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Dégradations de mosquées : les contradictions d'un Etat laïc

par Djinn Al Nader

Depuis un certain temps, l'attention des journaux se focalise sur des affaires de mosquées visées par des dégradations hostiles, suscitant un émoi grandissant dans la classe médiatico-politique. Qu'il s'agisse de lieux de culte près de Lyon, en Alsace, ou du côté d'Annecy, la presse est unanime pour dénoncer ces actes « odieux », et les responsables religieux musulmans en profitent pour dénoncer le climat ambiant « d'islamophobie » qui expliquerait ces attaques de mosquées, sous-entendant par là qu'il faudrait criminaliser l'islamophobie au même titre que l'antisémitisme pour que ces atteintes cessent.

Les récentes déclarations de Raffarin contre « l'islamophobie » - un terme pour la première fois employé par Khomeiny contre Salman Rushdie, ce qui en dit long sur le manque de mémoire historique de ceux qui nous gouvernent - semble donner raison aux éternels agitateurs d'opinion de mauvaise foi, ainsi le MRAP qui cherche sciemment à entretenir la confusion intellectuelle entre islamophobie (c'est-à-dire l'opposition à l'Islam en tant qu'Idée, ce qui n'est nullement condamnable) et la musulmanophobie (c'est-à-dire l'opposition aux musulmans en tant que personnes, ce qui est immoral donc répréhensible). Allant plus loin dans son délire paranoïaque, le MRAP voit même un prétendu racisme anti-arabe dans les attaques de mosquées, ce qui est un mensonge évident puisque l'Islam est une religion, pas une race, et que l'Islam n'est nullement la propriété exclusive des Arabes...

En quoi une mosquée serait différente d'un Mac-Donald ?

La distinction entre islamophobie et racisme ainsi clairement établie, reste à se prononcer sur le fond. Or, force est de constater que cette indignation collective contre les attaques de mosquées met en lumière les contradictions d'un Etat laïc censé n'accorder aucune préférence pour un culte ou pour un autre. Après l'incendie de mosquée du Seynod près d'Annecy, le Ministre de la Justice Dominique Perben réclama « une sévérité maximale » à l'encontre des pyromanes qui auraient brûlé cette salle de prière tenue - et c'est là le paradoxe - par des islamistes proches du mouvement turc Kaplanci, un groupuscule violent qui prône le rétablissement du califat en Turquie. Un ministre de la République exigeant une « peine maximale » contre les auteurs d'une attaque contre des islamistes, n'est-ce pas là matière à s'interroger ?

Précisons notre pensée. Qu'adviendrait-il si, demain, des extrémistes anti-cléricaux embrasaient l'Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, notoirement tenue par des intégristes catholiques ? Le ministre de la Justice Dominique Perben exigerait-il également une « sévérité maximale » à leur encontre, exactement comme pour les attaques de mosquées islamistes ? Il faudrait être naïf pour le penser. Et qu'adviendrait-il si, demain, des illuminés mettaient le feu à une fondation druidique dont la foi païenne consiste à honorer le dieu Toutatis tous les solstices d'été ? Notre ministre Nicolas Sarkosy se déplacerait-il en personne pour exprimer sa solidarité contre cette « druidophobie » inqualifiable ? Il faudrait être fou pour le croire.

Ces exemples montrent bien que l'Islam bénéficie d'un régime de faveur auprès de ceux qui nous gouvernent. Alors que la République laïque est censée se détourner de toute religiosité, l'émoi médiatico-politique provoqué par ces dégradations de mosquées suggère qu'une forme de sacralité a été violée, et c'est là tout le noeud du problème. Car en reconnaissant que l'attaque d'une mosquée est plus grave que l'attaque d'un Mac-Donald, la République française reconnaît que les lieux de culte musulman sont entourés par cette atmosphère sacrée dont la violation exigerait une « sévérité maximale ». Plus ou moins consciemment, Dominique Perben a commis une faute grave en suggérant une différence de traitement entre un lieu religieux, si possible une mosquée, et un lieu totalement laïc, par exemple un fast-food ou un bureau syndical.

Notre république n'est pas laïque mais (tri-)monothéiste

Pour être juste, ces remarques concernent également les lieux de culte chrétiens ou juifs qui bénéficient du même traitement de faveur. Dans l'inconscient collectif, les lieux de culte païens ou druidiques n'ont aucune valeur, à l'inverse des mosquées, des synagogues ou des églises. Bien sûr, il est tout à fait possible de renier la laïcité, et de vouloir accorder un régime de faveur aux trois grandes religions monothéistes, à l'inverse d'autres formes de religiosité comme le Paganisme, le Satanisme ou l'Ufologie. Mais il faudrait que nos politiques aient le courage de le reconnaître clairement, et qu'ils cessent toute cette hypocrisie entour de l'Islam entouré de tous leurs petits soins.

