Alors
monsieur le Premier Ministre, voyez-vous toujours monter avec inquiétude l'islamophobie
dans notre pays ?
Avez-vous rejoins le MRAP dans ses dérives, et ses berlues arabo-phobiques pour assurer
l'antiracisme et l'amitié entre les peuples?
Avez-vous, mais là je n'en doute pas, répondu à l'appel du Président de la
République, qui réunit tous ses ministres, afin de trouver une solution à la France qui
flambe, en ce Samedi 16 novembre, après les feux de forêts de l'été et le désastre de
la canicule ?
Avez-vous vu le regard grave de ces ministres, ex ministres, députés, ex-députés, de
gauche et de droite, devant le spectacle de l'école juive de Gagny incendiée ?
Avez-vous compris que le laxisme de vos prédécesseurs, la scotomisation volontaire des
actes antisémites, les condamnations non suivies d'effet, les plaintes non prises en
compte, les phrases assassines de certains de vos ministres et ambassadeurs, ont
contribué à allumer la mèche qui a mis le feu dans cette école ?
Parce
qu'il y a des mots qui tuent. Qui ont failli tuer en ce samedi noir pour notre communauté
en France. Qui ont tué à Istanbul
« On peut être assassiné simplement
parce qu'on est juif en 2003 », écrit Gérard Dupuy dans Libération
aujourd'hui. Ah la bonne blague ! Seulement en 2003 ? Alors c'est rassurant, c'est tout
nouveau
En première page le titre n'est pas ambigu : « La Haine
Antijuifs ».
J'ai eu envie de rajouter: "que nous avons récoltée". A force de semer le
doute, l'amalgame, les comparaisons douteuses, les fausses compassions. Et bien si on
continuait à "comprendre" les petits islamistes des banlieues ? Et leurs légitimes
réactions face au "calvaire" des palestiniens, colonisés humiliés,
checkpointisés, déportés, auschwitisés, occupés, violés, désespérés,
islamikasés, martyrisés, en une phrase que l'on prononce de plus en plus ouvertement :
juifs du vingt et unième siècle. Ces petits islamistes des banlieues et leurs idéologues de
Ramadan (Tarik et Hani). Mais aussi nos intellectuels, juifs et non juifs, aux relents
antisémites, qui se font forts de la pensée unique, celle qui a stigmatisé Sharon,
coupable d'avoir déclenché la révolution arabe en Judée Samarie, culpabilité reprise
sans scrupules par les "informationisateurs" confortés dans leur rhétorique
par de si nobles esprits. Tous ces désoeuvrés qui ont importé un conflit qui ne les
regarde pas, mais alors pas du tout, pour en faire leur défouloir quotidien, dans une
haine du juif séculaire, doublée d'une aversion pour leur propre pays, la France, allant
jusqu'à manipuler certains "jeunes des banlieues" pour qu'ils sifflent la Marseillaise devant un premier ministre
socialiste qui n'a rien trouver à y redire
Que se passerait-il, si les juifs exaspérés par les attentats suicides subis par leurs
frères en Israël, s'en prenaient aux musulmans de France, sous forme de ratonnades dans
la pure tradition des milieux d'extrême droite ? Une guerre civile qui mettrait ce pays
à feu et à sang. Au lieu de cela, notre communauté est restée digne, donnant à tous
une leçon de civisme à nulle autre pareille.
Quand un Ramadan, disciple de Khomeiny, pour lequel « l'islam est politique ou il
n'est rien », devient le porte parole des musulmans de France, alors naît,
comme le dit très bien Jeambar dans l'Express, un « postulat insupportable : toute
personne qui ose débattre de l'islam est qualifiée d'islamophobe et de raciste. »
Alors, osons dire les choses comme elles sont : il y a dans ce pays, un antisémitisme
déclaré, à forte imprégnation islamique, qui a contaminé les esprits et donné une
image exécrable de la France dans le monde entier. Cet antisémitisme, que certains
voudraient confondre avec le vieux sentiment anti-arabe bien implanté mais qui n'a pas
sensiblement évolué, au motif que les musulmans seraient des sémites aussi, cet
antisémitisme est monté en puissance depuis quelques années, avec la complicité active
et passive de tous les partis politiques qui n'ont pas osé le dénoncer en termes clairs
et précis. Peut-être pour des motifs bassement électoralistes, mais aussi chez certains
rouges, verts et bruns de façon quasi viscérale.
Le négationnisme qui ne dit pas son nom, se fait de plus en plus virulent : il n'y a pas
de peuple juif, entend t-on, puisque les vrais hébreux sont les palestiniens. La shoah
est une invention sioniste, amplifiée pour spolier les vrais habitants de la Terre
Sainte, les "arabes". Les attentats ? Mais ils touchent le monde entier sauf les
juifs ! On n'inclut volontairement jamais ceux qui ensanglantent les israéliens. Sur AOL,
l'annonce des deux attentats contre les synagogues d'Istanbul se résume à :
« Explosions meurtrières en Turquie ».
Le peuple juif, refoulé durant des siècles, dans les deux sens, incluant le côté
psychanalytique, a vu sa Torah remplacée par le Coran, comprimée par celui-ci
"dernier et véritable message divin". De nos jours, on dirait "
zippée"
Le retour du refoulé pose problème. Il faut en effacer la trace. Et
remplacer toutes les métaphores: l'exil juif fait place au palestinien, son retour aussi.
