiquement à cause de son surplus de vieux. Croyez-vous que nous pourrions rester dans la course des nations, avec plus de mourants dans les maisons de retraite que de jeunes débordants de projets ? 

 L’immigration massive du Sud sera donc une fatalité, que l’on veuille ou non. Mais cette immigration, par son caractère infiniment plus massif et radical, ne pourra nullement enrichir notre société de ses atouts comparatifs par une sorte de fécondation réciproque, au contraire, elle s’assimilera au remplacement pur et simple d’une population décrépie et décadente par une autre plus dynamique et plus saine. Dans ces conditions, comment la culture occidentale pourra-t-elle subsister ? Par l’assimilation des nouveaux arrivants  ? Mais croyez que ce qui demeure possible pour quelques milliers d’immigrés le soit pour plusieurs dizaines de millions ?

 Pour qu’il y ait assimilation ou intégration positive en effet, il faut que les nouveaux arrivants soient minoritaires par rapport à la population d’accueil. L’assimilation se fait toujours de la minorité vers la majorité : si la population autochtone s’avère minoritaire devant la population immigrée, c’est la population autochtone qui devra s’intégrer à la population immigrée, et non l’inverse…  

 Car mettez-vous un peu à la place de ces millions d’immigrés dont la bonne foi le disputera à l’étonnement : croyez-vous qu’ils garderont en estime ces autochtones qui auront précipité leur propre perte par leur refus d’enfanter, croyez-vous qu’ils écouteront ces autochtones fantômes qui auront depuis longtemps disparus des villes et des campagnes ? Comment pourront-ils résister à l’envie de recréer leur anciens modes de vie, leurs anciennes coutumes, ainsi que leurs anciennes valeurs dans cet univers complètement vide ? Et c’est nous qui devrons nous habituer au port du voile dans les écoles, c’est nous qui devrons financer la construction des mosquées à travers le financement public, c’est nous qui devrons nous abstenir d’acheter de l’alcool dans les grandes surfaces pour éviter de « choquer la majorité musulmane », c’est nous qui devrons nous satisfaire de l’enseignement obligatoire du Coran en primaire, en attendant pire évidemment.   

 Oh bien sûr, beaucoup d’intellectuels de gauche se moquent complètement de la disparition calculée de la civilisation occidentale au profit d’une autre, islamique en l’occurrence. Dans les rares cas où ces penseurs immigrationistes demeurent de bonne foi, ils croient sincèrement que les immigrés musulmans, comme déjà beaucoup d’entre eux à l’heure où je vous parle, adhéreront avec enthousiasme à l’idée occidentale, ils croient sincèrement que ces fils et filles d’immigrés brandiront joyeusement notre drapeau tricolore contre l’étendard obscurantiste de l’Islam. Mes amis, je vous le déclare du fond du cœur, je suis intimement persuadé qu’il existera de moins en moins de Rachid Kaci, pour citer ce fils d’immigré dont la parfaite assimilation morale et intellectuelle devrait faire rougir de honte les éditorialistes francophobes du journal Le Monde, dans l’avenir. Bien sûr, une partie non négligeable des immigrés choisiront notre camp, pas celui de la dangereuse révolution anarcho-socialiste dont rêvent les associations haineuses et démagogues tels SOS-Racisme ou le Mrap, mais celui de la foi dans le Progrès, celui de la défense d’une Civilisation qui aura conquis la Lune et daté l’Univers, celui d’un amour lucide et rationnel de ce beau nom qui s’appelle l’Occident. Bien plus, ils seront les derniers défenseurs de notre cause menacée par cette nouvelle invasion barbare venue du Sud, tel l’Empire Romain dont les derniers empereurs furent germaniques, numides ou celtiques, ils seront les derniers légionnaires d’un Ancien Monde rattrapé par son Histoire, tels ces centurions roux ou basanés qui repoussèrent de la pointe de leur glaive les antiques avancées barbares. Mais la majorité, entendez-vous, la majorité des immigrés musulmans préfèreront recréer ex-nihilo leurs anciens modes de vie dans nos villes et nos banlieues, refusant d’embrasser la cause d’un continent décadent qu’ils regarderont avec dédain et mépris… Sans parler des islamistes qui, non contents d’occuper le terrain par leurs diatribes de plus en plus haineuses et de moins en moins dissimulées, harcèleront jusqu’à la mort les derniers Brutus qui oseront dire non à l’impérialisme rampant de l’Islam. 

 A qui la faute ? Des seuls immigrés, comme fait mine de le croire un certain Jean Marie Le Pen  ? De l’Islam dont un des piliers consiste précisément au djhad contre les infidèles, à la guerre sainte contre ces chrétiens qui « brûleront  dans le feu de l’enfer à jamais » car « ils sont les plus vils de toutes les créatures » comme l’affirme explicitement la sourate 98, verset 51 du Coran ?

 Non, je vous le déclare dans le blanc des yeux, la faute est toute entière dans le camp de l’Occident. Depuis trop longtemps nous avons perdu la foi dans l’avenir, depuis trop longtemps nous avons renoncé à porter la Lumière des Nations, depuis trop longtemps nous avons renié les bases morales et intellectuelles du génie européen. Influencé par la propagande tiers-mondiste qui confond la lutte légitime pour la liberté et la lutte haineuse contre un Occident accusé de toutes les forfaitures, abusé par le marxisme et le souvenir du nazisme dont nous avons oublié qu’il était consubstantiellement socialiste, nous sommes devenus convaincus que l’amour de soi rimait avec un odieux racisme, nous sommes devenus convaincus que la confiance dans nos valeurs s’assimilait à un méchant ethnocentrisme, nous sommes devenus convaincu que la jouissance hédoniste du seul temps présent pouvait nous préserver des sombres perspectives de l’avenir. 

 Et trompés par nos intellectuels défaitistes ou nos politiques menteurs, nous appuyons lentement sur cette gâchette qui traduira notre fin ultime, cette gâchette que les médias et le monde intellectuel présentent à notre doigt consentant.

Le suicide de l’Occident est donc une réalité. Suicide démographique, en refusant de mettre au monde la vie humaine. Suicide par ses valeurs, en relativisant toutes croyances pourvu qu’elles sentent bon l’exotisme. Et ce suicide, cet écroulement voulu et titanesque d’un monde dressé sur l’Atlantique, causera un raz-de-marée d’effroi parmi tous les peuples de la Terre, sidérés qu’une civilisation aussi brillante ait pu se détruire d’elle-même.

 Mes amis, il est encore temps de réagir. L’Occident vas devoir se réveiller. Non, nous devons lutter contre le règne du défaitisme et du politiquement correct. Non, nous devons lutter sur le champ de bataille des idées pour que la vérité et la justice puissent enfin triompher. Non, nous devons brandir l’étendard de la foi et de la vertu contre les tentations diaboliques du renoncement et de l’abattement. Dans ce sens, le 11 septembre 2001 est un terrible avertissement pour l’avenir, une étincelle de lumière comparée à l’incendie que nous réserve le futur, si nous baissons les bras. L’Occident vas devoir enfin se réveiller. Car s’il ne se réveille pas, l’Occident aura le sentiment désagréable de se réveiller parmi les flammes de l’enfer.

 Ange Gabriel

Références :

1. Histoire de l’Economie Européenne, François Crouzet, Editions Albin Michel, p.421.