Car une première brèche fut ouverte avec Nicolas Sarkosy, ce pompier pyromane qui organisa le CFCM (conseil français du culte musulman), reconnaissant implicitement à l'Islam le statut de religion officielle. Une seconde brèche fut ouverte par Jean-Pierre Raffarin, lors de son vibrant appel contre « l'islamophobie » à la Mosquée de Paris, ce qui, toute proportion gardée, avait un arrière-goût de ressemblance avec un imam lançant une fatwa du haut de sa chaire théologale. Nul doute que la troisième brèche, provoquée par tant de maladresses et de complaisance, n'ouvre la voie à une sanctuarisation de l'Islam en tant que religion d'Etat, ce qui serait gravissime.

Condamner les dégradations, mais sans démagogie ni injustice

Reste que les incendies de mosquées sont condamnables, au même titre que les dynamitages de Mac-Donald, de boucheries casher, ou de sanctuaires païens à la gloire du dieu Thor. Elles sont condamnables pour la simple et bonne raison qu'elles mettent en danger la vie d'autrui, des fidèles pouvant se trouver au moment de l'incendie dans la mosquée en question. Quelle excuse pourrait-on trouver, le jour où l'enfant de l'imam sera retrouvé atrocement carbonisé parmi les décombres ? L'incendie volontaire d'un endroit habitable est un crime, un point c'est tout.

Les dégradations superficielles sont, par contre, de nature différente : du moment qu'elles n'incitent pas à la haine raciale et au meurtre, elles s'apparentent davantage à une dégradation de biens qu'à autre chose. Elles sont également condamnables, mais une « sévérité exemplaire » à l'encontre de leurs auteurs est très exagérée, voire injuste.

Quand les militants anti-pub maculèrent de slogans hostiles les affiches publicitaires dans le métro, tous les journaux de gauche vinrent à leur secours en défendant leur noblesse de leur cause. Pourtant, il s'agissait bien d'une dégradation de biens, exactement comme pour l'auteur de trois jets peintures bleu-blanc-rouge sur la façade d'une mosquée lyonnaise, il y a plusieurs mois.

Or est-il un crime d'aimer tellement la France pour recouvrir la façade d'une moquée des couleurs nationales ? Qu'est-ce que veulent dire ces propos injurieux du MRAP qui y voit une preuve de « racisme » dans le drapeau français ? Qu'est-ce qui permet au MRAP de donner à son auteur des intentions qu'il n'avait peut-être pas, lui qui voulait peut-être exprimer ainsi sa révolte contre la part abusive des financements intégristes saoudiens dans la construction de mosquées en France ? Qu'est-ce qui permet au MRAP d'injurier les gens en les traitant de « racistes » sans preuves ni fondements ?

Quand les agriculteurs en colère dévalisèrent le bureau de Dominique Voynet, alors qu'elle était ministre de l'Environnement, aucune poursuite ne fut engagée contre les coupables. Pourtant des traces d'excréments humains furent retrouvées dans le bureau du ministre, ce qui est évidemment très grave. Imagine-t-on le tollé médiatique que provoqueraient ces mêmes dégradations dans une mosquée ? Pourtant, demain les producteurs de porcs pourraient exprimer ainsi leur mécontentement contre les interdits alimentaires absurdes de l'Islam.

Quand les syndicalistes de la CGT détruisirent plusieurs bureaux du Medef, aucune poursuite ne fut engagée à l'encontre des vandales. Là encore, imagine-t-on le tollé que provoqueraient ces mêmes dégradations dans une mosquée ? De nouveau, il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas admettre le régime de faveur dont bénéficient les mosquées en tant que lieu de culte chez nos politiques et journalistes.

Toutes ces dégradations de biens sont certes condamnables. Cela dit, du moment qu'elles n'incitent pas au meurtre, à la haine raciale ou à la violence contre les personnes, elles doivent être réprimées avec modération, c'est-à-dire par une amende à hauteur des dégâts. Car on ne peut moralement pas envoyer quelqu'un en prison pour avoir écrit, sur le mur flambant neuf d'une mosquée financée par les wahhabites saoudiens, des vérités pleines de bon sens du genre : « Mahomet, vieux menteur ! » ou encore : « Allah, tu commences à nous fatiguer avec tes sourates ! » ou bien : « J'aime le porc et j'en suis fier ! ».

Djinn Al Nader