Le Mur Occidental n'est que celui de Bouraq, le Mont du Temple l'Esplanade des Mosquées.
A force de refouler, çà craque de partout. A travers tous les symboles qui veulent
substituer, c'est le plus antique qui émerge.
En France, on en est là : à vouloir tout refouler, il arrive un moment où l'on ne peut
plus cacher la réalité. Les trois attentats de ce samedi sont révélateurs. Un ministre
de la République, avant même les résultats de l'enquête judiciaire, parle d'actes
antisémites, tant la vérité saute aux yeux. Les journaux comptabilisent ce qu'ils n'ont
pas voulu comptabiliser durant trois ans, sinon plus. Voilà ce que l'on peut lire dans
Libération ce matin, sous la plume de Dupuy :
« Prétendre
"expliquer sans excuser" ces crimes par le contexte palestinien est une erreur
d'analyse en même temps qu'une faute morale. C'est une erreur parce que ces crimes
relèvent d'une volonté d'anéantissement et d'un délire apocalyptique auxquels la cause
palestinienne n'est qu'un prétexte et dont la cause doit être recherchée à
l'intérieur même des sociétés islamiques. C'est une faute parce que cela revient à
faire insidieusement des victimes des responsables indirects de leur mort. Assurément,
cet attentat interdit de minimiser la gravité de l'incendie d'un collège israélite dans
la banlieue parisienne sous prétexte qu'il y aurait un abîme entre des dégâts
matériels et un carnage humain. La liste des exactions dont sont victimes des
établissements juifs en France est trop longue depuis quelques années pour qu'on ne soit
obligé de voir un geste froidement calculé dans la dernière en date. Les motivations
sont vraisemblablement semblables à Gagny et Istanbul. La réponse de l'Etat doit donc
être parfaitement implacable. »
Encore plus flagrant dans le Monde, dans son éditorial « Halte à
l'antisémitisme » :
« Condamnation, vigilance, solidarité :
la vigueur de la réaction présidentielle est salutaire. Il n'est pas certain cependant
qu'elle suffise à apaiser le malaise des juifs de France. Depuis deux ou trois ans, en
effet, ceux-ci sont inquiets. Parfois pour eux-mêmes. De manière plus diffuse pour le
sort et l'avenir d'un judaïsme français confronté à la montée d'un antisémitisme
d'autant plus pernicieux qu'il est devenu ordinaire. »
Et puis une rubrique intitulée "Chronologie" avec l'évocation des attentats
anti-juifs les plus marquants depuis 30 ans. Les journaux, confrontés à la réalité, ne
peuvent plus dissimuler, d'autant que les plus hautes autorités de l'Etat, donnent le
ton.
Quand monsieur Raffarin parle de l'inquiétante montée de l'islamophobie, il tombe dans
le piège que lui tendent les organisations islamistes radicales. Et il s'y fait
prendre
Tenter de substituer à la judéophobie une islamophobie hypothétique, procède de ce
même négationnisme qui ressurgit actuellement. Les attentats de ce week-end viennent
d'en apporter un démenti édifiant, attentats dont nous nous serions bien passés. Ce
sont les représentants de la communauté juive que Chirac vient de rencontrer ce soir,
communauté déboussolée, qui se demande de plus en plus si son avenir et celui de ses
enfants, est toujours dans ce pays. L'Etat d'Israël, par la voix de son Premier Ministre,
l'invite à venir rejoindre ses frères au pays de nos ancêtres.
Monsieur Théo Klein ferait bien de ne plus parler au nom de cette communauté, cela lui
évitera de dire les bêtises auxquelles il nous a habitué depuis quelques temps. Passé
un certain âge, le devoir de réserve impose de se taire, au risque de se faire taxer de
sénile. Le B'nai B'rit France vient de lui en apporter la preuve en se désolidarisant
totalement de ses propos.
La France, où une idéologie islamiste se répand avec la complicité des pouvoirs
publics, n'est plus capable d'éteindre l'incendie. Le feu aurait dû être combattu dès
les premiers foyers allumés il y a trois ans. Les pompiers pyromanes en portent une
immense responsabilité. L'islam qui ne veut pas s'incliner devant les impératifs
républicains comme l'ont fait les autres religions par le passé au terme de conflits
douloureux, veut "s'offrir une immunité que les autres croyances n'ont plus".
Il y a des phrases qui sont entrées avec panache au Panthéon de la bêtise. Celle de
notre Premier Ministre y figurera en bonne place
En "s'inquiétant de la montée de l'islamophobie", au lieu de s'effrayer de
l'antisémitisme qui emportera son pays, monsieur Raffarin, comme d'autres, porte une
énorme responsabilité dans la récession morale dans laquelle est entrain de sombrer la
France. L'antijudaïsme est véhiculé et entretenu auprès des populations
arabo-musulmanes par des hommes politiques, des partis, des syndicats, des associations
qui font sans discernement de l'incitation à la solidarité palestinienne, au risque de
pousser des individus exaltés par certains discours de haine au passage à l'acte
antijuif. Bientôt, c'est toute la France, emportée par la gangrène qui criera, après
chaque synagogue brûlée ou chaque cimetière juif profané : « Allah ouakbar ! » Qu'on se
le tienne pour dit.
Claude
Bensoussan |